« Femmes et maternité » par l’effrontée Mathilde Larrère

ec0f966b16Historienne des révolutions et de la citoyenneté, Mathilde Larrère est devenue une twittos célèbre et médiatisée qui égratigne Valls quand il révise l’histoire de Marianne, et se moque de Sarkozy quand il prétend que nos ancêtres sont les gaulois. Elle nous accorde une longue interview sur la question de la maternité !

Chez l’espèce humaine, seule la femme tombe enceinte et allaite. En quoi cette caractéristique a-t-elle structuré l’imaginaire patriarcal ?

Les antiféministes s’appuient souvent sur cette différence biologique pour légitimer l’inégalité entre les femmes et les hommes en insistant sur ce que cela induit en terme de rapport au monde ou de caractéristiques psychologiques et comportementales. C’est ce qu’on appelle le déterminisme biologique. Il y aura aussi des courants du féminisme « maternaliste » ou « essentialiste » aujourd’hui très minoritaires, qui, sans contester l’inégalité femmes-hommes, réclameront des droits au nom de la maternité en réduisant les femmes à leur condition de mères ou en faisant de la maternité une injonction sociale. Il va sans dire que les féministes universalistes (non différentialistes) réclament aussi des droits spécifiques pour les mères. Ce courant maternaliste sera néanmoins très présent dans les années 20, soutenu par des associations de femmes catholiques.

La maternité ne sera pas perçue ni traitée de la même manière au fil des siècles. À la fin du 18e siècle, le terrain était miné d’à priori liés aux mystères de la fécondation et de la grossesse qui échappaient au corps médical. Ce dernier faisait le lien entre acte sexuel et procréation depuis au moins l’antiquité, mais croyait que les semences masculine et féminine provenaient de la moelle épinière, puis que le sang menstruel alimentait le fœtus en le transformant en chair dans la matrice.

Dans l’imaginaire collectif, la semence masculine jouait le rôle actif, tandis que la femme n’était qu’un réceptacle. Pourtant, on avait déjà découvert au 17e siècle le rôle actif des ovaires dans la fabrication du fœtus, qui ne sont dès lors plus considérées comme des testicules rentrées, ce qui bouleversera certaines représentations machistes. Mais la découverte au début du 18e siècle des spermatozoïdes réhabilitera l’idée que l’homme a le rôle moteur, comme en témoignent ces petites créatures gigotant sous la lentille du microscope…

Tout cela pataugeait, il faut le dire, dans une très grande ignorance. Dans l’Encyclopédie, il est marqué que le mystère de la fécondation restait « impénétrable ». Le corps médical ne maitrisait alors ni les signes ni la durée réelle de la grossesse. En 1766, on trouve les traces de l’histoire d’un certain Charles, époux de Renée qui deviendra sa veuve après quatre ans de mariage sans enfants. Alors que l’héritage devait revenir à sa famille en en frustrant Renée, cette dernière accouche après 11 mois et prétend que l’enfant est celui de son défunt mari. Elle est crue et touche l’héritage.

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Dessins médicaux du XVIIe siècle

Lorsqu’on feuillète les ouvrages de médecine de l’époque, on lit aussi que certains médecins racontent que les fœtus étaient pétrifiés dans les corps des femmes et qu’à leur mort on pouvait les voir sous formes de pierres. De vieux traités faisaient état de grossesses masculines présentées comme très rares, mais possibles. On était persuadés que les garçons provenaient du testicule droit, et les filles du gauche, ce qui était moins bien, évidemment. Quand un couple n’avait pas d’enfants, la faute était uniquement imputée aux femmes et la stérilité masculine n’était pas reconnue. Ces femmes souffraient alors de grandes stigmatisation sociale voire de superstitions, et beaucoup de saintes furent dédiées à la fertilité, sans oublier les recettes de grand-mère consistant à se serrer le ventre avec une peau de serpent durant toute la grossesse pour éviter une fausse couche. Médecins et traités médicaux décrivaient la femme comme un être malade et n’envisageaient la grossesse que sous des aspects négatifs.

Comment se passaient alors la maternité et l’accouchement en France ?

Une femme avait entre 6 et 8 enfants, mais c’est un chiffre pas très fiable puisqu’il n’y avait pas de recensement de la population avant le 19ème siècle ni d’état civil. On était plutôt enregistrés par les autorités de la religion d’état, catholique, à son baptême, à son mariage et à son enterrement. Il faut donc compiler tous les registres paroissiaux de toutes les paroisses, dont beaucoup ont disparu, et prendre en compte l’invisibilité des protestants et des juifs. Ce taux de natalité est inférieur à la fécondité naturelle mais s’explique par le fait que les femmes étaient épuisées par les grossesses et les accouchements et décédaient souvent au bout d’un certain nombre de naissances.

