Docteure Muriel Salmona « La mémoire traumatique colonise la victime, transforme sa vie en terrain miné »

Cela fait vingt ans que Dre Muriel Salmona lutte contre toutes les formes de violences dans le cadre de son activité de psychiatre, psycho-traumatologue, chercheuse et formatrice en psycho-traumatologie et en victimologie. Elle oeuvre à améliorer la compréhension des mécanismes psycho-traumatiques et la prise en charge de leur conséquences.

Elle est également présidente et fondatrice de l’association Mémoire traumatique et Victimologie, créée en 2009, a organisé plusieurs colloques et de nombreuses campagnes dont STOP AU DENI en 2014, et dirigé une grande enquête nationale soutenue par l’UNICEF France sur l’impact des violences sexuelles de l’enfance à l’âge adulte et le parcours de vie et de soin des victimes (IVSEA, 2015).

Dre Salmona a publié de nombreux articles et deux ouvrages aux éditions Dunod, « Le livre noir des violences sexuelles » en 2013 et « Violences sexuelles – les 40 questions-réponses incontournables » en 2015.

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Florence Boréale : En quoi la psychologie est-elle une institution hétéro-patriarcale et en quoi cela porte-t-il préjudice, encore aujourd’hui, aux femmes victimes de violences qui reçoivent des soins psycho-thérapeutiques ?

Muriel Salmona : On sait que dans le milieu médical, la souffrance des femmes a tendance à être mal prise en compte, minimisée et leurs plaintes méprisées. Cela est rendu possible par des siècles de domination masculine, les patients sont souvent considérés avec condescendance par les soignants : « ils ne font pas d’efforts », « ils ne savent pas ce qui est bon pour eux », « ils auraient dû faire ci, faire ça »… Mais c’est encore pire pour les femmes qui ont longtemps été traitées comme des mineures dans notre société patriarcale. Elles sont considérées comme trop sensibles, folles, hystériques et incapables de prendre les bonnes décisions. Par ailleurs il est intéressant de constater qu’une pathologie comme le syndrome de stress post-traumatique dont la prévalence est beaucoup plus importante chez les femmes que chez les hommes— en raison de la fréquence des violences conjugales et surtout des violences sexuelles qui font partie des traumatismes les plus graves qui soient — n’est pas du tout investie par la psychologie et la psychiatrie en France, il n’existe aucune formation de tronc commun en médecine et en psychiatrie et seulement quelques diplômes universitaires en psychologie. Et même aux États-Unis où la recherche est très dynamique en ce qui concerne le syndrome de stress post-traumatique et les conséquences psycho-traumatiques des violences, c’est avant tout pour soigner des hommes — les vétérans de la seconde guerre mondiale, puis ceux de la guerre du Vietnam — que ces recherches se sont développées. Pourtant, alors que nous disposons depuis plus de 10 ans de toutes les connaissances nationales et internationales, la gravité de leurs conséquences psycho traumatiques fait toujours l’objet au mieux d’une méconnaissance, d’une sous-estimation et parfois même d’un déni que ce soit auprès des professionnels et du grand public.

Alors qu’il est normal de présenter de lourdes conséquences psycho-traumatiques après des violences sexuelles (95% des victimes rapportent un impact sur leur santé mentale), les psychiatres et les psychothérapeutes ont longtemps considéré la souffrance et les symptômes psycho-traumatiques des femmes victimes de violences comme provenant de leur nature trop sensible et fragile, de leur personnalité ou de maladies mentales, et non comme des blessures neurologiques et psychologiques normales dues aux violences. Elles ont été étiquetées comme hystériques, dépressives, borderline, ou psychotiques. On va leur renvoyer que c’est elles-mêmes qui produisent ces symptômes, qu’elles sont responsables de leurs blessures, sans jamais dénoncer les violences qu’elles ont subies. Les conséquences traumatiques ont été largement utilisées, dans une injustice totale, pour alimenter de nombreux stéréotypes sur les femmes et leur sexualité, et pour justifier les inégalités et les discriminations sexistes qu’elles subissaient.

De ce fait, l’immense majorité des femmes victimes de violences se retrouvent seules, abandonnées, sans reconnaissance des préjudices subis, ni de leurs conséquences, sans protection, ni soins adaptés. À elles de survivre seules dans une grande souffrance et une insécurité totale, et de se protéger et se réparer comme elles peuvent. De plus les stratégies de survie, qu’elles sont dans l’obligation de développer, sont un facteur d’exclusion, de pauvreté, et de vulnérabilité à de nouvelles violences. Une loi du silence implacable s’impose à elle, et un manque de formation des professionnels qui ne sauront pas dépister les violences, ni rechercher, diagnostiquer puis soigner les troubles psycho-traumatiques. Cette absence de reconnaissance des violences subies et de leurs conséquences par les psychiatres et les psychologues a grandement contribué à invisibiliser les violences masculines sur les filles et les femmes, et à protéger les agresseurs et à leur assurer une impunité.

