Aux député-es LRM : non, les féministes ne sont pas responsables d’une justice déficiente

Photo – Vincent Scarli

Communiqué de presse des effronté-es

15 juillet 2020

Aux député-es LRM : non, les féministes
ne sont pas responsables d’une justice déficiente

 

Dans une tribune parue ce jour, 167 député-es La République En Marche s’indignent des mouvements de protestation survenus partout en France, suite à la nomination de Gérald Darmanin au ministère de l’Intérieur et d’Éric Dupond-Moretti à la Justice. Le texte s’en prend notamment à nos slogans, tel « La culture du viol En marche », qui bafoueraient la présomption d’innocence.

Nous rappelons que la culture du viol (contre laquelle les député-es LRM disent lutter) désigne un continuum de propos et d’actes qui concourent à banaliser le viol et les violences sexuelles. La nomination, à la tête d’un ministère régalien, d’un homme actuellement visé par une enquête de viol et de harcèlement sexuel relève de la culture du viol. 

Accusé de fraude fiscale, Jérôme Cahuzac avait été contraint de démissionner en cours d’enquête. Impliqué dans une affaire de détournements de fonds publics, François Bayrou s’était retiré du gouvernement avant même sa mise en examen. Les exemples récents se sont succédé, qui témoignaient d’une volonté d’exemplarité, rendant incompatible avec de telles accusations l’occupation d’un ministère. Pourtant, un politicien accusé de viol et de harcèlement sexuel bénéficie d’un passe-droit. Le message est clair : le corps des femmes reste perçu comme un objet de valeur moindre. Il y a bel et bien, au plus haut niveau de l’État, objectivement et sans ambiguïté, une minimisation du crime de viol, et des violences sexuelles. C’est suffisamment grave pour justifier notre indignation et notre mobilisation.

Par ailleurs, on accuse les féministes d’aller plus vite que l’enquête. Pourtant, Emmanuel Macron et Jean Castex ne se privent pas de transformer la présomption d’innocence en certitude d’innocence :  « Il y a aussi une relation de confiance d’homme à homme », se vante le Président lors de son entretien télévisé du 14 juillet. « Je peux vous dire que si en mon âme et conscience, ayant regardé le sujet, j’avais eu le moindre doute, la moindre interrogation sur la nomination du ministre de l’intérieur… », explique le Premier ministre sur RMC, en laissant sa phrase en suspens. En d’autres termes, Emmanuel Macron et Jean Castex ont déjà tranché : l’accusé est innocent. L’Elysée avait de surcroît affirmé que les accusations n’étaient pas un obstacle à la nomination de Gérald Darmanin, assumant ainsi le risque de placer potentiellement à la tête du ministère de l’Intérieur un violeur, et quoiqu’il en soit, un homme sous le coup d’une information judiciaire, en charge de superviser la police alors même que l’enquête suit son cours. Le conflit d’intérêts est d’autant plus choquant que son évidence ne peut passer inaperçue.

Les féministes ne nient pas la présomption d’innocence. Nous entendons que justice soit rendue en toute impartialité et sans conflit d’intérêts. Et appelons à une redéfinition pénale du viol et des agressions sexuelles en intégrant la notion de consentement, absente des textes de lois.  

Enfin, les député-es LRM avancent que « dans les pays où la présomption d’innocence est bafouée, les victimes de violences sexuelles, et plus généralement les femmes, ne sont jamais mieux protégées ». Habile retournement rhétorique qui sous-entend que les féministes desserviraient leur propre cause – argument réactionnaire récurrent. Mais encore : « La justice ne sera plus rendue si accusation vaut condamnation » : la justice serait donc, aujourd’hui, rendue efficacement. Pourtant, les quelques 94 000 femmes victimes de viol ou de tentative de viol ne sont toujours pas protégées en France : 10% d’entre elles osent porter plainte et 10% de ces plaintes aboutissent à une condamnation, rapportant à 1% le nombre de violeurs condamnés. La faute n’en revient pas aux féministes, qui alertent depuis des années et sans relâche sur le manque de formation des policer-es et magistrat-es, le manque de moyens, et l’engorgement de la justice qui en découle.

La justice patriarcale n’est pas une justice. Tant qu’elle ne sera pas redéfinie selon les intérêts de tou-tes et que notre combat sera détourné, nous demeureront mobilisées.

 

Contacts presse :
Claire Charlès : 07 60 36 38 29
Pauline Parent : 06 65 77 35 83

 

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