Alexandra Richard : histoire d’une mise sous silence

COMMUNIQUÉ DE PRESSE DES EFFRONTÉ-ES
14 octobre 2021

Alexandra Richard : histoire d’une mise sous silence

Nouveau rejet de la demande de remise en liberté sous contrôle judiciaire d’Alexandra Richard, avant son procès en appel qui se tiendra du 19 au 21 octobre prochain à Évreux

Par cinq fois, les avocat-es d’Alexandra Richard ont demandé sa liberté conditionnelle pendant le temps qui la sépare de son appel, fixé au 19 octobre 2021. Toutes les demandes ont été rejetées – le verdict du 14 octobre est le même que les précédents, au motif que sa libération sous contrôle judiciaire pourrait causer un “trouble exceptionnel à l’ordre public”. Pourtant, toutes les conditions étaient réunies : les garanties de représentations, un éventuel placement sous bracelet électronique, le maintien de son emploi en CDI par son employeur, ainsi qu’un suivi psychologique et psychiatrique. De manière générale, aux assises, les personnes mises en cause qui ont comparu libres lors de leur procès en première instance comparaissent également libres lors de l’appel. C’est donc une dérogation à la règle qui est faite par le juge des libertés dans le cas d’Alexandra Richard.

Ne nous y trompons pas : il s’agit d’une décision politique, qui vise à silencier une femme victime de violences conjugales, en la privant du droit de se défendre publiquement, après qu’elle s’est déjà vue privée du droit de défendre sa vie, en étant condamnée à 10 ans de prison pour homicide volontaire.

La Cour d’appel de Rouen, par ses décisions archaïques, attise l’indignation et la colère de la société qui souhaite la fin des violences faites aux femmes.

On s’acharne sur les victimes de violences conjugales encore et toujours.

On reproche à Alexandra Richard d’avoir voulu se défendre, s’échapper de son bourreau. 

On lui dénie le droit de faire valoir la vérité en parlant dans la presse.

On lui reproche la mobilisation des associations féministes, dont c’est pourtant le rôle d’apporter des éléments contextuels d’éclairage et de déconstruction dans ce débat démocratique d’interêt général.

Si Alexandra Richard avait pu sortir, elle aurait pu mieux se défendre. Or, ce n’est pas acceptable pour le juge des libertés, pour qui elle doit se taire. C’est l’expression d’une justice qui défend une posture idéologique archaïque : les femmes victimes de violences n’ont pas le droit de se défendre… Et si elles osent, elles doivent payer le prix fort.

Si elle avait pu parler publiquement, elle aurait raconté la même chose que lors de son procès : l’enfer de son quotidien avec un homme qui la chosifiait, la violait, lui imposait en permanence des violences sexuelles. Un homme colérique, violent, qui buvait souvent et se battait à chaque occasion. Un homme dangereux qui la menaçait de la tuer si elle partait. Un homme qui détenait plusieurs armes à feu au domicile. Qui à l’âge de 19 ans, a gravement blessé par balle un homme, pour une histoire de jalousie, et mis en détention pour cela. Un homme qui faisait vivre un enfer à Alexandra et les enfants. Cris, humiliations, insultes, menaces, mépris. Elle avait porté plainte, mais sa plainte à fait l’objet d’une médiation pénale ! Un jour, elle a dit non au viol et à la torture, et il l’a menacée de mort. Ce jour-là, elle a eu peur qu’il la tue, elle savait qu’il pouvait mettre ses menaces à exécution, et a décidé de fuir. Pour se protéger et le dissuader de la poursuivre, elle a pris une arme dans le salon. Il était saoul, il a attrapé le canon du fusil, un coup est accidentellement parti, et il est mort.

À travers Alexandra Richard c’est aussi tout le mouvement féministe et progressiste qui est attaqué. La Cour d’appel s’inscrit résolument dans une posture conservatrice de ses prérogatives : « C’est nous qui décidons ». On perçoit les craintes mal placées de certains juges ou avocats de perdre de leur pouvoir souverain au profit du mythe du “tribunal médiatique”. Comme si éclairer un fait social, déconstruire les mythes archaïques et dénoncer les idéologies dominantes dans l’inconscient collectif pouvaient leur nuire. C’est à se demander si la lumière les effraie… et si l’obscurité ne leur profite pas.

Le débat autour de l’affaire Richard est sain et serein. Il est d’intérêt général. Il doit avoir lieu, et il aura lieu.

Notre tribune dans Mediapart qui demande une clarification de la loi sur la légitime défense, signée par de nombreux-euses actrices et acteurs de la société civile : associations, politiques, syndicats, personnalités.

Notre pétition qui porte la même demande (plus de 27k signatures) : Change.org/AlexandraLoiLegitimeDefense
Notre vidéo avec la participation de personnalités publiques, actrices, réalisatrices, porte-paroles associatives.

Contact presse :
Claire Charlès : 07 60 36 38 29

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