De leur côté, peu d’enfants atteignaient l’âge adulte. La mortalité infantile était de 38 % pendant la première année de vie. Un enfant sur deux mourait avant ses 15 ans. La famille était donc une maisonnée où couraient deux à trois enfants vivants, tandis que les autres avaient succombé aux mauvaises conditions d’accouchements qui se déroulaient à domicile, avec l’aide de cinq ou six mères dont une matrone, une veuve qui avait eu beaucoup d’enfants et assisté à beaucoup d’accouchements. Les hommes étaient exclus de ces séances mais avaient le rôle d’aller chercher l’eau et le bois, voire d’intervenir en cas de complications et de manque d’aides féminines.

Les accouchements se passaient en général dans la pièce commune ou dans l’étable. Il était d’usage de couvrir le sol de cendres ou de paille à brûler ensuite, le sang des couches étant considéré comme néfaste et dangereux. Les fenêtres étaient calfeutrées pour empêcher les démons et les mauvais sorts d’entrer. Les positions étaient diverses, assise, couchée ou debout, choisies par les premières concernées. Ce sont les médecins qui, plus tard, pour leur propre confort, imposeront la position allongée qui n’est pas des plus naturelles. Les femmes étaient invitées à multiplier les mouvements, à monter et à descendre les escaliers, bref à secouer l’arbre pour faire tomber le fruit. On massait, on appuyait sur le ventre et on administrait purges et lavements, sans oublier les superstitions régionales, la ceinture en peau de serpent, les pierres creuses qui détenaient d’autres pierres ou encore les racines de mandragore. Les mères mangeaient durant tout l’accouchement. Ni elles ni les enfants n’étaient sûr-es d’en sortir indemnes.

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Andreas Praefcke, « la sage-femme », gravure 1513

Y avait-il un vrai savoir populaire pour gérer au mieux l’accouchement ?

Il n’était pas très concluant. On ne savait guère comment s’y prendre pour sortir l’enfant qui n’avançait plus, et bien souvent la matrone utilisait le crochet d’une pelle à feu ou d’une balance pour le tirer de là, avec les dégâts qu’on imagine. On ne savait pas non plus réaliser de césariennes auxquelles les femmes survivaient. Tout cela augmentait le risque d’infection et provoquait beaucoup de morts féminines suite à de violentes fièvres puerpérales. Douze femmes décédaient sur mille, surtout lors du premier accouchement.

L’enfant, quant à lui, était lavé dans un mélange de vin et de beurre chauds, un des rares bains auquel il aura droit lors de sa première année de vie. Sale, couvert de parasites, de poux ou de puces dont on estimait qu’elles tiraient le mauvais sang, il ne portait que rarement des langes propres puisqu’on considérait que l’urine avait des vertus bienfaisantes. À peine les séchait-on sans les nettoyer. Solidement emmailloté dans des bandes de tissus censées imiter le ventre de la mère, ce maillot rigide allait petit à petit libérer la têtes puis les bras. Les jambes devront attendre le 8ème mois.

L’enfant restait couché dans un berceau ou dans le lit de sa mère, voire accroché à un petit clou pour le protéger des animaux. Il-elle était généralement allaité-e par une nourrice, surtout en milieu urbain, quelle que soit la classe sociale, excepté les couches les plus populaires. À Paris, en 1780, seuls 1000 enfants sur 21 000 naissances annuelles étaient allaités par leurs mères. Les autres grandissaient à la campagne auprès de leur nourrice.

Il y avait eu quelques tentatives d’allaitement artificiels avec des biberons bricolés et du lait de vache coupé d’eau, mais toutes ces expériences s’étaient soldées par la mort inévitable de l’enfant, faute de connaissances des règles élémentaires d’hygiènes. Il faudra attendre Pasteur pour cela.

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Saint Vincent de Paul présidant une réunion des Dames de la Charité (détail) – École française, vers 1732

Pourquoi les mères ne donnaient-elles pas le sein ?

