Découvrez Carolee Schneemann et Pipilotti Rist

Par l’effrontée Séverine Hettinger

À la découverte de deux œuvres de l’histoire de l’art contemporain :
« Interior Scroll » (1975) de Carolee Schneemann et « Blutclip » (1993) de Pipilotti Rist

Qu’ont en commun ces deux œuvres situées respectivement à vingt ans d’écart ? Celle d’avoir été initiées par des femmes et de poser la question du corps sexué. Faut-il prendre en compte le sexe du créateur en art ? La différence physique a-t-elle une incidence sur la façon dont nous percevons le monde ?

SchneemanInteriorScroll

« Scroll » de Carolee Scheemann

Si l’on s’attarde sur le scénario de ces deux œuvres, la réponse semble être affirmative et guerrière. Dans « Interior Scroll » (rouleau intérieur), en répartie aux commentaires masculins glosant sur le « désordre personnel » et la « persistance des sentiments » dans son œuvre, Carole Schneemann, nue et complètement barbouillée de peinture, extirpe de son vagin une bandelette de papier, comme un cordon ombilical crypté, d’où elle a déclamé un texte à haute voix.

Ce geste à la résonance archaïque sonnait comme une nouvelle loi accouchée du sexe de la femme. Cette performance théâtralisait le choc que ressent le public devant une femme nue en train de lire.

Blutclip_(0-01-08-22)

Dans « Blutclip », sur une musique entrainante, Pipilotti Rist célèbre le sang menstruel. La caméra parcourt en plan rapproché le corps nu paré de verroteries et autres pacotilles brillantes de Pipilotti. Son sexe se voit en gros plan. Dans une seconde séquence, elle apparaît barbouillée de sang menstruel, son corps s’élevant dynamiquement dans l’espace parmi les planètes. Il s’agit ici d’une fête cosmique du sang menstruel.

Pipilotti explique ainsi son travail : « Depuis des années, mon propos est de considérer, sous plusieurs angles, ce qui fait la différence entre les sexes, car je suis persuadée que la manière dont chaque être humain vit son identité sexuelle détermine l’évolution de la subjectivité de l’individu et constitue la base de son comportement social et politique. »

De quoi bousculer les postulats du courant féminisme égalitariste, dont les effronté-e-s se réclament. Pipilotti renoue avec la question du corps si cher à ce que Peggy Phelan dans son livre « Art et Féminisme » nomme la première vague de féminisme en art, les années 60, où les femmes plaçaient le corps au centre de leur préoccupation. Puis vint, dans les années 70, une critique contre cette vision qui essentialisait le corps. Vagin, menstruation, grossesse n’étaient plus des thématiques de mise, il fallait dorénavant montrer que le corps était un fait construit, ce qu’on a appelé la déconstruction.

Peggy Phelan note que, dans les années 90, avec une vidéaste comme Pipilotti Rist, on redécouvre les premières expérimentations des artistes féministes des années 60 « les jeunes femmes des années 90 redécouvrent le radicalisme politique, le plaisir viscéral des images et des matières, en prise directe avec l’expérience subjective ». Ce qui est aussi un hommage.

Une réflexion sur “Découvrez Carolee Schneemann et Pipilotti Rist

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