Oui à l’écriture inclusive ! Par l’effrontée Anaïs

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Anaïs HADDAD, Co-présidente des effronté-e-s

Le 16 octobre, Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale, déclarait que l’écriture inclusive était « une façon  d’abîmer notre langue« . Le 26 octobre, c’était au tour de l’Académie française de nous mettre solennellement en garde : la langue française serait désormais en « péril mortel »… Rien que ça ?!

Notons d’abord que, très souvent, la question est quasi exclusivement traitée par des hommes. C’est à dire par des personnes qui n’ont pas à s’inquiéter d’être invisibilisées par notre langue. NOTRE langue, oui ! Car, en effet, la langue française doit être le reflet de notre société et n’appartient pas qu’au ministre de l’Éducation, ni à l’Académie française. Ne leur en déplaise, la langue, elle, évolue ! Doit-on s’émouvoir de ne plus parler en vieux françois ?

Selon une étude Harris Interactive datant du 18 octobre, 75% de la population française se dit favorable à l’écriture inclusive. Ce qui prouve que la société souhaite évoluer dans ce sens.

L’Académie française comporte aujourd’hui 34 membres (avec 6 fauteuils à pourvoir) dont seulement 4 femmes. Il y a 66,9 millions d’habitant-es en France, dont plus de la moitié sont des femmes. Si 34 personnes, dont une minorité de femmes, rencontrent quelques difficultés à lire un français inclusif, alors que 75% de la population pourrait bien s’en accommoder, peut-être pourrions-nous proposer des cours de rattrapage aux académicien-nes ?

Au-delà des préférences de lisibilité de l’Académie française, ce qui nous inquiète, c’est ce que véhicule l’exclusion du féminin de la langue française. En particulier, cette fameuse règle apprise par cœur à tou-tes les jeunes de France : « Le masculin l’emporte sur le féminin« . Une règle qui, malheureusement, s’impose bien au-delà des manuels scolaires et c’est précisément ce que nous dénonçons. Elle impacte notre culture et nos comportements sociaux et relègue les femmes au second rang, dans une position de dominées.

Nous sommes la moitié de la population et nous voulons exister, y compris dans la langue française ! Parce que les mots induisent et influencent les pensées, construisent un ensemble de représentations, et aussi parce que ces mots se traduisent par des comportements !

Cette préoccupation n’est pas l’apanage des féministes. Ce 7 novembre, 314 membres du corps professoral ont déclaré « Nous n’enseignerons plus que le masculin l’emporte sur le féminin« . Un engagement fort qui annonce une prise de conscience collective et une volonté forte de faire évoluer notre société en faveur de l’égalité ! Elles/ils déclarent dans le communiqué paru dans Slate que « la répétition de cette formule aux enfants, dans les lieux mêmes qui dispensent le savoir et symbolisent l’émancipation par la connaissance, induit des représentations mentales qui conduisent femmes et hommes à accepter la domination d’un sexe sur l’autre, de même que toutes les formes de minorisation sociale et politique des femmes. »

Nous soulignons également que les féministes n’ont pas « abîmé notre langue ». Les règles ont changé au 17ème/18ème siècle. Avant, c’était la règle de proximité qui se pratiquait en grec ancien, en latin puis en français. On accordait alors l’adjectif avec le nom le plus proche. Mais avec l’instauration d’une domination masculine jusqu’aux plus hautes sphères du pouvoir, la règle fut changée pour démontrer qu’un genre était supérieur à l’autre.

Comme le disait l’abbé Bouhours en 1675 :

« Lorsque les deux genres se rencontrent, il faut que le plus noble l’emporte ».

Complété en 1767 par le grammairien Nicolas Beauzée :

« Le genre masculin est réputé plus noble que le féminin à cause de la supériorité du mâle sur la femelle ».

C’était également pour signifier aux femmes que certains métiers n’étaient pas faits pour elles et donc que leur appellation ne pouvait se féminiser. Ce choix de langue est bel et bien un projet politique et un reflet de la société. La langue française continue à exclure une partie de sa population, par la non-représentation, à offenser et à rabaisser les femmes, littéralement à chaque mot.

La société n’est pas figée. Il est tout à fait légitime que sa langue évolue avec elle. Que cesse enfin l’apprentissage du sexisme dès les premiers mots !

L’égalité se construit. L’égalité s’apprend ! Mais avant tout, l’égalité s’exprime dans les choix de langage d’une société !

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