Les impératifs de la vie mondaine ou professionnelle dans les milieux commerçants ; l’idée que l’allaitement altérait la beauté des femmes ; les usages… Cela ne se faisait tout simplement pas dans certains milieux de garder et d’allaiter son enfant. Certain-es historien-nes émettent aussi l’hypothèse que la mortalité infantile était telle que l’on préférait se séparer de l’enfant pour ne pas trop s’y attacher et souffrir à sa mort. Seules les familles les plus aisées se payaient le luxe d’avoir une nourrice à domicile, mais dans la majorité des cas, celle-ci vivait à la campagne, un gage de bonne santé et d’un environnement plus sain pour l’enfant.

Ce système induisait l’organisation d’un gros réseaux de transport des nourrissons. On les emmenait dans des hottes pour des trajets assez longs, les nourrices les moins chères vivant loin des villes, parfois à plus de 100 km. Des transports réalisés dans de très mauvaises conditions, où les nouveaux-nés étaient tassés dans des charrettes, exposés au froid et à la pluie. S’ils survivaient au périple, ils pouvaient aussi pâtir des mauvais soins d’une nourrice peu attentionnée, qui n’avait plus de lait ou qui avait trop d’enfants au sein, qu’elle négligeait. Des études datant du 17e siècle indiquent des taux de mortalité en nourrice dépassant les 70%. Mais les enfants étaient tellement exposés à la mort, ne serait-ce qu’à cause des maladies auxquelles on n’avait pas trouvé de remèdes, que leur sort avait tendance à indifférer la société.

À partir de quand a-t-on essayé de réduire ce taux de mortalité ?

Dès le 18e siècle et pendant le 19e siècle, une attention nouvelle sera portée à l’enfant et à la femme enceinte de la part des familles, de l’État, de l’église et du corps médical. Médecins, philanthropes et administrateurs ont alors l’impression que le pays se dépeuple (une crainte complètement infondée) et lancent des campagnes de prévention et d’information. Dès la fin du 17e siècle, l’obstétrique devient une véritable science médicale. Les premiers accoucheurs, chirurgiens munis de forceps, apparaissent en Europe du nord à la fin du 17e siècle. C’était les prémices de l’accouchement médicalisé, mais ils suscitent une certaine hostilité dans la population notamment à cause de la présence des hommes lors des couches. Les premières formations de sages-femmes sont mises en place vers la fin du règne de Louis XIV, ainsi que l’apprentissage de l’anatomie des mères, des gestes de l’accouchement et des soins à donner aux nouveaux-nés. Une réalité urbaine assez faible, mais pionnière.

Et pendant la Révolution Française, y a-t-il eu des avancées ?

Certains cahiers de doléances les réclament. Après la révolution, seules les sages-femmes et des médecins formés et spécialisés auront le droit de pratiquer des accouchements. Des écoles sont mises sur pied pour perfectionner la formation pratique et théorique, et les matrones sont interdites d’exercer voire poursuivies pénalement.

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16 abril 1791. Françoise Touchard est choisie par les officiers municipaux de son village pour suivre des cours d’accouchement à Poitiers où elle sera logée et nourrie gratuitement. Elle suivra l’enseignement du Dr Maury et rentrera fin mai, diplôme en poche.

À la fin du 18e siècle, l’hôpital de l’Hôtel Dieu de Paris aménagera un espace spécialement destiné aux accouchement, « l’office des accouchées » séparé du reste de l’hôpital, où on gardera femmes et enfants pendant deux semaines sous surveillance. La maternité est née et sera généralisée au 19e siècle dans les grands hopitaux des principales viles !

Une situation très paradoxale car, en dépit de la modernité de ces établissements et des nouvelles conditions d’accouchements, le taux de mortalité restera très supérieur (70% à Port Royal) à celui des femmes qui accouchent chez elles. En mai 1856, nous verrons 31 décès maternels sur 32 accouchements ! Une étude réalisée en 1858 montrera que cette mortalité était 17 fois plus élevée à Port Royal qu’elle l’était à domicile à paris.

Étrange. Sait-on pourquoi ?

Jusqu’à la fin du 19ème siècle, l’hôpital accueillait surtout les mamans les plus pauvres, notamment des filles-mères à la constitution fragile. Les fièvres puerpérales s’y diffusaient à grande vitesse. Les médecins ne se lavaient même pas les mains ni ne stérilisaient leurs instruments entre deux examens ou après une autopsie, en se contentant d’aérer ou de séparer les femmes pour éviter les contagions. Il faudra attendre la révolution pasteurienne pour mettre fin à ce massacre.

