Samedi 3 mars, venez soutenir les femmes grévistes !

FEMMES EN LUTTE, FEMMES EN LUMIÈRE

Photographies : Emmanuelle Corne
Texte : Mathilde M.
Pour les effronté.es – Mars 2018

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Si les luttes des femmes sont rarement mises en lumière, nombreux sont les mouvements sociaux initiés par des femmes au cours de l’histoire, de la « marche des femmes » de 1789 qui oblige le roi à signer les décrets d’application de la Déclaration des Droits de l’Homme, aux grèves et occupations d’usines de juin-juillet 1936 en soutien au Front Populaire, en passant par la grève des couturières parisiennes de mai 1917 qui obtiennent la semaine de cinq jours et demi de travail.

En 2017, un appel à la grève des femmes a été lancé par plus de vingt syndicats et associations féministes pour le 8 mars, journée internationale des droits des femmes. Ce mouvement se poursuit en 2018 ! Dans plus de trente-cinq pays, les femmes sont ainsi appelées à arrêter le travail le 8 mars prochain pour dénoncer les inégalités femmes-hommes.

Ces inégalités sont nombreuses sur le marché du travail.

En moyenne, les femmes gagnent en France 26% de moins que les hommes. Cet écart résulte à la fois de pratiques de discrimination pure, du temps partiel, de l’effet négatif des interruptions de travail sur les carrières des femmes, et d’une concentration des femmes sur les emplois les moins bien rémunérés.

À diplôme, poste et temps de travail égal, les femmes reçoivent en moyenne un salaire inférieur de 9% à celui des hommes. Mais elles sont surtout sous-représentées dans les professions les plus valorisées et particulièrement concernées par les emplois précaires : 30% des femmes actives travaillent à temps partiel, contre 7% des hommes. 60% des salarié.es en Contrat à Durée Déterminée (CDD) sont des femmes. 26% des femmes occupent des emplois non qualifiés, contre 14,5% des hommes. En termes de secteurs d’activité, 88% des femmes travaillent dans les services et elles sont nombreuses dans le commerce, l’administration, l’enseignement, la santé et l’action sociale, autant d’activités souvent peu valorisées. Les travailleuses immigrées et les cheffes de famille monoparentales sont particulièrement concernées par les formes d’emploi précaires et sont plus exposées au risque de pauvreté.

Les chiffres présentés dans ce texte sont issus des données de l’INSEE pour les années 2014, 2015 et 2016.

Loin de se résigner, de nombreuses travailleuses s’organisent collectivement pour défendre leurs droits, obtenir de meilleures conditions de travail et recevoir une rémunération plus juste qui leur permette de subvenir à leurs besoins.

À l’occasion de la journée internationale pour les droits des femmes, les effronté.es mettent à l’honneur des travailleuses qui se battent pour dénoncer des conditions de travail indécentes et obtenir que leurs droits soient respectés. La lutte des salariées des EHPAD (Établissements d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes) et le combat des salariées des entreprises de nettoyage ONET et Hemera sont des démonstrations éclatantes du courage et de la persévérance de travailleuses qui s’unissent pour résister.

VENEZ LES ÉCOUTER ET LES APPLAUDIR CE SAMEDI 3 MARS !

3mars grévistes

LE PROGRAMME

(évènement facebook)

– 13h30 : Ouverture et présentation de la demi-journée
– 14h : 1ère performance des crieuses publiques, avec la Cie Aziadé, sur les femmes et culture
– 14h25 : Performance théâtrale de Typhaine D et son personnage de Blanche Neige : arnaque des contes de fées et lesbianisme
– 14h40 : Table ronde sur la PMA pour toutes avec Alix Béranger (Cofondatrice du collectif OUI-OUI-OUI), Laurène Chesnel (Inter-LGBT) et Aurore Benard (Les effronté-es)
– 15h40 : Performance théâtrale de Typhaine D et son personnage de Cendrillon : stéréotypes des l’enfance, stratégies de l’agresseur, esclavage domestique
– 16h: Présentation et débat autour de l’exposition photos « femmes en lutte, femmes en lumière ! » d’Emmanuelle Corne et avec les femmes grévistes des Ehpad, de Holiday Inn et d’Onet
PAUSE
– 17h : 2ème performance des crieuses publiques, avec la Cie Aziadé, sur les femmes et l’espace public
– 17h30 : La Pérille Mortelle, dernier Conte très à Rebours et à Régler de Typhaine D
– 18h : Ciné-débat « Entre leurs mains » de Cécile Darmayan en présence de la sage-femme du film

« Davantage de moyens humains pour plus de dignité ! »
Les salarié.es des EHPAD

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Le 30 janvier 2018, un tiers des salarié.es des Établissements d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes (EHPAD) se mobilisaient pour réclamer plus de moyens. D’une ampleur inédite, ce mouvement répondait à l’appel de tous les syndicats du secteur, de plusieurs associations de retraités mais aussi de l’association des directeurs de ces établissements (AD-PA).

