La pornographie, zone de non-droit, ou l’histoire d’une érotisation de la torture des femmes

Communiqué de presse des effronté-es
16 décembre 2021

La pornographie, zone de non-droit
ou l’histoire d’une érotisation de la torture des femmes

Au « procès du porno »,
Les effronté-es vont se constituer partie civile !

Il y a un an, le producteur et réalisateur de “porno trash” (quelle pornographie ne l’est pas ?) spécialisé dans le “french bukkake”, une pratique particulièrement violente assimilable à de la torture, Pascal OP ainsi que le producteur Mathieu Lauret, dit Mat Hadix étaient mis en détention provisoire pour des faits de viols, proxénétisme aggravé, traite des êtres humains aggravée, travail dissimulé, blanchiment de proxénétisme aggravé et blanchiment de fraude fiscale.

Depuis, 9 personnes au total sont mises en examen dans la même affaire, dont des “rabatteurs” (ils piègent notamment les victimes via de faux profils de femmes sur les réseaux) et quatre acteurs, une première historique en France. Cette affaire avait éclaté peu après l’enquête préliminaire ouverte en septembre 2020 contre Jacquie & Michel, suite à notre signalement au parquet, celui d’Osez le féminisme ! et du Mouvement du Nid.
La même année, un article du New York Times intitulé “Les enfants de Pornhub”, mettait en lumière l’abondance des vidéos de viols, impliquant régulièrement des enfants, sur Pornhub, à la suite de quoi le site avait supprimé 60% de son contenu, afin d’échapper à toute poursuite juridique.

Depuis ce mercredi, le journal Le Monde consacre une grande enquête en quatre actes sur le système pornocriminel : “L’enquête tentaculaire qui fait trembler le porno français”. L’hebdomadaire dévoile un “dossier tentaculaire” impliquant “les plus gros réseaux de diffusion de films X dans l’Hexagone” et “mena[çant] tout le milieu”. Et de considérer que ce dossier “pourrait sortir pour la première fois la pornographie du flou juridique qui l’entoure en envisageant de la traiter comme du proxénétisme, c’est-à-dire le fait de s’enrichir en exploitant des rapports sexuels tarifés.”

En effet, l’industrie pornographique, extrêmement lucrative, est proxénète puisqu’elle tire profit de la prostitution d’autrui, à ce titre elle devrait être automatiquement illégale, ses revenus étant illicites.

Derrière l’apparat de l’« art cinématographique » et de la « sexualité », l’horreur

Ce premier volet “dévoile” la monstruosité de l’industrie pornocriminelle, secret de polichinelle pourtant paradoxalement bien entretenu par la société et les pouvoirs publics. Les féministes le répètent depuis longtemps : le privé comme l’intime, sont politiques. Que des violences sexuelles et physiques se déroulent dans l’espace public, ou au sein de la sphère domestique ne change rien à leur caractère non seulement intolérable mais illégal. Il doit en être de même lorsque ces violences se déroulent derrière une caméra, sous le maquillage sémantique de “pornographie”. 

Une violence, parce qu’elle est commise sous le couvert de l’appellation « pornographie », ne devrait plus être considérée comme telle ? Imposer de multiples fellations simultanées à une femme qui a dit non (french bukkake), deviendrait légal, non-violent et serait même une offre d’emploi comme une autre ? Des strangulations, étouffements, lésions anales graves, seraient acceptables parce qu’il y aurait eu un soi-disant consentement arraché au prix de la précarité des femmes, alors que de surcroît, les articles et témoignages qui se succèdent depuis plus d’un an dans la presse révèlent que ce consentement est le plus souvent totalement inexistant ?

Des synopsis d’une profonde misogynie, qui sont légion sur internet et non minoritaires, mais aussi explicitement racistes, lesbophobes, transphobes et même pédocriminels seraient acceptables et légaux parce qu’il s’agirait de “cinéma” ?

Nous rappelons que 88% des scènes de pornographie contiennent de la violence explicite. Les contenus les plus violents sont même les plus regardés : les vidéos figurant dans les top rated contiennent des pratiques violentes, comme le gagging (étouffement avec le pénis lors d’une fellation), et des scénarios pédocriminels et incestueux (« je b**** ma fille »/ »la belle-mère et la fille sur ma b*** « , etc)…

Aujourd’hui, il n’est plus possible de fermer les yeux devant le système criminel qu’est l’industrie pornographique. Les pouvoirs publics ne peuvent plus tolérer cette zone de non-droit, où tout ce qui est inacceptable au dehors devient toléré entre ses murs.

Notre association soutient toutes les victimes des violences patriarcales. Aux victimes de Pascal OP, Mat Hadix, des acteurs-violeurs, mais aussi de Jacquie et Michel, Dorcel (autres affaires), et plus généralement, de l’industrie pornographique : nous vous entendons et nous vous croyons. Vous n’êtes pas seules, vous n’êtes pas faibles, et nous sommes là pour vous aider. Vous avez le droit au respect, à la sécurité, aux soins, à une sexualité dénuée de violences, et à la justice.
Si vous avez été victime du système pornocriminel, et que vous souhaitez témoigner ou obtenir justice, nous vous invitons à nous contacter à leseffrontees@gmail.com. Avec les associations Osez le féminisme ! et le Mouvement du Nid, nous pouvons vous proposer un accompagnement juridique, social, et psychologique. Par ailleurs, notre association va se constituer partie civile dans cette affaire du porno français, pour laquelle on recense déjà plus de 50 victimes.

Les victimes parlent, elles sont légion, il est du devoir des dirigeants de les reconnaître comme telles, de les écouter, de leur rendre justice, et de faire cesser l’industrie qui les a brisées, et qui fait chaque jour de nouvelles victimes.

Contacts presse :
Claire Charlès : 07 60 36 38 29
Tiffany Coisnard : 06 58 85 18 02

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