« Cet autre sexisme que l’on ne voit pas » par Sarah Hafiz

Le sexisme bienveillant :

cet autre sexisme que l’on ne voit pas

Laisser la priorité à une femme au seuil d’une porte, céder sa place à une femme dans les transports en commun sont autant de manifestations de galanterie à l’égard de la gent féminine. Si certains qualifient ces attitudes de « politesse », il n’en n’est rien, car ces comportements ne sont motivés que par une distinction de sexe. Or, la politesse devrait s’adresser à chacun-e, quel que soit son genre d’appartenance. En réalité, la galanterie n’est qu’une forme de sexisme bienveillant qui, bien que positif et plus subtil, maintient les femmes en situation d’infériorité.

Décryptage et explications de ce concept tout aussi dangereux et lourd en conséquence sur les relations hommes-femmes.

11411870_10154017446678066_2715440359300137287_o

  • Sexismes bienveillant et hostile ont des origines communes !

Tandis que le sexisme hostile manifeste ouvertement une attitude négative et agressive envers les femmes, le sexisme bienveillant semble plus positif et repose sur l’infériorité de la femme et la nécessité de sa protection par la gent masculine. Cette idée est très largement ancrée dès les premières années de la vie des femmes. Encore petites filles, les récits culturels leur projettent déjà des stéréotypes de genre où la fille est une princesse qui ne demande qu’à être sauvée par un prince. Plus tard, ces représentations cognitives alimentent les attitudes sexistes.

Inventeur-es du concept du sexisme ambivalent (celui-ci regroupe sexisme bienveillant et sexisme hostile), Peter Glick et Susan Fiske sont chercheur-es en psychologie sociale et ont démontré qu’il existait des origines communes aux deux formes de sexismes. Ils ont défini deux pouvoirs : le pouvoir structurel qui est une domination des hommes dans la sphère économique, politique et sociale, et le pouvoir dyadique, source de la dépendance des femmes aux hommes.

Ce dernier se manifeste dans les besoins de reproduction et d’intimité et repose sur une conception de couple hétérosexuelle. Les deux chercheur-es en psychologie sociale montrent que cette interdépendance rend nécessaire et indispensable le sexisme bienveillant.

Young man helping  his girlfriend to accommodate on chair

  • Trois aspects majeurs des relations hommes-femmes :

Le « paternalisme dominateur » légitime la domination des hommes en considérant que les femmes sont incompétentes à exercer un pouvoir, qu’il soit de nature économique ou politique.

Le « paternalisme protecteur »  repose sur une assertion selon laquelle les femmes auraient besoin d’être protégées par les hommes, considérés eux-mêmes comme des sauveurs. Il résulte d’une différenciation des genres. Pour décrire les femmes, certains chercheurs vont utiliser des termes tels que « sociabilité » ou « communal », tandis que les hommes vont êtres définis à travers d’autres termes dont  « compétences » ou « agentic ».

Cette terminologie associe des caractéristiques cognitives aux seules distinctions de sexe. Ainsi, la femme est associée à la gentillesse, à la sympathie ou encore à l’altruisme, des qualités prétendument féminines. A contrario, les « compétences » masculines font référence à l’ambition, l’indépendance ou encore l’accomplissement de soi.

L’hétérosexualité repose sur le rapport dominé-ee/dominant-e. Si les femmes dominent, c’est parce qu’elles sont perçues comme séductrices et qu’elles parviennent à user de leurs charmes dans le but de manipuler les hommes. Notons que si les hommes sont capables de faire preuve de rationalisme pour assujettir les femmes, les femmes elles doivent user de leurs affects et par conséquent de leurs charmes, le plus souvent physiques ou du moins relatifs aux qualités « féminines » citées ci-dessus.

Si le sexisme hostile permet aux hommes d’exercer leur domination, le sexisme bienveillant est un moyen utilisé pour préserver leurs privilèges et de profiter de la dépendance nécessaire dans laquelle les femmes sont entretenues.

2008-04-03-ladies-first

Ladies first… un piège !

  • Pourquoi le sexisme bienveillant est-il dangereux ?

Le sexisme bienveillant, bien qu’il soit moins facile à identifier, s’avère bien plus insidieux que le sexisme hostile est tout aussi lourd en conséquence. En effet, il sous-entend que le sexe féminin est un sexe faible, et encourage les rapports de domination des femmes par les hommes.

Benoît Dardenne et Marie Sarlets, chercheur-es du service de psychologie sociale à Liège, en Belgique, ont démontré que le sexisme bienveillant altère les performances cognitives des femmes de manière au moins aussi grave voire plus grave que le sexisme hostile. Ainsi, les femmes, placées en situation de recrutement, obtiennent des résultats inférieurs aux tests de mémoires lorsqu’elles font face à des discours paternalistes de type « les hommes doivent protéger les femmes ».

Marie Sarlets note ainsi qu’il est plus facile de maintenir les inégalités de sexe « à travers une influence bienveillante et persuasive qu’en usant de moyens plus hostiles ». Benoît Dardenne a également constaté une corrélation positive entre le sexisme hostile et le sexisme bienveillant, comme il l’explique par ailleurs : « Autrement dit, dans les pays où le niveau moyen du sexisme hostile est élevé, celui du sexisme bienveillant l’est aussi. Eu égard à la constitution de l’échantillon, tout indique qu’il s’agit d’une caractéristique transculturelle ».

Le sexisme bienveillant et le sexisme hostile alimentent un cercle vicieux dont il est difficile de s’extraire. Parce que les hommes dominent les rapports sociaux, ils sont plus susceptibles de manifester une hostilité envers les femmes et d’exercer des menaces à leurs encontre. Les femmes pensent trouver la solution à leurs problèmes en recherchant la protection des autres hommes, qui bien qu’ils ne manifestent pas ouvertement d’attitudes négatives à leur égard, font également preuve de sexisme en considérant les femmes comme des « êtres fragiles à protéger ».

Bien souvent, il arrive que les hommes n’aient pas même conscience de ces comportements, confondant ainsi « bonne éducation », « politesse » et sexisme. Les femmes, bien que victimes, entretiennent également ces relations qui nuisent à leurs intégrité et à leur indépendance. Pour sortir de ce système vicieux et abolir le sexisme hostile et bienveillant, il serait nécessaire de définir un projet de société différent qui ne repose plus sur des valeurs patriarcales !

Sarah Hafiz, membre du bureau des effronté-e-s

Sexe fort, sexe faible-F

3 réflexions sur “« Cet autre sexisme que l’on ne voit pas » par Sarah Hafiz

  1. Comment peut on tenir de tels propos….
    En fait à lire l’article tout geste d’un homme est sexiste, tenir une porte, ne pas tenir une porte, lui coller dans la tronche pour montrer qu’on est pas macho.
    La question se pose pour les homosexuelles, tenir une porte à un homme hétéro ça passe mais si il est homo alors ça rejoint le sexisme bienveillant. Idem pour les lesbiennes. Alors là y a pas de dénonciations de ce sexisme…. On est dans l’absurde, à se demander comment des personnes aussi cinglés arrivent à être écouté avec sérieux.
    C peut être aux personnes qui ressentent dans tout acte masculin un sexisme et une agression là où il n’y a rien du tout, de se remettre en question. On ne fait pas un projet de société avec comme base les névroses d’une poignée d’individus

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s