« Consentement VS violences médicales » au festival de Causette

ON EST ALLÉ AU FESTIVAL CAUSETTE / DÉCOUVREZ LA TABLE RONDE À LAQUELLE NOUS AVONS ASSISTÉE !

Par Charline Philippe, Référente corps et santé au bureau des effronté-e-s

Du 22 au 25 juin 2017 se déroulait la première édition du festival Causette à Cenon, un festival dédié aux droits des femmes. Au programme, plusieurs tables rondes composées d’expert-es et d’associations pour ensemble débattre sur la place des femmes dans notre société.

Table ronde : « Consentement VS violences médicales. L’influence des réseaux sociaux dans la diffusion des droits des patientes? »

en présence de Baptiste Beaulieu, Clara de Bort et Marie-Hélène Lahaye.

Baptiste Baulieu est médecin généraliste, écrivain et auteur du blog « alors voilà » qui décrit le quotidien chaotique des urgences, autant pour le personnel soignant que pour les patient-es. Il est très engagé auprès de la communauté LGBT et milite pour une médecine plus humaine.

Clara de Bort est directrice d’hôpital et autrice du blog « En jupe ! » sur les femmes et la santé, en particulier sur la maltraitance et les violences dans la santé. Elle est notamment à l’origine de la pétition pour réclamer que le consentement des patient-es soit respecté pendant la formation des médecins (qui peuvent notamment procéder à des attouchements alors qu’elles sont inconscientes).

Marie-Hélène Lahaye est juriste de formation, féministe et autrice du blog « Marie accouche là » qui vise à élaborer une analyse féministe de la façon dont les femmes sont (mal)traitées pendant leur accouchement.


La discussion a débuté sur une dichotomie de ce qu’on appelle les violences médicales. En effet, au-delà des cas de maltraitances volontaires qui ont pu être recensées, le débat portait sur les violences médicales non perçues comme telles de la part des soignants. Ceux-ci ne prennent pas en compte le/la patient-e qui pourrait être blessé-e par des actes considérés comme anodins par le personnel médical.

Au sein de ces violences médicales identifiées, une seconde dichotomie existe, les violences institutionnelles et les violences de genre. Les violences institutionnelles sont provoquées par l’organisation ou l’accueil au sein d’un institut de santé : par exemple, une personne a l’habitude de prendre un café tous les jours à 17h chez elle, se voit refuser cette demande à l’hôpital car ce n’est pas prévu dans l’organisation générale.

Les violences de genre sont directement dirigées contre les femmes, leur capacité reproductrice étant dominée par la médecine. La notion de consentement en médecine a été abordée pendant la conférence, notion dont les soignants font souvent l’impasse auprès des patientes lors des accouchements.

En effet, l’accouchement suit un protocole bien défini par la médecine (touchers vaginaux, accouchement sur le dos, épisiotomies…) en aucun cas justifié scientifiquement. Ces protocoles facilitent uniquement les pratiques médicales, souvent contre la volonté réelle de la patiente, et les médecins oublient que l’accouchement est avant tout un processus physiologique qui ne nécessite pas toujours de suivre le protocole classique.

Ces maltraitances ne sont pas le cas d’un médecin non consciencieux du consentement, mais sont systémiques, apprises dans les facultés de médecine et transmises entre collaborateurs. Le système médical met en avant les médecins qui détiennent la connaissance, et sont dans une position de sachant face à des ignorants, de dominants face aux dominé-es. Ainsi, ils ont du mal à appréhender l’être humain autour de l’organe et les formations médicales consacrent très peu de temps aux relations humaines.

Un exemple frappant est celui du toucher vaginal : aucun consentement n’est jamais demandé à la patiente et il est arrivé que, lors des formations médicales, le médecin référent attribue au hasard des chambres de patientes qui subiront un toucher vaginal par les internes, sans que cette pratique ne soit nécessaire (même une femme âgée atteinte de la maladie d’Alzheimer a été attribuée à un interne pour qu’il s’entraine sur elle).

Plusieurs lois ont été votées pour souligner l’importance des droits des patient-es et insister sur la notion de consentement, comme la charte du patient hospitalisé en 1995, ou la loi Kouchner en 2002. Mais le droit ne s’applique plus une fois les portes des hôpitaux passées, les médecins considérant que les lois ne sont pas adaptées au quotidien réel des hôpitaux. Ainsi, de nombreuses « exceptions » sont pratiquées. La plupart des patient-es ignorent qu’elles-ils ont le droit de refuser une pratique, par exemple la présence d’étudiant-es dans une salle d’accouchements, de même qu’une pesée dans une consultation médicale. L’intimidation et la culpabilisation sont instrumentalisées par la peur de mettre en danger sa santé. Pour un-e patient-e, il est difficile de dénoncer ou de refuser telle ou telle pratique, même si elle induit une violence.

Ces violences sont minimisées par le système qui se cache derrière un « on a toujours fait comme cela » et qui refuse de changer. Le collège des obstétriciens n’a jamais évoqué la possibilité même de ces violences pendant les colloques. Le visionnaire en médecine infantile Fréderic Ledoyen n’a pas reçu d’hommage particulier à sa mort, et les rares personnes qui se démènent pour faire muter les pratiques sont évacuées afin de préserver cette médecine patriarcale considérée comme étant « la bonne médecine ».

Au-delà des violences subies par les femmes, les patient-es font également face à une LGBTphobie dans les hôpitaux. Les médecins ne prennent pas le temps de se former pour faire face aux personnes qui sont en transition de changement de genre, et certains médecins nomment délibérément les patient-e-s par leur prénom d’origine (prénom féminin alors qu’il a affaire à un Trans, et inversement), ce qui constitue une violence profonde.

Face à ces blocages, des blogs de témoignages se sont multiplié ainsi que des lanceurs d’alertes via internet et les réseaux sociaux. L’avènement du numérique a permis la libération de la parole et de mettre à jour ces violences autrefois tues. Pour la première fois, les femmes ont témoigné les souffrances et les violences dont elles avaient été victimes, étant autrefois isolées, et ont pu se rendre compte que leur cas n’était pas anecdotique. Les réseaux sociaux ont permis de transmettre des messages et de montrer que certains actes n’étaient pas «normaux », participant enfin à la déculpabilisation des patient-es lors d’une pratique abusive telle qu’une épisiotomie non désirée, ou le sentiment de n’avoir pas été respecté-e. Cela aura permis de dissuader et d’identifier le médecin dont les pratiques et les propos sont aberrants.

Victoires récentes : Des discussions sont en cours à la Haute Autorité de Santé pour mettre en œuvre un nouveau protocole pour un accouchement plus naturel ; l’inspection générale des affaires sociales est en train de rédiger un rapport pour le ministère sur le toucher vaginal ; des sites internet ont été créés pour diffuser une liste de gynécologues bienveillant-es.

Notons aussi le succès de l’autrice de BD « Emma », notamment son album dédié aux violences médicales, partagé plus de 6000 fois sur facebook.

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