Cause toujours, Causeur !

Par Anaïs Haddad, membre du CA des effronté-e-s, chargée de la « libération sexuelle ».

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Cher Causeur,

Les effronté-e-s n’ont pas échappé à la couverture de ton magazine via le bad buzz.

11692589_10153984131163066_2153468500881885047_nNous sommes évidemment scandalisées par cette couverture qui traite les féministes de « terroristes » au prétexte qu’elles dénoncent justement la société patriarcale qui terrorise les femmes via, pour te citer : « le sexisme, les inégalités et les harcèlements ».

Il est vrai que nous devons souvent affronter le déni choquant de notre situation, qu’illustrent pourtant la persistance des inégalités salariales, des viols, des violences conjugales jusqu’aux féminicides. Mais aller jusqu’à faire de celles qui s’élèvent contre cet état de fait les coupables, et des dominants leurs victimes, est parfaitement abject.

Ce sont bien les femmes, aujourd’hui, qui sont traitées de « putes » et de « salopes » dans la rue, qui sont humiliées par les mains aux fesses dans les transports publics, rabaissées et dénigrées par les campagnes publicitaires, spoliées par les inégalités salariales, stigmatisées, discriminées et violentées par les religions, innombrables à être battues, violées, tuées, prostituées.

C’est bien au mouvement féministe que l’on doit toutes les luttes pour obtenir le droit à la citoyenneté, à disposer de nos corps, à faire condamner par la loi et dans les faits les violences sexistes et sexuelles.

Cher Causeur, tu mens quand tu fais dire aux féministes que « les hommes sont tous coupables ». Tu inventes une guerre entre hommes et féministes pour justifier ta haine de notre mouvement. L’ennemi du mouvement féministe, qui est en soi riche et divers, n’est pas « l’homme » mais bien le sexisme et le patriarcat comme système d’organisation de la société. Nous avons d’ailleurs des hommes dans nos rangs, tout aussi choqués par tes propos que le sont les femmes féministes.

Nous ne savons pas qui tu cites dans ton article, si mal écrit et documenté qu’on n’y retrouve aucune référence. Mais nous ne sommes pas celles que tu dépeins, car tu confonds le mouvement féministe avec tes fantasmes. Nous sommes avant tout humanistes. Nous nous battons pour construire un monde d’égalité, pour dépasser les rapports de dominations entre n’importe quelles catégories factices qui essentialisent les êtres d’après leurs genres ou leurs couleurs de peau. Nous ne souhaitons rien de plus – mais rien de moins – que l’égalité et le respect !

Et puis, tout bien réfléchi, nous ne sommes pas si fâchées que ça de terroriser les défenseurs de ta ligne éditoriale. Nous préférons ta peur de voir nos idées avancer dans la société à tes moqueries, à tes humiliations et à toutes les violences que nous subissons depuis bien trop longtemps.

Aujourd’hui, tu te sens surveillé, acculé et menacé. Tu as raison. Tes beaux jours commencent à être comptés, du moins, nous nous y attelons farouchement après avoir acquis, si tard, les droits fondamentaux des femmes que le patriarcat nous a longtemps déniés !

Tremble, toi et tous tes compères, ces malheureux hommes majoritaires dans tous les lieux de pouvoir, politique, économique, médiatique, culturel, religieux, et dans toutes les armées du monde dont beaucoup ont été proxénètes pour fournir leurs soldats en « femmes de confort », ou qui ont fait du viol une arme de guerre comme en République Démocratique du Congo, à l’exception féministe du cas de Kobanë.

Vraiment, quel terroriste que le mouvement féministe ! Il nous reste à compter nos morts et nos blessé-e-s, pour comprendre qui terrorise qui.

En attendant, un certain nombre d’hommes d’affaires qui prostituent des femmes pour boucler des contrats avec leurs clients, d’hommes politiques qui nous sifflent dans l’hémicycle pour une robe comme le fut Mme Duflot, qui murmurent des insultes sexistes dans la rue à notre passage, seront au moins consolés dans leur infini malheur par ce chiffon abject que tu appelles journalisme.

Tremble, cher Causeur, car oui, nous misons sur l’éducation et l’éducation populaire, car les générations de demain restent à construire. Entends bien ce message : Nos droits ne souffrent plus de discussions inutiles !

Que tu sois terrorisé, toi et les autres défenseurs de l’ancien monde, nous satisfait. Nous sommes ravies d’être prises au sérieux, que vous constatiez nos progrès. Ce n’est pas trop tôt !

Les effronté-e-s continueront à se battre fièrement pour l’égalité des droits. Ce n’est pas une guerre des sexes, c’est un mouvement de résistance contre la guerre que nous fait le système patriarcal depuis des siècles et partout dans le monde.

Nous faisons notre la devise de Benoite Groult : « Le féminisme n’a jamais tué personne. Le machisme tue tous les jours ! »

Anaïs Haddad, membre du CA des effronté-e-s, chargée de la « libération sexuelle ».

z-17-janvier-2015

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