Rien ne justifie la violence et l’appel à la violence envers des militantes féministes

Communiqué de presse des effronté-es
12 mars 2021

RIEN ne justifie la violence et l’appel à la violence envers des militantes féministes

 

Ce dimanche 7 mars, un rassemblement féministe était organisé place de la République à Paris par le collectif On Arrête Toutes, à l’occasion de la Journée Internationale de Lutte pour les Droits des Femmes. De nombreuses associations étaient présentes et l’après-midi suivait son cours, ponctuée par les différentes prises de parole. Aux alentours de 16h, des affrontements ont commencé à éclater entre des militantes autour de la statue de la place de la République. D’un côté, une petite quinzaine de militantes du CAPP (Collectif Abolition Porno Prostitution, composé en partie de survivantes de la prostitution) et du collectif L’Amazone, juchées sur la statue, protestaient contre le système prostitueur. De l’autre, au pied de la statue, des colleuses du collectif Collages Féminicides Paris, des militantes portant une banderole « Féministes contre l’islamophobie » et des antifas, qui semblent appartenir au collectif « Action antifasciste Paris-Banlieue ». La situation s’est très vite envenimée et la foule au pied de la statue s’est mise à lancer des œufs sur les militantes perchées en haut. Les œufs ont touché certaines d’entre elles au visage, mettant en danger leur équilibre précaire sur la statue et provoquant leur colère. La foule hétéroclite réunie en bas a alors commencé à les invectiver, à grand renfort d’insultes sexistes et de gestes obscènes. 

La tension était à son comble, malgré la confusion qui régnait. Car faut-il préciser que les militantes d’en haut et d’en bas portaient des slogans similaires, dénonçant les violences sexistes et sexuelles ? En bas, un panneau « survivante du viol » ; en haut, un panneau « survivante de la prostitution ». Toutes sont victimes du patriarcat. Il a fallu attendre le SO (service d’ordre) d’associations féministes présentes sur la place pour que les militantes du haut puissent descendre et se faire escorter jusqu’au métro, bien que des vidéos montrent des affrontements rapprochés – et les pancartes abolitionnistes arrachées et déchirées. Certaines militantes avaient également reçu des menaces avant le rassemblement, dont des appels au viol, et le message “Sauve une trans, bute une TERF” (pour Trans Exlusionary Radical Feminist) a été peint par la suite sur la statue.

Nous ne pouvons rester sans réagir face à de telles méthodes d’intimidation, que nous condamnons sans aucune réserve.

Si nous dénonçons et même combattons le courant féministe transphobe, et si nous savons que la prostitution est aujourd’hui un sujet extrêmement clivant au sein du féminisme, cela ne justifie en aucun cas les violences déployées ce dimanche 7 mars, à Paris, mais aussi dans d’autres villes de France, comme Toulouse. Or, les survivantes de la prostitution sont nombreuses dans les groupes abolitionnistes. Le résultat est que les agresseurs pro-légalisation s’en sont pris à des femmes concernées : agresser des femmes que l’on prétend soutenir est incompréhensible et insupportable. Ces femmes étaient là pour dénoncer la violence de la prostitution, le mal que ce système leur a fait : leur parole n’a pas à être silenciée, leur vécu ne doit pas être nié, au motif que d’autres femmes ont un vécu différent du leur et un positionnement politique divergent sur la question de la prostitution.

Par ailleurs, la parole des concernées n’étant pas homogène, nous considérons que toutes les voix, celles des survivantes abolitionnistes comme celles des prostituées pro-légalisation, doivent pouvoir s’élever sans être silenciées. En tant qu’abolitionnistes, nous ne souhaitons pas que la parole des femmes et personnes se revendiquant comme « TDS » soit effacée ; au contraire, elle doit pouvoir coexister avec celle des survivantes et victimes de la prostitution. L’abolitionnisme est un positionnement politique, mais n’a pas vocation à nier le vécu des individus. Vouloir l’abolition de la prostitution, c’est s’en prendre au système et non pas aux concerné·es. Les survivantes sont nos sœurs. Les prostituées qui se définissent comme TDS le sont aussi.

Enfin, de nombreux hommes – probablement antifas – ont pris part à ces violences.  Ce dernier point est peut-être le plus intolérable de la part d’un groupe se réclamant du féminisme. Depuis quand est-il acceptable pour des hommes de lancer des objets, frapper, violenter de quelque manière que ce soit des femmes, sur la base d’un désaccord politique, si important soit-il ? Depuis quand est-il acceptable pour des militantes d’accepter cette violence et ces hommes violents parmi elles ?

Ces violences avaient déjà eu lieu le 8 mars 2020. Elles sont, et seront toujours injustifiables. 

Nous nous devons de préciser que nous avons des points de clivages politiques et idéologiques très profonds avec les collectifs agressés. Leur transphobie, manifestée à maintes reprises sur les réseaux sociaux et pendant le rassemblement, est un positionnement politique de haine et d’exclusion que nous combattons. Ces discours de haine alimentent une violence de la société envers les personnes transgenres, et ont des conséquences bien réelles sur ces dernières. Le CAPP a par ailleurs déjà dispensé sur les réseaux des propos islamophobes, que nous condamnons tout aussi fermement. Cependant, malgré ces désaccords politiques, nous condamnons sans ambiguïté les violences que ces militantes ont subies. Les appels aux viols, au meurtre, à la violence envers des femmes ne sont pas supportables ni tolérables.

Les effronté-es sont solidaires aujourd’hui, comme hier, des femmes, cis et trans, de toutes les minorités sexuelles et de genres, des femmes voilées, des femmes qui subissent le racisme sur la base de leurs origines ou religion. Notre féminisme se veut intersectionnel et ne saurait s’exprimer sans soutenir et relayer leurs luttes, ou sans combattre les violences qu’iels subissent. Ce positionnement féministe essentiel ferait bien d’être rappelé au bon souvenir de toutes les personnes concernées par les affrontements de dimanche.

Contact presse :
Claire Charlès : 07 60 36 38 29

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