On a assisté à la Lesbians Who Tech Summit Paris !

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Photo ronde - Aurore Benard

Par Aurore Benard – Référente contre les discriminations aux identités, aux orientations sexuelles et aux parentalités

Vendredi 23 juin a eu lieu la Lesbians who tech, un rassemblement non-mixte (femmes et assignées femmes) d’une journée qui a donné la parole à des auto-entrepreneuses, designer, ergonome, développeuses, etc.

Présentatrice de l’évènement, Marine Romea expliqué les raisons pour lesquelles un tel rassemblement de femmes est nécessaire. La tech est un ensemble de domaines très masculins, où les lesbiennes existent, mais où celles qui sont out, surtout les dirigeantes, sont encore rares. Ce manque de diversité et de visibilité impacte évidemment le bien-être au travail, d’où l’importance de ce type d’événements tels que “LGBT Talent” à ESCP ou  “enjeux LGBT en entreprise” au BCG, en 2017, auxquels j’avais également assisté, et qui se tournent vers le dialogue avec les grands groupes (Google, bouygues…).

L’Autre Cercle a d’ailleurs mis en place une charte à faire signer aux entreprises, afin qu’elles s’engagent à lutter contre l’homophobie au sein de leurs services. Ces entreprises ne signent pas toujours par grandeur d’âme mais surtout pour améliorer leur image et augmenter leur productivité. Un·e employé·e à l’aise, qui ne tombe pas en dépression, est un·e employé·e plus productif·ve à leurs yeux ^^

Lesbians who tech favorise plutôt le dialogue entre femmes queer. Le bénéfice de l’événement est donc, contrairement aux précédents que j’ai cité, entièrement tourné vers ces femmes pour augmenter leur confiance en elles, leur réseaux et leurs connaissances des possibilités queer dans le monde du travail.

 

LOY REGENT

Capture d_écran 2017-07-05 à 13.34.48Le game design est un métier sous-estimé, qui n’est pas présenté comme à la portée d’une femme/lesbienne/noire/dreadlocksée. Ce n’est d’ailleurs pas un métier connu, donc d’autant moins accessible. La/Le game designer va déterminer le scénario, les conséquences d’une action dans le jeu vidéo (quel effet lorsque Mario entre en contact avec un champignon? Quel son pour indiquer à la personne qui joue qu’elle a gagné des points en faisant telle figure avec son véhicule?) et va tester ces effets, l’UI (interface design) jusqu’à être sûr-es que tous les éléments du jeu fonctionnent ensemble et avec la/le gamer.

Étant moi-même designer d’expérience utilisateur·rice (que l’on appelle entre nous UX Designer), cette intervention m’a beaucoup parlé, l’intérêt du design (UX ou game ou autre) dans une entreprise n’étant pas facilement pris en compte, renvoyé à une notion d’esthétisme ou de graphisme, surtout lorsqu’il est associé à l’image d’une femme. Les entreprises ont donc tendance à se rendre compte de son réel apport (utilisabilité du produit, anticiper les erreurs, limiter au maximum les problèmes et favoriser leur résolution…) trop tard dans la conception, et à faire appel au designer pour résoudre un problème dont l’anticipation aurait été beaucoup plus aisée et moins coûteuse.

CAITLIN KALINOWSKI

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Caitlin est à la tête de l’ingénierie de design produit chez Occulus. Elle nous a parlé de l’importance du maquettage durty en amont de la conception du produit. En effet, plus la maquette est low-tech (dégueu^^) plus l’utilisatrice-testeuse va s’intéresser à son utilisabilité lors du test, sans s’arrêter sur un aspect esthétique qui ferait appel à l’émotionnel et lui interdirait inconsciemment de rejeter un produit dont l’expérience laisse à désirer : le piège de l’effet Waouh.

Cette méthode de conception, maquetter – faire des itérations – maquetter – faire des itérations (une itération est le fait de refaire une version du produit en ayant corrigé les problèmes perçus grâce au maquettage et aux tests précédents…) permet de réduire les coûts par rapport à une conception où on aurait voulu gagner du temps sur les phases amonts et où on se retrouverait avec un produit fini présentant un problème d’utilisabilité ou de confort.

Modifier une maquette papier nécessite un temps et un coût négligeable. Modifier un produit fini représente un temps et un coût énorme !

