CP: À Dannemarie et partout en France, tournons la page du sexisme !

tribune
Communiqué de soutien de personnalités féministes – 29 août 2017
 
À Dannemarie et partout en France, tournons la page du sexisme !

Le maire de Dannemarie a planté dans l’espace public de sa ville plusieurs silhouettes censées représenter « la femme » dans le cadre d’une « année de la femme », silhouettes que nous trouvons incroyablement sexistes et réductrices, un amas d’accessoires de mode, de bouts de corps bien choisis (lèvres se léchant ou se mordant) et de femmes hyper-sexualisées. Saisi par une association, le Tribunal Administratif les a fait retirer, mais le maire fait appel et l’affaire sera jugée demain au Conseil d’État.

pièces 4

Nous, défenseu-ses des droits des femmes, voyons depuis plusieurs années cette cause avancer dans les consciences, notamment celles des plus jeunes sensibilisé-es contre le sexisme. Depuis le début de l’année 2017, cette prise de conscience s’est exprimée contre le slogan d’Auchan laissant croire que les femmes ne sont que des dépensières qui dépendent encore de la carte de crédit de leurs conjoints ; contre l’humiliation et l’agression d’une femme qui a dit « NON » sur le plateau de « Touche pas à mon poste » ; contre l’amaigrissement de Claudia Cardinale pour orner l’affiche du festival de Cannes ; contre la campagne publicitaire sexiste d’Yves-Saint-Laurent.

Nous sommes « contre », mais nous sommes, en vérité, tellement « pour » ! POUR une société d’égalité qui nécessite que les femmes ne soient plus renvoyées aux poncifs qui en font des êtres frivoles, des consuméristes compulsives, des objets sexuels ou des femmes au foyer. POUR dépasser les stéréotypes qui nous enferment dans des cases à l’imaginaire suranné. POUR respecter les femmes dans toutes leurs morphologies et occupations qui vont bien au delà du shopping, comme l’exposent de façon regrettable les silhouettes de Dannemarie censés rendre hommage à « La femme ».

Le Maire de Dannemarie invoque la liberté d’expression pour exposer ces représentations tellement dépassées. Alors, nous lui répondons, que ne se sert-il de cette liberté d’expression pour contrecarrer les incessantes images sexistes, les injonctions à la maigreur, le renvoi aux tâches du privé ou de l’apparence, alors que les femmes sont aussi des penseuses, des travailleuses, des sportives, des inventrices, des artistes ? De la part de marques cherchant des bénéfices, on peut le comprendre, même si ça nous agace de les voir en saturer l’espace public. Mais de la part de nos élu-es ? N’ont-ils, n’ont-elles pas assez à faire pour promouvoir et accompagner cette prise de conscience pour sortir enfin les femmes des cases où on les a si longtemps confinées ? N’y avait-il pas justement l’occasion, le temps d’une année consacrée aux femmes, de montrer autre chose que l’unique taille mannequin frisant l’anorexie et s’adonnant au seul art de séduire ?

Ce maire a, de plus, prétendu donner à cette exposition une intention féministe, en en profitant pour renommer une des rues de Dannemarie du nom de la grande Monique Wittig qui y est née. N’est-ce pas pourtant le meilleur hommage à faire à Madame Wittig que de lire son œuvre et de la mettre en œuvre ? Voici ce qu’elle écrivait dans « On ne naît pas femme » en mai 1980 :

« (…) Elles sont retombées dans le piège qui nous menace une fois de plus : le mythe de la femme.

C’est à nous historiquement donc à définir en termes matérialistes ce que nous appelons l’oppression, à analyser les femmes en tant que classe (…) Notre première tâche est donc, semble-t-il, de toujours dissocier soigneusement « les femmes » (la classe à l’intérieur de laquelle nous combattons) et « la femme », le mythe. Car « la femme » n’existe pas pour nous, elle n’est autre qu’une formation imaginaire, alors que « les femmes » sont le produit d’une relation sociale. Il nous faut de plus détruire le mythe à l’intérieur et à l’extérieur de nous-mêmes.
« La femme » n’est pas chacune de nous mais une construction politique et idéologique qui nie « les femmes » (le produit d’une relation d’exploitation). « La femme » n’est là que pour rendre les choses confuses et pour dissimuler la réalité « femmes ». Pour devenir une classe, pour avoir une conscience de classe, il nous faut d’abord tuer le mythe de « la femme » (…) »

 

En effet, votre « année de la femme » qui suivait l’année du vélo en 2016, réduit la moitié du monde à un concept qui invisibilise leur cause derrière le mythe de l’éternel féminin, à la seule dimension du glamour quand ce n’est pas du graveleux. Or lutter pour la libération des femmes, ce n’est pas réifier leurs corps dans sa représentation la plus réduite aux lieux communs, allant des bouches pulpeuses se léchant et se mordant aux accessoires de mode. Dénuder les femmes, les caricaturer, cambrées, cuisses écartées, pour vendre des yaourts, exposer des voitures et maintenant pour leur rendre hommage ? C’est dire comme on aimerait tourner la page du sexisme et cesser d’être prises pour des quiches, même pour des quiches lorraines !

Dans l’espoir que la justice confirmera le jugement en première instance pour le retrait de cet affichage sexiste, RDV mercredi 30 août 2017 à 9h devant le Conseil d’État, place du Palais Royal à Paris !


 
  • Rebecca Amsellem, cofondatrice de la Newsletter les glorieuses
  • Laurence De Cock, docteure en Sciences de l’éducation
  • Christine Delphy, sociologue, chercheuse du CNRS
  • Geneviève Fraisse, philosophe, directrice de recherche émérite CNRS
  • Patric Jean, réalisateur du documentaire « La domination masculine »
  • Hanane Karimi, militante féministe, doctorante en sciences sociales
  • Muriel Salmona, psychiatre, fondatrice et présidente de l’association Mémoire traumatique et victimologie
  • Dominique Tripet, ancienne présidente du Planning Familial à Orléans
  • Éliane Viennot, professeure émérite, autrice de « La France, les femmes et le pouvoir »
 pièce 5

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s