Suzy Rojtman: Pour un féminisme antiraciste et Lutte des classes

Suzy Rojtman »Pour un féminisme antiraciste et Lutte des classes »

Suzy Rojtman, porte-parole du Collectif National Droits des Femmes :

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Comment s’est constituée l’identité féminisme « lutte de classes » et antiraciste du Collectif National Droits des Femmes ?

Cette identité s’est constituée tout naturellement, oserai-je dire, car elle ne nous a jamais quittée. Nous étions, pour les plus anciennes partie prenante de la tendance « lutte de classes » du MLF (Mouvement de Libération des Femmes) dans les années 1970, issues d’organisations d’extrême-gauche et d’ailleurs critiquées dans le Mouvement à ce titre. Nous tenions à implanter des groupes femmes dans les quartiers et dans les entreprises en nous appuyant sur une coordination importante. Il y avait aussi des commissions syndicales femmes. Il faut comprendre la période : après mai 68, on allait faire la Révolution le lendemain !

Au détour de la lutte contre le viol, tout le mouvement avait été frappé par le verdict, en 1978, de 20 ans de prison contre Lakdhar Seti, auteur de 3 viols, d’une tentative de viol et d’un vol à main armée. C’était de fait un verdict raciste, car les autres ne prenaient jamais ça. Le Mouvement, déjà réticent à l’époque à faire appel à la justice bourgeoise raciste et patriarcale, mettait plutôt en avant une riposte extra-judiciaire. En bon français, retrouver les violeurs et les tabasser nous-mêmes.

Notre conscience anti-raciste s’est renforcée quand se sont constitués en France des groupes de femmes agissant pour les droits des immigrées. Avant, les luttes des femmes maghrébines tournaient plutôt autour de la situation dans les pays d’origine. Puis il y a eu les meurtres racistes de jeunes et la Marche pour l’égalité et contre le racisme en 1983. Faut pas se raconter de salades : la conscience anti-raciste de la société n’était pas très développée à cette époque-là, même très peu de temps après la guerre d’Algérie.
C’est en 1984 qu’a été fondé le Collectif féministe contre le racisme à la Maison des Femmes de Paris.

Il faut aussi savoir que le CNDF a émergé à la suite du grand mouvement social de novembre et décembre 1995 contre le 1er ministre, Alain Juppé. Jacques Chirac venait d’être élu après 14 ans de mitterrandisme, et le Mouvement redémarrait en grand. Nous avions manifesté, ce 25 novembre, à 40 000 personnes à l’appel de la Cadac (Coordination des associations pour le droit à l’avortement et à la contraception) pour les droits des femmes et, le lendemain, le Mouvement social auquel nous avions pleinement participé démarrait. Ça ancre dans la lutte des classes.

En 2004, le vote de la loi contre les signes religieux ostensibles à l’école a divisé le mouvement féministe. Comment être antiraciste, universaliste et empêcher l’instrumentalisation du féminisme par des mouvements conservateurs, racistes et sexistes ?

Il n’y a pas de recette miracle. On est dans une période de brouillage des cartes. Beaucoup de femmes se réclament du féminisme en y mettant des contenus totalement différents. On dirait presque un effet de mode. Plus sérieusement, il y a des hommes et des femmes politiques qui font feu de tout bois pour défendre leurs positions, notamment contre le burkini en invoquant les droits des femmes alors que l’on sait très bien qu’au pouvoir ils n’ont rien fait de significatif. Les socialistes ont fait un peu plus, notamment sur l’avortement, mais ruinent leurs réalisations limitées par leur politique économique et sociale désastreuse pour les femmes.

Je crois qu’il faut rester fermes sur nos principes, à savoir définir le voile comme instrument d’oppression pour pointer du doigt le machisme d’une religion. Comme c’est le cas dans toutes les religions. Contrairement à ce que prétendent certaines qui réécrivent l’histoire, le Mouvement s’est battu contre l’église catholique sur l’avortement et contre la venue de deux papes, en septembre 1996 concernant Jean Paul II et en septembre 2008 concernant Benoît XVI. Il faut dénoncer cette récupération faite du féminisme par les réactionnaires de tous poils, même par Marine Lepen, et en apporter les preuves inlassablement. Pour les extrêmes-droites, on a impulsé le site unitaire « Droits des femmes contre les extrêmes-droites ». On y montre comment le FN instrumentalise la laïcité pour mieux défendre ses thèses racistes.

Dénoncer le racisme est fondamental, mais on souffre à l’heure actuelle de l’absence d’un véritable mouvement antiraciste prenant en compte les acquis du féminisme et ne laissant pas de côté l’antisémitisme. La période n’est pas drôle, elle est semée d’embûches. Mais il faut continuer coûte que coûte !

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2 réflexions sur “Suzy Rojtman: Pour un féminisme antiraciste et Lutte des classes

    1. MERCI SUZY POUR TA SYNTHESE TRES CLAIRE ET RAVIGORANTE POUR CONTINUER LA ROUTE ET RESTER SOLIDAIRE DE TOUTES LES FEMMES. JE RAJOUTERAI POUR FDFA ( FEMMES POUR LE DIRE FEMMES POUR AGIR œuvrant à la pleine citoyenneté des femmes handicapées doublement discriminées au travail et en général et plus vulnérables aux violences) que nous avons encore plus besoin de rester mobilisée en cette période de régression où manque l’application de nos avancées concernant nos droits sur le papier.
      Florence

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