Ces conséquences neuro-psychotraumatiques sont dues à la mise en place par le cerveau de mécanismes neurobiologiques de survie pour échapper au risque vital cardiologique et neurologique qu’un stress extrême, impossible à contrôler par un cortex cérébral en état de sidération. Ces mécanismes entraînent une disjonction avec interruption des circuits émotionnels et d’intégration de la mémoire, et sont alors à l’origine d’un état de dissociation (avec une anesthésie émotionnelle, un sentiment d’étrangeté, de déconnexion), de troubles de la mémoire dont une mémoire traumatique. Et c’est cette mémoire traumatique non intégrée qui, au moindre lien rappelant les violences, les fera revivre à la victime à l’identique, avec leurs contextes, les émotions telles que la terreur, la détresse et le désespoir, les douleurs et les perceptions qui leurs sont rattachées, ainsi que les mises en scène des agresseurs. Cette mémoire traumatique colonisera la victime et transformera sa vie en terrain miné, l’obligeant à mettre en place des stratégies de survie coûteuses et souvent handicapantes comme des conduites d’évitement (contrôle, phobies, TOC) et des conduites dissociantes pour s’anesthésier comme lors de la disjonction initiale (conduites addictives, mises en danger, conduites à risque).

Une prise en charge spécifique par des soignants formés, centrée sur les violences est essentielle et efficace. Elle fait malheureusement le plus souvent défaut, et les centres de soins où elle peut-être proposée restent encre très rares en France. Les médecins ne sont pas formés à la psycho-traumatologie et ils ne relient pas les symptômes des victimes aux violences qu’elles ont subies. Ils ne proposent donc pas de traitement spécifique. À la place des traitements symptomatiques et dissociants sont le plus souvent utilisés : camisole chimique avec des traitements psychotropes lourds (anti-dépresseurs, neuroleptiques), des chocs électriques qui font disjoncter les circuits émotionnels, ces traitements sont «efficaces» pour faire disparaître les symptômes les plus gênants et anesthésier les douleurs et les détresses les plus graves, mais ils ne traitent pas la mémoire traumatique des patients, voire souvent ils l’aggravent et sont maltraitants pour les femmes victimes.

La méconnaissance des troubles psycho-traumatiques et de leurs mécanismes porte donc lourdement préjudice aux victimes puisqu’elle permet de ne pas reconnaître la réalité de la souffrance, des symptômes et des handicaps que présentent les victimes, ni de les relier à leur cause : les violences. Elle permet également de continuer à mettre en cause les femmes victimes qui seraient les artisans de leur propre malheur en étant incapables d’aller mieux, de se relever, de tourner la page, d’arrêter de se victimiser, de sortir d’une prétendue fascination pour le trauma. De plus, elle est responsable dans le cadre des procédures policières et judiciaires d’une disqualification de la parole des victimes, puisque des réactions normales liées à des mécanismes psycho-traumatiques comme une paralysie due à une sidération psychique empêchant la victime de s’opposer, de se débattre ou de crier leur sera reprochée, tout comme les imprécisions liés aux troubles de la mémoire et à la dissociation traumatique (pouvant être à l’origine d’amnésies traumatiques fréquentes et de perturbation des repères temporo-spaciaux), ou les délais pour porter plainte liés aux conduites d’évitement et aux troubles dissociatifs. De plus des psychiatres et des psychologues ont mis en avant des syndromes sans validité scientifique reconnue tels que les «faux-souvenirs» ou le syndrome d’aliénation parentale qui disqualifient les révélations de violences sexuelles après amnésie traumatique ou bien lors d’une séparation.

C’est pourquoi nous nous battons pour que les professionnels de la santé soient formés et posent systématiquement la question des violences et pour qu’une information précise sur la réalité des violences et sur leur impact sur la santé soit diffusés auprès des professionnels et du grand public.

Quelle est la proportion de victimes de violences sexuelles ayant accès à des soins adaptés, aujourd’hui en France ?

