Harcèlement de rue « On n’a plus qu’une envie, c’est de s’enlaidir ! »

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Cassandre Dagon a 25 ans. C’est de façon un peu défaitiste mais assez réaliste qu’elle a abordé notre association, au moment de nous proposer son témoignage sur notre boite mail. « Si vous le permettez, je vais vous raconter ce qui m’est arrivée hier, même si je pense qu’on ne pourra pas faire grand chose, ou du moins ce sera très dur ».

Cassandre habite à Aubervilliers, une ville où la présence des femmes dans l’espace public est particulièrement réprimée, si bien qu’un collectif féministe avait même organisé des actions médiatiques pour que les femmes puissent s’installer tranquillement… dans des cafés. La semaine dernière, à 17h45, elle se dirigeait vers son travail « habillée d’une façon très classe, avec des talons, pas provocants du tout » se sent-elle obligée de nous préciser. En rentrant dans la bouche du métro, un homme l’aborde. « Je suis polie et ne répond quasiment rien à ses propos, sauf que j’ai un copain, que je ne suis pas intéressée et pas envie de parler ».

Comme c’est souvent le cas, le harceleur continue de lui adresser la parole, la talonne jusqu’au quai, la suit quand elle change de place. Après quelques minutes, elle s’écriera, exaspérée : « Tu comptes me suivre comme un chien encore longtemps ? »

C’est tout ce que cherchent les harceleurs : que leur proie craque, afin qu’ils désinhibent leur violence physique. L’agresseur s’approchera de Cassandre, lui crachera dessus, la couvrira d’insultes, bref la punira de s’être défendue. « Ma main s’est un peu levée, mais je me suis vite contrôlée et l’aie baissé. Je ne voulais pas subir quelque chose de pire. C’était assez humiliant comme ça. »

Hélas, comme c’est souvent le cas aussi, « les gens ne réagissaient pas, sauf pour rigoler, pour regarder. J’ai demandé un mouchoir, il n’y avait plus personne. Heureusement, une jeune fille m’en a donné un ensuite… mais se faire cracher dessus puis quémander un mouchoir, alors qu’on vous ignore, c’est lamentable. »

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Indignée, Cassandre s’est adressée à nous pour savoir comment se défendre. « Même quand je m’habille en jogging et en tong, on m’importune dans la rue. Les frotteurs des métros, il y en a de plus en plus… Ça me fait penser au film « Les femmes du bus 678 » que j’avais vu à l’époque. »

Il y a quelques semaines, les pouvoirs publics s’étaient emparé de cette problématique que subissent massivement les femmes dans les transports publics, et plus globalement dans l’espace public, en en faisant enfin une question politique et non une histoire d’emmerdements privés. Rappelons que loin d’être une technique de drague hasardeuse, le harcèlement sexiste est fondamentalement punitif. Il s’agit de contester, et de faire regretter aux femmes l’audace qu’elles ont d’être dans la cité, de la traverser, de s’exposer à eux, de leur faire de l’effet, ce qu’elles ne peuvent faire impunément selon eux. Nul homme n’espère sincèrement qu’une passante lui tombera dans les bras après l’avoir sifflé ou abordé souvent de façon violente, vulgaire et ostentatoirement humiliante.

Sans parler de leur récurrence ! Cassandre était à peine remise de ses émotions que le cauchemar a recommencé, quelques minutes plus tard. « Juste après l’incident, tandis que je sortais du métro près de gare de l’Est, un nouveau mec m’a importuné en enchainant les remarques sur mon physique « Tu es trop belle, j’aime tes formes ». Comme je protestais contre son insistance, il m’a sorti le fameux « En même temps, vu comment tu es habillée, c’est normal ». On n’a plus qu’une envie, c’est de s’enlaidir pour qu’on ne nous ennuie plus, mais même cela, ça ne fonctionne pas. »

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Parmi la série de mesures que prévoit le programme proposé par le Secrétariat d’État aux droits des femmes, il y a notamment les arrêts de bus de nuit à la demande pour rapprocher les femmes des lieux de destination, des marches participatives qui les invitent à réfléchir ensemble aux moyens de prévenir les passages à l’acte des harceleurs en jouant sur plusieurs paramètres (éclairage, présence humaine, vidéoprotection), et la lutte contre l’envahissement publicitaire sexiste.

En revanche, nous regrettons que ces mesures restent de nature sécuritaire et répressive, et déplorons la suppression des ABCD de l’égalité qui prévoyaient des programmes obligatoires de sensibilisation au sexisme et aux stéréotypes de genre à l’école, où tant se joue. Pourquoi pas, aussi, une généralisation des cours d’autodéfense ?

Ensuite, quels moyens humains et financiers sont-ils mis sur la table ? Quel budget, quels délais pour que les dispositifs soient généralisés, et non restreints à telle ville ou à tel quartier ? Mystère. Affaire à suivre…

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