En revanche, ne tombons pas dans le piège des itérations infinies qui font manquer la “fenêtre” pour sortir le produit sur le marché. Exemple, les premiers smartphones, restés si longtemps en production pour les parfaire, qu’il ont été doublés par l’iphone et rendus obsolètes avant même leur sortie.

Il faut donc connaître ses “non négociables”. Les conditions sine qua non pour la sortie. Pour l’ipad, c’était le poids. Steeve Job voulait un produit sur lequel on puisse lire un livre numérique sans que le bras qui le porte ne fatigue rapidement. L’ipad est ainsi resté 7 ans en production avant sa mise sur le marché.

J’ai trouvé inspirant et rassurant de voir une femme queer out, powerful et successful dans ce domaine !

CECILE LE GUEN

Capture d_écran 2017-07-05 à 13.57.10 Cécile a tenu un atelier sur les data concernant la diversité dans le monde du travail.

Les effronté-e-s n’étaient pas à cet atelier, mais vous pouvez découvrir ici les data concernant la pub qui montrent à quel point l’analyse de ces données est nécessaire et informative. Une base solide qui indique que le sexisme n’est pas une histoire de ressenti personnel, mais de réalités chiffrables.

ERICA LIEBERMAN

“Work smarter not harder”

Capture d_écran 2017-07-05 à 14.05.51Ingénieure, Érica a parlé de la problématique des robots dans la science. En matière scientifique, la réplicabilité d’une expérience est nécessaire pour que ses résultats soient crédibles. Si plusieurs chercheur·ses arrivent aux mêmes résultats, en supprimant les biais, celui-ci a une probabilité plus faible d’être le fruit du hasard, ou une exception. Les robots peuvent permettre de reproduire précisément une expérience, réduisant les biais dûs aux erreurs humaines ou aux conditions d’expérimentation ambiguës (“laisser reposer une nuit”, “secouer fort”, ne sont pas des valeurs). Pour elle, ces innovations permettront aux scientifiques de s’intéresser à des tâches plus intéressantes, moins fastidieuses et répétitives que les tâches laborantines.

Mais cette conclusion est-elle une vision optimiste ou une réalité, dans une société capitaliste ? La question se pose de savoir si ce gain de productivité va vraiment servir à l’employé·e, ou au contraire précariser d’avantage en supprimant les emplois…

PIA PANDELAKIS

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Pia est professoresse, chercheuse de design et fait travailler ses étudiant·es sur le sujet du queer design. Le design queer peut avoir plusieurs significations :

  • utiliser un objet de manière non normé (donc prévoir ou encourager le détournement d’usage par l’utilisateur/utilisatrice)
  • conception d’un objet “étrange” qui challenge la binéarité et la norme (Perceuse et mixer de cuisine pour contrarier les stéréotypes de genre)
  • concevoir des objets pour les personnes à la marge de la norme (sextoys qui ne suivent pas la norme phallocentrée)

J’ai participé l’année dernière à une conférence “Genre et Design”, durant laquelle une intervenante nous avait parlé de la manière de mettre en place un parc à jeux pour enfants non sexiste, dans le cadre d’une rénovation urbaine, un projet “genre et ville”. Il ne s’agit pas uniquement de placer des jouets “neutre” du point de vue des stéréotypes de genre et de s’attendre à ce que les enfants y jouent librement. Cette idée serait un fantasme futuriste occultant la réalité : les enfants ont déjà très bien intégré les stéréotypes, les jeux “de filles” et “de garçons” et ne s’approcheront pas des jeux qui semblent inadaptés à leur genre.

Une vidéo tournée lors d’une étude a montré à quel point la pression sociale est présente à cet âge. On y voit des enfants jouer librement aux jouets, peu importe leur genre lorsqu’ils/elles se croient seul·es, puis aller uniquement vers les jouets de leur genre lorsqu’on place un·e autre enfant dans la pièce ! Ceci est d’autant plus vrai pour les petits garçons vis à vis des jouets “de filles”, l’inverse étant plus valorisé.

La designeuse a donc fait une analyse de l’activité, un travail de veille (articles scientifiques) et en est venue à la conclusion qu’il fallait mettre en place une transition entre les stéréotypes. Pour cela, elle a placé dans son parc de jeux des jouets dits “incongrus” qui ne correspondent pas complètement à un stéréotype de genre.
Par exemple,une moto ou un château rose, un poney bleu badasse… Ainsi, chacun-e se dit inconsciemment que le jouet est pour elle/lui et les enfants se mélangent, jouent ensemble et se sentent à l’aise à jouer avec des jouets de stéréotype de genre opposé au leur, au fil des mois.

