Se réapproprier l’accouchement » par l’effrontée Charline

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Par Charline Philippe – co-porte-parole des effronté-e-s, référente Corps et santé

Comment, en tant que femmes et féministe peut-on être mère, et comment en tant que femme et mère peut-on être féministe?

Les combats concernant la grossesse et l’accouchement sont nés de la volonté des femmes de se réapproprier leur corps, leur expérience : Une femme enceinte n’est pas malade.

“Je ne voulais pas d’épisiotomie, j’avais prévenu l’hôpital. Mon accouchement se passait très bien, mais le gynécologue a tenu à en faire une. J’ai protesté, ça n’a rien changé.”

“J’ai eu le sentiment d’être une vache, à aucun moment, on ne m’a informée de ce qui se passait, ni demandé mon avis”

“Mon vagin s’est transformé en hall de gare”

“Mon accouchement, moi, je l’ai vécu comme un viol”

“Aujourd’hui, j’en suis encore traumatisée”

Comment ce jour, de l’accouchement, qui annonçait une superbe rencontre, s’est transformé en cauchemar? Les nombreux témoignages recueillis sur le web et auprès des associations ont brisé le silence sur les conditions anormales de nombreux accouchements. Ils prouvent que ces actes douloureux, infligés sans consentement, ces épisiotomies de routine, ces césariennes abusives ainsi que ces impolitesses, ces attitudes méprisantes, et même parfois ces humiliations ne sont pas des cas isolés et sont bien systémiques.

Cependant, rappelons que la loi Kouchner est censée garantir depuis 2002 le consentement libre et éclairé des patient-es, mais qu’elle n’est que très rarement appliquée une fois les portes de l’hôpital franchies. En effet ces actes, effectués sans nécessité médicale ​et sans fondements scientifiques sont pourtant commis en toute impunité​, souvent sans plus d’explications fournies, par simple routine, ​voire par commodité pour le personnel soignant, en particulier les médecins. Pourtant, les professionnel-les de santé (gynécologues, sages-femmes, etc) ont l’obligation d’expliquer aux patient-es précisément l’ensemble des actes qu’ils proposent de pratiquer, de la prise de sang à l’épisiotomie, leur utilité et leurs risques, ainsi que les autres solutions.

La question des violences est aussi politique que médicale, elle occupe une place importante dans notre lutte, comme le développe ici l’historienne Mathilde Larrère. Elle renvoie à une vision sexiste de la femme : faible, incapable d’accoucher seule et dangereuse pour ses enfants.

La société patriarcale dans laquelle nous vivons insuffle constamment aux femmes leur devoir de maternité. Cependant l’accouchement est surmédicalisé, dominé par une autorité supérieure et non contrôlé par la mère. Il constitue donc un rite initiatique venant sceller l’injonction ambiguë de la maternité. Les fondements de l’obstétrique reposent d’ailleurs sur le concept sexiste qui veut que la femme soit, en soi, un être malade à partir du moment où elle est réglée et donc qu’elle peut avoir des enfants.

Cette pathologisation du corps féminin est donc à son paroxysme pendant la grossesse et l’accouchement. Tout le processus est hyper médicalisé, rien n’est laissé au hasard, l’accouchement est associé au danger. Tel qu’il est pratiqué aujourd’hui dans la plupart des maternités, il répond à un protocole précis : toucher vaginaux, perfusion d’ocytocine pour 2 femmes sur 3, péridurale (88% pour les premiers accouchements, 58% pour les seconds), accouchement sur le dos, épisiotomie dans 30% des cas.

L’épisiotomie consiste à pratiquer une incision du périnée au moment du passage de la tête du fœtus. Dans sa recommandation de 2005, le Collège National des Gynécologues Obstétriciens Français (CNGOF) constatait que la pratique systématique de l’épisiotomie n’avait pas démontré son bénéfice tant du point de vue de la mère que de l’enfant. L’objectif originel de l’ocytocine est de raccourcir la durée du travail dans l’optique de diminuer la morbidité maternelle et fœtale associée à un travail prolongé. Cependant, selon les résultats de l’Enquête périnatale en 2010, elle est administrée chez 64 % des femmes en travail, y compris pour les patientes dont le travail est spontané. Cette hormone présente un avantage majeur pour les hôpitaux, elle accélère l’accouchement et donc le rendement. C’est sans doute ce qui explique un usage aussi massif.

En janvier 2017, le Collège national des sages-femmes (CNSF) émet des recommandations de pratique clinique (RCP) concernant cet usage excessif afin de trouver un juste milieu et de prescrire l’ocytocine en fonction du besoin réel de la patiente. En effet, cette hormone comporte des risques non négligeables : Elle multiplie le risque d’hémorragie grave en post-partum de 1 à 5 selon les doses administrées. Des anomalies de la contractilité utérine ont aussi été observées ainsi que des anomalies du rythme cardiaque du fœtus.