Pour ce qui est des enfants, la pédiatrie deviendra un nouvel objet d’étude pour les médecins, les démographes et l’État avec la création d’hôpitaux spécialisés. En 1802, Paris se dotera de son premier hôpital pour enfants malades pour lutter contre la mortalité infantile, l’hôpital Necker. Les méthodes traditionnelles et l’emmaillotement seront de plus en plus condamnés, les bains pour enfants préconisés et les mises en nourrice déconseillées, grâce aux savoirs des sages-femmes qui servaient d’agentes de transmission pour promouvoir ces nouvelles techniques.

Mais jusqu’au début du 20e siècle, toutes ces préconisations seront peu diffusées dans les milieux populaires et ruraux isolés, quand elles ne se heurtent pas au poids des traditions. Les enfants continueront à être privés de bains, emmaillotés et mis en nourrices, un métier qui atteint alors son apogée même si, contrairement à la situation sous l’ancien régime, ces dernières sont mieux encadrées, contrôlées et parfois logées chez les parents. La loi Roussel, votée en 1874, rendra obligatoire leur surveillance par l’État.

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Publicité pour biberon

L’usage finira par disparaitre avec la généralisation des biberons et du lait stérilisé au début du 20e siècle, même si le lait artificiel de vache, parmi les moins digestes et des plus allergènes hélas, restera très usité dans les milieux les plus pauvres du fait qu’il était produit en grande quantité et à petit prix. Le lait artificiel deviendra même un enjeu commercial au cours du siècle, produit par des sociétés qui l’enrichissent de vitamines et de farines et font croire, via un gros attirail publicitaire, qu’il était meilleur que le lait maternel, insuffisamment nourrissant. Ce n’est que depuis une vingtaine d’année que le lait maternel est réhabilité.

Quels sont les moyens mis en place pour protéger les enfants ?

Des consultations de nourrissons par des médecins ; un programme complet de protection infantile intégrant la surveillance médicale ; l’éducation des mères issues des milieux modestes ; la lutte contre certaines traditions néfastes, etc.

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Tableau « Goutte de lait de Belleville » 1er lieu où l’on accueillait les jeunes accouchées pour, entre autres, leur donner du lait stérilisé et des biberons

À la « goutte de lait de Belleville » ouverte en 1894, on distribuait des biberons et du lait stérilisés. Les consignes étaient souvent autoritaires et directives, présupposant que les mères étaient responsables de la mauvaise santé du nourrisson et trop ignorantes pour bien se comporter avec eux. Bref, ce n’était pas des lieux très épanouissants ni très agréables pour elles, traitées comme des mineures qu’il fallait discipliner. Mais c’est aussi une période où nous verrons leurs droits évoluer au nom d’intérêts politiques et démographiques, avec notamment la création du congé maternité.

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« Goutte à lait de Belleville »

Pendant tout le 19e siècle, la femme enceinte continuait à travailler. Si les campagnardes faisaient l’objet d’une attention réelle de la part de leur entourage, les ouvrières citadines étaient complètement dénigrées. À peine leur cédait-on des postes de travail assis qu’elles ne pouvaient quitter que la veille de l’accouchement et auquel elles devaient revenir très vite… si on les leur avait conservé.

Pour éviter les fausses couches, le congé maternité servira à maintenir un bon taux de natalité et de travailleuses opérantes en accordant aux femmes, dès 1909, un congé de 8 semaines non rémunéré leur garantissant de retrouver leur poste. Peu de femmes le prendront, car seules les institutrices pouvaient bénéficier, dès 1910, d’un congé assorti de l’intégralité de leurs salaires.

D’autres mesures de protection sociale seront prises pendant la guerre, dans les entreprises et par l’État, les femmes étant massivement mobilisées dans les usines pour remplacer les hommes partis au front. L’enjeu était donc à la fois de les maintenir dans les usines et de prôner la natalité pour être ravitaillé en soldats. Ces droits sont dûs à une étonnante coalition d’intérêts communs entre les militaires qui avaient peur de manquer de chair à canon, les féministes et les médecins inquiets pour la santé des femmes.

Des chambres d’allaitement et des horaires aménagés seront proposés aux intéressées. En 1925, la loi Strauss fixera une toute petite rétribution du congé maternité, que beaucoup de femmes déclineront. Au lendemain de la seconde guerre mondiale, elles auront droit à 6 semaines de congé avant et à 8 semaines après l’accouchement, avec des indemnités journalières à hauteur de la moitié du salaire jusqu’en 1968, date à partir de laquelle elles pourront percevoir l’intégralité du salaire.