LISA DUREL

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Lisa souhaite être la meilleure personne possible. Elle a grandi dans un village où elle était la seule racisée, la seule adoptée, la seule lesbienne out… l’intello. Sans modèles pour la guider.

Passionnée pour le soccer féminin, elle a créé un site autour duquel se réunit la communauté de fans et voyage dans le monde pour suivre et commenter les match. Son blog est entièrement non-lucratif par choix personnel.

Lisa nous a expliqué que l’intérêt de la population pour le sport féminin dépendait directement de la place des femmes dans les sociétés. En effet, parler du sport féminin c’est aussi parler du sexisme, de l’homophobie, du fait que les femmes dans le sport sont souvent rabaissées à leur seul physique.

MARIE KIRSCHEN :

COMMENT SE PROTÉGER DU CYBER-HARCÈLEMENT ?

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Toutes les femmes sont victimes d’un type de harcèlement qui a été largement médiatisé ces dernières années grâce aux initiatives féministes : le harcèlement de rue. Mais un autre type de harcèlement équivalent a lieu sur internet.

Réseaux sociaux, sites de dons, de vente, d’échanges de compétences… Aucun lieu n’est épargné à partir du moment où le genre est deviné, où la photo de l’interlocutrice est disponible.

Le cyber-harcèlement bénéficie, pour les harceleurs, des mêmes avantages que le harcèlement de rue : la culpabilité est diluée par la masse de micro agressions. Comme pour le harcèlement de rue, les intrusions masculines sont diverses, allant d’une prise de contact pour faire comprendre à la femme qu’elle n’est pas à sa place (petites humiliations, remarques condescendantes, infantilisantes) jusqu’aux insultes, menaces d’agressions sexuelles ou physiques ou propos à caractère sexuel.

“On a parfois l’impression que des agents au service du patriarcat reçoivent une alerte dès qu’une femme a une compétence, pour aller rabaisser, humilier celle-ci.”

Sur internet, il n’est pas rare que ces comportements soient en réaction aux goûts d’une femme jugés inconvenants. Ainsi, elle sera qualifiée de “fake” ou de “poseuse” si elle indique aimer tel-le artiste, pratiquer tel sport ou hobbie, regarder telle série télé ou jouer à tel jeu vidéo.

Un autre type de harcèlement est orchestré par des communautés masculinistes : prendre pour cible une femme en meute, l’assaillir de messages, faire des recherches sur elle, diffuser ses informations personnelles… Ici, le harcèlement n’est plus le fait d’une multitude d’initiatives individuelles baignées dans la culture patriarcale, dont le préjudice n’est pas conscientisé, mais d’une attaque préméditée et commanditée, en groupe, contre une femme en raison de son positionnement politique et de sa présence dans un domaine dit masculin.

Exemple de cette attaque en groupe : le revenge porn. Cette pratique se base sur le slut-shaming, considérer comme humiliant pour une femme d’avoir une vie sexuelle ou sensuelle. De cette manière, Lena Chen a vu des photo de nu d’elle partagées sur le web, suivies d’insultes, de menaces et de prise en contact avec sa famille… Un autre exemple est l’annulation d’une convention réservée aux femmes dans le domaine du jeu vidéo, très hostile aux femmes, raison pour laquelle elles voulaient se retrouver, dans une bienveillance qui nécessite de s’éloigner de la source de cette hostilité, des hommes.

Les attaques sur les réseaux sociaux sont hélas soutenues par le manque de réactions des modérateurs•rices et des adminitrateurs•rices, personnes elles-mêmes compris•es dans la société patriarcale, qui ont souvent du mal à repérer un propos de haine. Les comptes bloqués sont plus facilement ceux des féministes que des trolls, protégés par l’argument de l’humour (même oppressif) ou de la liberté d’expression. Les effronté-e-s ont d’ailleurs lancé une pétition pour des réseaux sociaux non sexistes. Il y a pourtant des professionnel•les engagé•es pour supprimer les commentaires haineux quand l’agresseur peut être tenu responsable pénalement.