En ce qui concerne les soins psychothérapiques environ un tiers des répondant-e-s à notre enquête nationale « Impact des violences sexuelles de l’enfance à l’âge adulte » n’a pas pu bénéficier de soins adaptés, et les deux tiers restant rapportent qu’il leur a fallu en moyenne 13 ans pour trouver un suivi adapté et des professionnel-les formé-es. Pour la prise en charge d’urgence c’est bien pire : 78% des victimes déclarent n’avoir reçu aucun soin d’urgence. Enfin 83% des répondant-e-s n’ont jamais été protégé-e-s. Et il faut garder à l’esprit que ces données sont sûrement loin de refléter la réalité vécue par toutes les victimes de violences sexuelles, car les personnes qui ont répondu à notre enquête sont forcément mieux informées, mieux prises en charge et mieux entourées que la plupart des victimes.

S’agit-il, selon vous, d’un état de catastrophe sanitaire, déniée et passée sous silence, et dont la majorité des victimes sont des femmes ?

Bien sûr qu’il s’agit d’une catastrophe sanitaire, sans une prise en charge adaptée ces troubles psychotraumatiques peuvent durer des années, des dizaines d’années, voire toute une vie. Ils sont à l’origine pour les victimes traumatisées d’une très grande souffrance mentale et d’un possible risque vital (suicide, conduites à risque). Ils ont un impact considérable sur leur santé démontré par les études internationales que ce soit sur leur santé mentale (troubles anxieux, dépressions, troubles du sommeil, troubles cognitifs, troubles alimentaires, addictions, etc.), leur santé physique (troubles liés au stress et aux stratégies de survie), la santé de leurs enfants et leur qualité de vie, ils sont un facteur de risque important de précarité, de perte d’emploi, de handicap, d’isolement et de marginalisation. Il s’agit d’une atteinte aux droits des femmes et d’une perte de chance considérable, un scandale de santé publique.

D’autant plus que des soins efficaces existent et que les atteintes neurologiques liées aux violences peuvent se réparer (il existe une neurogénèse). Mettre en place une offre de soin adaptée et accessible à toutes les victimes, par des professionnels formés est une urgence de santé publique.

Les violences sexuelles sont un phénomène massif, il s’agit d’une violence spécifique, sexiste (plus de 80% des victimes sont des femmes et 90% des auteurs sont des hommes) se produisant dans tous les milieux sociaux et toutes les catégories professionnelles, commise essentiellement par des agresseurs connus des victimes dans 80% des cas, et majoritairement commise sur des mineurs dans plus de 60% des cas, et sur des personnes en situation de vulnérabilité ayant déjà subi des violences. Chaque année en France, 86 000 femmes âgées de 18 à 75 ans sont victimes de viols ou de tentatives de viol et si l’on ajoute les filles de moins de 18 ans (puisque 59% des viols et des tentatives de viols sont commis sur des mineures, enquête Contexte de la sexualité en France CSF de l’INSERM et de l’INED de 2006 publiée en 2008) cela ferait autour de 200 000 viols et tentatives de viol par an. Et ces chiffres sont forcément sous-estimés puisqu’ils ne comptabilisent ni les DOM-COM, ni les personnes vivant en foyers, en hébergements précaires, les personnes en institutions, les personnes SDF, les personnes en milieu carcéral.

De plus notre société patriarcale a tendance à dénier la fréquence et la gravité des violences sexuelles, dans le cadre de fausses représentations très répandues le viol est avant tout perçu comme un fait divers exceptionnel, se produisant avec un agresseur inconnu, issu d’un milieu social défavorisé, de nuit sur la voie publique ou dans un parking, sur une femme sexuellement désirable, d’une réputation irréprochable. La victime est censée s’être débattue et avoir porté plainte aussitôt. Presque toutes les autres victimes de viol — de loin les plus nombreuses — sont escamotées : celles qui sont mineures, celles qui sont violées par un proche, un parent, un conjoint ou une personne qu’elles connaissent, celles qui sont sous emprise, celles qui n’ont pas pu réagir lors du viol, celles qui portent plainte des mois après le viol, ou celles qui ont oublié puis se sont souvenues du viol des dizaines d’années après, celles qui sont trop vieilles, pas assez jolies, celles qui sont alcooliques, toxicomanes, délinquantes ou prostituées, celles qui ont de trop nombreux partenaires, celles qui ont une tenue trop voyante ou trop «sexy», celles qui sont trop déconnectées, celles qui sont étiquetées malades mentales ou handicapées…