Alors oui, il y a des situations pour lesquels ces actes ont une réelle justification mais dans la plupart des cas, la surmédicalisation est superflue, car l’accouchement est avant tout un processus physiologique. Selon l’OMS, “un accouchement normal, à condition qu’il soit à faible risque, nécessite seulement l’observation attentive  d’un.e accoucheur.se qualifié capable de discerner les signes précoces d’une complication. Il ne requiert aucune médicalisation ni intervention, seulement des encouragements, un soutien et un peu de tendresse.”

Alors de plus en plus de femmes, dans une démarche de réappropriation de leur corps, se dirigent vers des méthodes plus naturelles : accouchement à domicile, en maison de naissance avec des sages-femmes libérales. L’accouchement à domicile concerne 2000 naissances sur 800 000 et constitue désormais un réel acte militant pour les sages-femmes et les femmes enceintes. En effet, pour assister une femme avant, pendant et après son accouchement à domicile (AAD), les sages-femmes devraient, depuis 2002, se doter d’une assurance responsabilité civile professionnelle, pour un montant de l’ordre de 20 000 euros par an. Ce prix prohibitif empêche la majorité des sages-femmes de s’assurer et peut les placer dans l’illégalité si elles/ils s’en passent. Elles encourent une peine de 45 000 euros d’amende et, plus angoissant pour ces femmes, une peine d’interdiction d’exercer. E

n 2013, le Conseil National de l’Ordre des Sages-Femmes, sur injonction du Ministère de la Santé, rappelle aux sages-femmes que la pratique de l’AAD suppose d’avoir contracté une assurance en responsabilité civile et professionnelle couvrant ces droits. Entre 2013 et 2014, de nombreuses actions de soutien de l’AAD se montent, une page facebook, une pétition, un collectif de défense de l’accouchement à domicile.

Le documentaire militant “Entre leurs mains” réalisé en 2013 par Céline Darmayan raconte le combat quotidien de ses sages-femmes qui doivent œuvrer dans l’illégalité pour faire leur métier, pour pouvoir assister des femmes enceintes qui veulent avoir le choix d’un accouchement qui leur convient. Le combat pour l’accouchement à domicile s’inscrit dans le contexte symbolique et féministe d’avoir le choix.

Les maisons de naissances sont une forme de compromis entre l’accouchement classique à la maternité et l’accouchement à domicile car la prise en charge est différente, elle est bienveillante et naturelle mais s’effectue dans les locaux d’un hôpital.
Ce sont des structures autonomes qui, sous la responsabilité exclusive de sages-femmes, accueillent les femmes enceintes dans une approche personnalisée du suivi de grossesse jusqu’à leur accouchement, dès lors que celles-ci sont désireuses d’avoir un accouchement physiologique, moins médicalisée et qu’elles ne présentent aucun facteur de risque connu. En France, la loi du 6 décembre 2013 autorise l’expérimentation des maisons de naissance. Neuf maisons de naissance sont ainsi créées en 2016 et seront en activité pour 5 ans, durée de l’expérimentation.

Les accouchements, en général, que ce soit à la maternité, en maison de naissance ou à la maison nécessitent pour la plupart du temps seulement un réel accompagnement, ce qui signifie :

  • un soutien psychologique et physique (notamment par des propositions variées : positions, respirations, massages, etc.)
  • une information sur l’avancement du travail et sur l’impact de telle ou telle mesure (percement de la poche des eaux, administration d’une péridurale à la fin du travail) afin de permettre une décision en connaissance de cause
  • le respect des préférences exprimées : ne pas proposer une péridurale à une femme qui a dit qu’elle n’en voulait pas, mais attendre qu’elle la demande ; aider une femme indécise ou qui ne voulait pas de péridurale à passer le cap de la fin du travail.

Les femmes qui ont décidé de reprendre le contrôle de leur accouchement et certain.es soignant-es qui osent remettre en question toute leur formation, tous les protocoles, toutes les pratiques participent depuis quelque temps à une véritable révolution du système tel qu’il existe actuellement.

Il faut rendre aux femmes leur capacité à mettre leur enfant au monde.

Pour approfondir toutes ces questions, RDV…

  • Samedi 18 novembre 2017 au lieu-dit à 16h

Les effronté-e-s ont le plaisir d’accueillir Marie Hélène Lahaye, créatrice du blog Marie accouche là, au sujet des violences obstétricales et gynécologiques:

>> ÉVÈNEMENT FACEBOOK <<

caféministe7

Références:

 

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