87% des salarié.es des EHPAD sont des femmes, qui exercent les professions d’infirmière ou d’aide-soignante. En raison des coupes budgétaires décidées par les gouvernements successifs et d’une augmentation du nombre de personnes âgées dépendantes, on compte en moyenne six salariées pour dix résident.es dans les EHPAD. Ce travail en sous-effectif oblige les salariées à réduire le temps consacré à chaque résident.e et les empêche de traiter les personnes âgées avec le respect qu’elles méritent, au point que les personnels soignants dénoncent une « maltraitance institutionnalisée ».

Les grévistes du 30 janvier 2018 réclamaient notamment des créations de postes pour que le ratio d’un agent par résident puisse être atteint, et l’abrogation d’une réforme de la tarification susceptible de dégrader la situation financière des EHPAD publics. D’une façon générale, c’est la question de la prise en charge de la dépendance et de la valorisation des métiers du care que pose le mouvement des salariées des EHPAD.

Face à l’ampleur du mouvement, la Ministre des Solidarités et de la Santé a promis d’ajouter 50 millions d’euros aux 100 millions supplémentaires déjà prévus par le budget de la Sécurité sociale. Mais ces montants restent largement insuffisants au regard des besoins, et une nouvelle mobilisation, étendue cette fois à l’ensemble des établissements pour personnes âgées, est d’ores et déjà prévue pour le 15 mars prochain.


« Être femmes de ménage, ce n’est pas être des moins que rien. Notre travail a de la valeur, et peut-être plus que le leur. »
Les salarié.es d’ONET (sous-traitant de la SNCF)

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En novembre 2017, c’est l’introduction d’une clause de mobilité qui a mis le feu aux poudres et poussé à se mettre en grève plus de 80 salarié.es de H. Reinier, une filiale du groupe Onet. Cette entreprise, chargée par la SNCF du nettoyage des gares du réseau Paris-Nord, voulait obliger ses salarié.es à se déplacer de gare en gare au gré des besoins.

Soutenu.es par la CFDT, FO et Sud Rail, les grévistes se sont retrouvé.es chaque jour en Assemblée Générale dans un climat parfois tendu, la SNCF ayant demandé l’intervention des forces de l’ordre pour que des intérimaires viennent nettoyer les gares.

Après 45 jours de grève, les grévistes ont obtenu que soient satisfaites toutes leurs revendications (à l’exception de l’augmentation de la prime de vacances) :

– suppression de la clause de mobilité
– rattachement des agents de nettoyage à la convention collective de la manutention ferroviaire (plus avantageuse que celle du nettoyage)
– augmentation de la prime repas de 1,90 à 4 euros
– étalement des jours de grève sur six mois pour limiter la perte de revenus en novembre 2017
– versement d’une prime de remise en état des gares touchées par la grève équivalente à 50% de leur salaire

Malgré cette belle victoire, la reprise du travail ne se passe pas aussi bien qu’on aurait pu l’espérer : des menaces ont été formulées à l’encontre d’ancien.nes grévistes, les salaires versés ne correspondent pas aux montants dus et ONET semble chercher d’autres moyens pour contraindre les salarié.es à la mobilité. La lutte continue !


« La grève commence aujourd’hui ! »
Les salarié.es d’Hemera (sous-traitant de Holiday Inn)

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Bien que la compétitivité d’un hôtel dépende directement de la propreté de ses chambres, nombreux sont les groupes hôteliers qui sous-traitent le nettoyage de leurs établissements à la recherche du moindre coût.

Au Holiday Inn de la Porte de Clichy, certain.es travailleur.ses étaient déjà présents au moment de l’ouverture de l’hôtel, il y a plus de 10 ans : ils et elles ont vu se succéder pas moins de 5 entreprises sous-traitantes et ont dû renégocier leurs conditions d’emploi et de rémunération à chaque changement de prestataire.

En octobre dernier, l’entreprise sous-traitante Hemera a décidé arbitrairement de muter deux salariées. Plus de 30 femmes de chambre, gouvernantes, équipiers et plongeurs ont alors entamé une grève reconductible pour protester contre ces mutations abusives et dénoncer le non-paiement de leurs heures supplémentaires, au mépris du droit.

Si une partie des grévistes a rapidement repris le travail sous la pression de la hiérarchie, douze travailleur.ses ont tenu bon pendant près de quatre mois, avec le soutien de la CNT-SO et de la CGT-HPE. Qu’il vente ou qu’il neige, les grévistes étaient chaque jour sur le piquet, devant l’hôtel, cherchant à rendre leur mouvement visible aux yeux des client.es.

Après 111 jours de grève, un accord a finalement été conclu, qui satisfait la plupart des revendications des grévistes :

– annulation des mutations abusives
– paiement des heures supplémentaires (fin du système illégal de paiement à la chambre)
– intégration du temps d’habillage et de déshabillage dans le temps de travail
– versement d’une prime repas de 7,14EUR par jour travaillé
– garantie de deux jours consécutifs de repos hebdomadaire
– suppression des contrats de moins de 130h mensuelles.

Cette grève – exceptionnelle par sa durée – s’est donc conclue par une victoire, et elle pourra donner à d’autres travailleur.ses sous-traité.es de l’hôtellerie le courage de se battre pour leurs droits. Mais, là encore, la vigilance est de mise pour éviter que des représailles soient exercées contre les grévistes.

 

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