Personne ou presque ne voit ces victimes de viol ; soit parce qu’elles ont des amnésies traumatiques (jusqu’à 38 % des victimes de violences sexuelles connues dans l’enfance n’en ont aucun souvenir 17 ans après, étude de Williams 1994, et 59 % seront amnésiques lors de périodes plus ou moins longues, parfois plusieurs décennies, étude de Briere, 1993), avec des souvenirs tellement saturés de troubles dissociatifs que les violences peuvent leur paraître pas si graves ou bien irréelles ; soit parce qu’elles sont confrontées à des menaces, des pressions et des manipulations de la part des agresseurs et de leur entourage, elles sont alors sommées de se taire ; soit parce qu’elles sont envahies par des sentiments de honte et de culpabilité créés de toute pièce par le comportement de l’agresseur, qui les empêchent d’en parler ; soit parce qu’elles ne seront pas entendues quand elles arriveront enfin à parler, elles seront même souvent considérées comme coupables (ayant menti, ayant provoqué le viol ou ayant été imprudente, n’ayant pas fait ce qu’il fallait pour l’éviter) ou comme n’ayant rien subi, le viol étant transformé en acte sexuel consenti.

Alors que les violences sexuelles sont un phénomène largement répandu et la culture du déni semble avoir encore de beaux jours devant elle. Trop peu de mesures sont prise pour venir en aide aux victimes qui restent le plus souvent seules et abandonnées, à devoir se débrouiller pour vivre comme elles peuvent avec leurs symptômes, or les conséquences psychotraumatiques ont de graves répercussions sur la santé mentale et physique des victimes, avoir subi des violences est le déterminant principal de la santé, même 50 ans après. On laisse ces victimes survivre sans soins adaptés, elles sont obligées de composer avec une anxiété et un stress extrêmes, des conduites addictives et dissociantes délétères (prise de substances, mises en danger, troubles alimentaires, etc.), des idées suicidaires (selon notre enquête IVSEA, une victime sur deux a tenté de se suicider), elles développent des troubles cardio-vasculaires, des maladies auto-immunes, des troubles respiratoires, des cancers. Or les conséquences psychotraumatiques des violences se soignent avec une prise en charge adaptée. Et pourtant, malgré l’ampleur de cette catastrophe sanitaire, les professionnel-le-s du soin ne sont toujours pas systématiquement formé-e-s à repérer et à prendre en charge les victimes, il n’existe pas de centres spécifiques de prise en charge pour accueillir et soigner les victimes, et les victimes de violences sexuelles qui présentent des troubles psychotraumatiques (entre 80% à 100% des victimes) sont trop souvent diagnostiquées à tort comme étant psychotiques ou border-line et hospitalisées en psychiatrie au lieu de bénéficier de soins et d’un traitement approprié pour soigner les troubles psychotraumatiques dont elles souffrent.

Sur quels axes une critique féministe de la politique publique de santé et des soins psychothérapeutiques aux femmes victimes de violences, devrait-elle se faire, afin de mobiliser la société civile et changer le système ?

Il y a plusieurs axes : celui du déni de la réalité de ces violences, de leur fréquence et de leurs conséquences, il faut avant tout croire les victimes et ne pas commencer à penser qu’elles mentent, inventent ou qu’elles ont pris des risques inconsidérés, qu’elles sont trop sensibles, qu’elles ont du mal comprendre, etc. Celui de la reconnaissance de la gravité des conséquences de ces violences et du fait qu’on ne peut pas demander aux femmes de faire des efforts pour aller mieux, de ne pas trop faire de vagues, etc. mais qu’il faut les protéger et leur prodiguer des soins adaptés. Et enfin celui de la culpabilité qui doit changer de camp : c’est l’agresseur qui est coupable, quoi qu’ait pu faire la victime, la reconnaissance du fait qu’il n’y avait de toute façon aucune possibilité de l’éviter, que l’agresseur avait une stratégie, que les mécanismes psychotraumatiques à l’œuvre lors des violences entraînent une sidération et une dissociation qui empêchent dans la majorité des cas les victimes de réagir font qu’il n’y a pas de marche à suivre ou de conduite à tenir dans le cadre des violences. Ce n’est pas aux femmes et aux victimes de faire attention, de se protéger… c’est hommes et à tout ceux qui sont en position de domination de ne pas agresser.

C’est en luttant contre ces fausses représentations que l’on pourra provoquer une réelle prise de conscience de l’ampleur des violences et de la nécessité de reconnaître la gravité des violences subies par les victimes et la nécessité de soigner ces victimes.