Comment apparaitra l’ère de l’accouchement médicalisé en maternité ?

La stérilisation puis la découverte des antibiotiques mettra fin aux épidémies de fièvre puerpérale. La césarienne sera plus sécurisée et se généralisera après la seconde guerre mondiale, ainsi que l’accouchement en maternité. Les hôpitaux n’accueilleront plus seulement les filles et les femmes les plus défavorisées, mais toutes les femmes. On passera de moins de 10% des accouchements à l’hôpital en 1878 à 60% en 1920 puis à 98% en 1974, l’hôpital offrant un espace optimal pour un accouchement sécurisé, médicalisé et moins douloureux.

La mortalité maternelle diminuera de moitié entre 1900 et 1925 pour se stabiliser ensuite à 1,5 pour mille, pour être aujourd’hui à 0,1 pour mille. Ce triomphe de la révolution pasteurienne dans les maternités sera pourtant très mal vécu par les femmes qui devaient se déshabiller, être douchées, rasées puis vêtues d’un linge de l’assistance publique, sans que leur pudeur ni leur avis ne soit pris en considération de quelque façon que ce soit par un personnel froid et autoritaire, dans une sorte de caserne aux horaires fixes. Les familles ou le mari, considérés comme des intrus porteurs de microbes, n’y étaient pas les bienvenues. L’attention hygiénique primait sur tout le reste et notamment sur la joie de l’enfantement ou sur le ressenti des mères.

Quand verra-t-on apparaitre des lieux plus bienveillants ?

L’humanisation de l’accouchement sera une grande revendication des femmes à partir de 1968. La haute compétence médicale négligeait alors les émotions des patientes ou la dimension privée et intime de l’accouchement. Mais c’était sans compter la grande mobilisation des féministes autour de la question des droits reproductifs, de l’avortement et de la maternité, souvent traités ensemble, bref du droit à disposer de leurs corps. Nous verrons, entre autre, l’apparition du merveilleux livre collectif « Notre corps, nous-mêmes » en 1977.

Certaines cliniques se feront une spécialité de ce type d’accouchement heureux et respectueux des mères. Mais nous verrons aussi apparaitre un mouvement de retour vers l’accouchement à domicile en attendant que le milieu médical change d’attitude et qu’il reconnaisse la naissance comme un évènement familial relevant de la vie privée. Les grand-mères seront par contre exclues de la « culture de l’accouchement », et les pères de plus en plus tolérés.

Enfin, nous verrons apparaitre la revendication de l’accouchement sans douleur. Les médecins s’en préoccupaient très peu, notamment les plus fidèles au précepte de la bible « tu accoucheras dans la douleur ». Les méthodes disponibles jusqu’à la première guerre mondiale étaient peu efficaces alors même qu’une méthode avait été élaborée à la fin des années 30 en Union soviétique, basée sur des techniques de relaxation et de respiration inspirées de l’hypnose, faisant participer les femmes et leur donnant la sensation d’agir au lieu de subir.

revueCette méthode sera importée en France par le docteur Lamaze qui officiait à la maternité des Bluets, clinique CGT des métallurgistes, où il l’enseignera suite à un voyage en URSS en 1951. Un gros mouvement de résistance idéologique et sarcastique s’opposera à cette méthode dans le milieu médical et politique, avant qu’elle ne reçoive l’appui inespéré… du pape Pie XII en 1956, sous prétexte que le fameux passage de la bible était un constat et non une injection.

Les femmes, alors mieux renseignées par une presse féminine en plein essor, y adhéreront avec enthousiasme et la sécurité sociale accepta en 1960 de rembourser 6 séances de préparation à l’accouchement, comme c’est toujours le cas aujourd’hui, en attendant la grande révolution que sera la péridurale !

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En décembre 1952, la presse annonce qu’accoucher sans douleur est désormais possible. Le docteur Lamaze et son équipe de la clinique des Métallurgistes « Les Bluets » viennent de l’expérimenter auprès de 500 femmes en appliquant une méthode d’origine soviétique fondée sur l’étude des réflexes inaugurée par Pavlov.

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5 réflexions sur “« Femmes et maternité » par l’effrontée Mathilde Larrère

  1. Superbe article, on en veut encore!
    Si je peux me permettre, n’y a t il pas une coquille dans la phrase « sous prétexte que le fameux passage de la bible était un constat et non une injection. » ? Ne s’agit-il pas d’une injONction? L’injection relevant, elle, du milieux médical.

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