Communiqué : #Balance ta justice patriarcale !

Communiqué de presse des effronté-es – 26 septembre 2019

Sandra Muller condamnée pour diffamation :

Balance ta justice patriarcale !

 

Les effronté-es sont scandalisé-es par ce verdict. C’est sur la base d’un rapprochement entre deux tweets de Sandra Muller que la plaidoirie s’est tenue. Dans le premier, elle écrit : « #balancetonporc !! toi aussi raconte en donnant le nom et les détails un harcèlent [sic] sexuel que tu as connu dans ton boulot. Je vous attends ». Quatre heures plus tard elle cite : « Tu as des gros seins. Tu es mon type de femme. Je vais te faire jouir toute la nuit » Eric Brion ex patron de Équidia #balancetonporc ». Dans aucun d’eux, donc, Sandra Muller n’accuse explicitement Eric Brion de harcèlement, elle ne le désigne pas comme harceleur sexuel. La justice a donc donné raison aux avocat-es d’Eric Brion.

Pourtant, elle aurait pu choisir de considérer qu’il n’y avait pas matière à parler de diffamation, le plaignant ayant reconnu les propos que Sandra Muller lui a imputés. Elle aurait pu se rendre compte que Sandra Muller a parlé de harcèlement “au sens large”, pour reprendre les mots de ses avocat-es, ou pour mieux dire, au sens que 100% des femmes connaissent et ont déjà vécu, mais que le droit ne reconnaît toujours pas. Ce harcèlement que les femmes vivent au travail, dans la rue, les transports, parfois 20 fois par jour, de la part de 20 hommes différents, car c’est bien du harcèlement qu’elles ressentent de leur point de vue de victimes, et ce du fait de la répétition du phénomène. Cette acception du mot est même de plus en plus reconnue et généralisée. On parle aujourd’hui, enfin, de “harcèlement de rue”, même si ce terme n’est pas reconnu d’un point de vue juridique, le harcèlement sexuel étant caractérisé à partir de la deuxième fois, et venant de la même personne. Pourtant nous ne comptons plus le nombre de femmes qui témoignent d’avoir été “harcelée par un mec dans la rue”. C’est passé dans le langage courant, les politiques eux-mêmes reconnaissent aujourd’hui le phénomène du harcèlement de rue.

Ensuite, même en prenant l’acception juridique de ce terme, impliquant donc une répétition par la même personne, on peut questionner ce verdict. Selon la définition du harcèlement sexuel, Article 222-33 du Code pénal :

« I. – Le harcèlement sexuel est le fait d’imposer à une personne, de façon répétée, des propos ou comportements à connotation sexuelle qui soit portent atteinte à sa dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant, soit créent à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante. »

Or, si la situation en elle-même ne s’est produite qu’une seule fois, c’est-à-dire un seul soir, il y a bien eu insistance avec un deuxième propos alors que Sandra Muller avait déjà fait part de son désintérêt vis-à-vis du premier propos. Le tweet de Sandra Muller pourrait laisser penser que tout a été dit d’une traite, mais ce n’est pas le cas, et Eric Brion l’a reconnu en ces termes lors du procès :

« Elle m’attire. Je lui dis : Tu m’impressionnes, tu es mon type de femme, tu es brune, tu as de gros seins. À sa réaction, je comprends que l’attirance n’est pas réciproque mais, blessé dans mon orgueil, je fanfaronne et lui lance : Dommage, je t’aurais fait jouir toute la nuit… »

Nous l’avons vu, le harcèlement sexuel au sens pénal est caractérisé au bout de la deuxième fois, et ce quel que soit le laps de temps écoulé entre les deux fois : cela peut être très court, ou très long.

Eric Brion a très bien compris la réaction sans ambiguïté de Sandra Muller, et il a relancé une phrase du même type, tout aussi sexiste, et à connotation sexuelle. Il ne s’agissait alors plus de la draguer, il savait qu’elle ne voulait pas, il ne s’agissait que de l’humilier, la punir en quelque sorte. Les magistrats auraient très bien pu tenir compte de cette répétition, même très rapprochée dans le temps. Il ne s’agissait même pas de condamner Eric Brion pour harcèlement sexuel, Sandra Muller n’ayant jamais porté plainte, mais de ne pas condamner Sandra Muller pour diffamation. De ne pas la punir d’avoir osé parler, ce qui est si dur pour tant de femmes qui vivent le sexisme au quotidien. Justice patriarcale ? Non…

Bien sûr, un traitement médiatique à l’avenant a montré Eric Brion comme un homme brisé, ayant tout perdu, stratégie reprise par la défense. Sandra Muller aurait-elle été jugée au regard de la descente sociale de Monsieur Brion ? Y’aurait-il un chef d’inculpation existant pour cela ? Bien sûr que non. Pourtant, cela a sans doute eu énormément de poids dans le traitement général de cette affaire et son retentissement dans l’opinion, dans cette société où certain-es plaignent davantage les harceleurs (oui, nous féministes revendiquons l’usage de ce mot tel qu’il est vécu par les femmes, tel que nous le vivons chaque jour, chaque semaine, par des centaines d’hommes différents) que les victimes. Sandra Muller sera ainsi passée de victime à coupable, de femme humiliée à “briseuse de vie”, et enfin condamnée pour diffamation, à 15 000 euros de dommages et intérêts, payant ainsi le prix de son immense courage, en initiant la libération de la parole des femmes dont nous nous félicitons toutes aujourd’hui. Nous souhaitons qu’elle obtienne justice en appel, nous lui apportons tout notre soutien, lui témoignons notre admiration et plus encore, nos infinis remerciements.

Contact presse

Claire Charlès : 07 60 36 38 29

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