Il est essentiel de lutter contre ces violences sexistes, de les identifier et de protéger et soigner les filles et les femmes qui en sont victimes. Les violences faites aux femmes, particulièrement les violences sexuelles commencent très tôt ( 71% avant 18 ans, 51% avant 11 ans, 21% avant 6 ans comme le montre notre enquête IVSEA, 2015) et elles vont impacter leurs études, leur vision d’elle-même, leur confiance en elle et leur estime de soi. Cela les formate à considérer qu’elles n’ont pas les mêmes droits, pas la même valeur que les hommes, qu’elles n’ont pas la même légitimité…Cela va modifier totalement leur trajectoire de vie, les engager dans des impasses qui auraient pu être évitées, ce qui leur aurait permis de se réaliser différemment, de trouver leur vraie place dans la société—car les inégalités, les violences et les discriminations sexistes ont empêché les femmes d’avoir leur vraie place dans l’histoire

Avez-vous des exemples, en France et dans le monde, de modalités de prises en charge des femmes victimes de violences qui vous semblent plus humaines et efficaces que celles pratiquées globalement en France ?

Par exemple en République Démocratique du Congo, l’hôpital Panzi où le Dr Mukwege et le Dr Alumeti s’occupent de femmes et d’enfants victimes de violences et de mutilations sexuelles propose une offre de soin complète. Mais c’est une initiative isolée. En Allemagne des soins psychothérapiques pris en charge (80 séances) sont proposés en cas de violences. En France, tout reste à faire à part quelques rares initiatives (c’est pour cela qu’on a lancé une campagne avec une pétition pour que les droits des victimes de violences sexuelles à une protection et des soins soient respectés comme l’exige la convention d’Istanbul que la France a ratifiée et qui est applicable depuis le 1er aout 2014. il faudrait travailler sur différent plans, avec des campagnes d’information et de sensibilisation nationales et régulières, la formation des professionnel-le-s amenés à prendre en charge des victimes (éducation, social, santé, judiciaire, etc.), l’amélioration des mesures de protection des femmes et des enfants victimes, la création de centres de soins et de prise en charge pluridisciplinaires ainsi que la gratuité totale des soins, car aujourd’hui en France peu de psychiatres sont formé-e-s à la prise en charge des psycho-traumatismes, quant aux psychothérapeutes, qui sont plus nombreux à êtres formé-e-s, leurs consultations ne sont pas remboursées par l’assurance maladie, c’est une double peine pour les victimes qui sont déjà souvent, en raison des conséquences psychotraumatiques dont elles souffrent, dans la précarité et qui n’ont donc pas les moyens financiers d’accéder à des soins, c’est un cercle vicieux.

MurielSalmona-web photo officielle


Nous vous encourageons à découvrir ces deux lettres passionnantes et révélatrices :

Le 5 août 1962, Marilyn Monroe mettait fin à ses jours. Un an avant, le Dr Kris qui craignait qu’elle ne passe à l’acte, l’internait dans un hôpital psychiatrique. Un cauchemar pour l’actrice enfermée comme elle le raconte dans cette lettre à son psychiatre californien, Ralph Greenson.

… Découvrir la lettre

Camille Claudel, artiste pionnière et femme libérée, est décédée le 19 octobre 1943 après 30 ans d’internement psychiatrique. Enfermée de force le 10 mars 1913 à la demande de sa famille, elle ne cessera de demander sa remise en liberté, de dénoncer les motifs et les conditions misérables de son incarcération, et plongera peu à peu dans la folie, nourrie de délires de persécution. Voici une lettre de supplication adressée au docteur Michaux, véritable cri de souffrance et appel au secours pour fuir la misère sordide qui l’étouffe et finalement, l’emportera.

… Découvrir la lettre

4 réflexions sur “Docteure Muriel Salmona « La mémoire traumatique colonise la victime, transforme sa vie en terrain miné »

  1. Bonjour, je suis une ancienne patiente du Docteur Salmona, à l’époque où il y avait des consultations anonymes et gratuites en banlieue parisienne, en Seine Saint Denis. Son travail est un travail remarquable, elle a bien saisi toute l’ampleur des conséquences de la violence faite aux femmes: viols, violence conjugale. Elle m’a permis de croire qu’il y avait un avenir possible pour une victime de violence, malgré les lourdes séquelles… grâce à elle j’ai compris comment ces traumatismes m’empêchaient de vivre « normalement ». J’ai suivi une thérapie adaptée dans un centre de victimologie et aujourd’hui après environ 7 ans de thérapie, je vais mieux, j’ai pu apprendre à conduire, chose qui m’a été impossible pendant très longtemps… je me suis reconstruite petit à petit et la rencontre avec le Docteur Salmona m’a beaucoup aidé. Son travail sur la mémoire traumatique est remarquable.

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