Reporter pour BuzzFeed France, Marie a été victime de cyber-harcèlement suite à un article sur les « poches genrées » sur les vêtements. Elle a en effet épinglé ces poches pour femmes plus petites voir factices que celles des hommes, plus nombreuses et profondes. Elle a animé au Lesbians who tech un groupe de discussion autour du harcèlement misogyne sur internet avec CHARLOTTE THIOUNN de Reset hackerspace, WISSALE ACHARGUI du Collectif : Féministes contre le cyberharcèlement et MX CORDELIA, Youtuber (de gauche à droite sur la photo) :

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Cordelia, écrivain et vidéaste, tient une chaîne Youtube sur la littérature et une autre sur le genre. Il reçoit 20/30 messages de haine par semaine. Il conseille de créer une liste noire de mots clefs (les commentaires contenants ces mots finissent à la poubelle) et de mettre les commentaires en validation. Ainsi, l’auteur•rice de la vidéo devra valider le commentaire avant que celui ci ne s’affiche.

Charlotte fait partie du reset6, qui organise à la mutinerie un hackerspace féministe et queer, lieu d’échange sur le numérique où chacun-e peut apprendre à travers plusieurs ateliers présentés tous les dimanches, dont un atelier jeux vidéo par mois. Ses tips ? Avoir des mots de passe différents pour chaque site (en plaçant la première lettre du site quelque part dans le mot de passe habituel) et d’avoir des mots de passe compliqués en évitant les mots du dictionnaire, en plaçant des majuscules et des minuscules qui sous-entendent une phrase. Ex : Quand j’avais 8 ans… = Qj8A…

Attention aussi aux méta-données présentes sur une photo prise avec un smartphone : date, heure, lieu, informations sur l’appareil ! L’outil MAT (Metadata Anonymisation Toolkit) permet d’afficher les metadata présentes sur les photo et de les supprimer. Pensez à prendre une capture d’écran de la photo au lieu de poster la photo elle-même, par exemple, afin de ne plus fournir les métadonnées liées à la prise de la photo

Autre tip : Tails est un système live qui s’installe sur une clé USB. On la branche sur l’ordinateur non-safe afin d’anonymiser tout ce qui va être fait. Il contient plusieurs outils, un navigateur anonymisant, MAT, etc.

Si l’utilisation des outils décrits ci-dessus vous intimide, vous pouvez venir au Reset où vous bénéficierez de l’aide des bénévoles pour apprendre à vous en servir !

MAIS ON PEUT AUSSI RÉAGIR A POSTERIORI ! Certes, le cyber harcèlement n’est pas facilement pris en compte juridiquement, sans parler de l’absence de soutien policier. Les captures d’écran doivent être prises par un huissier (ce qui coûte 500€ + 100€ par capture supplémentaire !) et la responsabilité est souvent diluée entre X personnes qui ont posté 1 ou 2 commentaires chacune,celle qui a appelé au raid contre la militante féministe. Enfin, l’anonymat d’internet n’aide bien sûr pas à identifier la personne coupable. Il n’empêche qu’on peut parfois avoir gain de cause comme l’a illustré le cas de Ian Brossat !

Lors des raids, mieux vaut retirer les alertes mails pour éviter d’être noyée, demander à un tiers de filtrer les commentaires, masquer plutôt que bloquer les agresseurs afin que la personne ne sache pas qu’elle a été bloquée (et ne pense pas à envoyer ses potes ou à créer un autre compte) et ne pas autoriser les commentaires. Un dernier conseil à double tranchant, qui évite les déferlements de haine et les débats sans fin sous la vidéo, mais qui laisse la possibilité aux haineux de poster un commentaire au lieu de chercher un autre moyen d’atteindre sa victime. Le commentaire peut parfois servir de canalisateur. D’autre part, les commentaires peuvent permettre aussi aux personnes concernées par le sujet de la vidéo d’échanger entre elles et eux.

Charlotte conseille aussi d’en parler autour de soi pour ne pas se sentir isolé·es. Un outil existe pour bloquer les gens en masse sur twitter. Il faut aussi penser à conserver des preuves, en se servant notamment d’extensions sur les navigateurs pour capturer des pages entières. Ainsi, Tweet save permet de sauvegarder l’existence d’un tweet même si la personne le supprime. Des outils payants permettent aussi d’enregistrer une page à un moment donné/au cours du temps, et on peut saisir la CNIL si un site refuse de supprimer des photos de soi.

Merci à ce panel très intéressant d’avoir donné des réponses concrètes à la question du cyber-harcèlement. Nous espérons que ces conseils vous serviront ! La journée s’est terminée sur la présentation d’un hackathon qui a eu lieu le premier juillet en faveur des réfugié-e-s, Techfugees, qui a pour but de promouvoir l’intégration des réfugié-e-s par le sport.

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