La liberté d’expression, un concept sans entraves ?

La liberté d’expression, un concept sans entraves ?

Suite à notre dénonciation du groupe de musique « Viol » qui devait se produire à Paris, et de sa chanson du même nom, certains de nos contradicteurs ont défendu une certaine conception de la liberté absolue d’expression, ont hurlé à la censure, ou ont objecté l’argument sempiternel du second degré.

D’autres, plus virulents, nous ont adressé leur prose sexiste, anti-féministe et/ou lesbophobe sur notre boite mail et se sont abruptement indigné sur notre page facebook.

mail

Il nous a donc semblé salutaire de mettre quelques points sur le « i » de Charlie.

  • Petit manuel à l’usage du dégaineur de #JESUISCHARLIE compulsif et égaré

En France, la Liberté n’est pas, loin s’en faut, un concept absolu et non réglementé.

La laïcité, le droit du travail, la majorité sexuelle, l’interdiction de vendre ses organes, sont toutes des dispositions prises pour garantir quel nul ne soit, au titre du principe de Liberté, lésé ou exploité car, comme disait Lacordaire :

« entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime, et la loi qui affranchit »

L’Article 24 de la loi de 1881 sur la Liberté de la presse, a prévu cinq ans d’emprisonnement et 45.000 euros d’amende pour ceux qui provoquent à commettre, entre autres, des agressions sexuelles par le biais de discours écrits ou de tout autre support.

Les Articles 32 et 33 de la loi de 1881 condamnent, de leur côté, l’injure envers une personne ou un groupe à raison du sexe, entre autres.

Pourquoi ? Parce que c’est toute la mission de notre République de réaliser l’équilibre entre les libertés, comme la liberté d’expression, la liberté de conscience, la liberté d’entreprendre, et les limites au delà desquelles ces libertés sont nocives voire liberticides, d’où l’élaboration de textes de loi qui condamnent l’incitation à la haine envers telles catégories, la laïcité, la durée légale du temps de travail journalier ou hebdomadaire, etc.

Nous sommes donc bien forcée de rappeler que non, les femmes ne sont pas une espèce non protégée en France, du moins au regard de la loi, dans un pays où une femme est violée toutes les sept minutes, ce qui fait du viol le crime le plus répandu et le plus banalisé sur notre territoire, comme sur beaucoup d’autres.

Nous avons consulté trois avocates et une magistrate avant d’envisager une action en justice contre le groupe « Viol ».
Toutes nous ont confirmé que la chanson « Viol » était concernée par ces lois.

Nous avons également reçu l’appui de la Secrétaire d’État aux droits des femmes, Mme Pascale Boistard, de deux maires d’arrondissements parisiens, François Vauglin et Jacques Boutault, de Mme Hélène Bidard, adjointe chargée des droits des femmes à la Mairie de Paris, et de Danielle Simonnet, élue Conseillère de Paris.

Enfin, il se trouve que certaines d’entre nous, en préparation de notre projet de festival « Artistique et Féministe », ont très sérieusement étudié la façon dont une œuvre construit et situe son discours, de quelles options stylistiques elle dispose pour marquer une distance entre la pensée de l’auteur et l’expression de l’œuvre. Alors nous vous confirmons que non, la chanson « Viol » ne marque, ni dans sa réalisation, ni dans le contenu de ses paroles, ni dans rien de ce qui la structure, une notion de distance.

À titre d’exemple, s’il nous venait demain la putride envie d’écrire toute une chanson dont les paroles seraient « Sale juif, je vais t’auschwitzer la gueule, je vais te gazer les poumons » etc. au nom du trash, d’un prétendu anticonformisme ou de la liberté d’expression absolue, nous tomberions sous le coup de la loi, et c’est encore heureux !

Symbole Réplublique Française

12 réflexions sur “La liberté d’expression, un concept sans entraves ?

  1. Madame, seriez-vous en vacances? Ou bien me censurez-vous? Je relis ce que je vous ai soumis et je ne crois pas contrevenir à vos règles de publication.

    J’admets votre droit de « modérer » l’expression de vos contributeurs aux débats, mais j’espère que vous ne pratiquez pas la censure. Le faire est dérouler le tapis rouge pour les dictatures à venir. Elles guettent derrière nos portes.

    Cela ne m’empêche pas de partager votre colère contre les chansonniers que vous citez.

    Voici mon texte « en attente de modération ». Merci de le publier (sans ce qui précède), quitte à polémiquer avec les idées qui pourraient vous déplaire. Je ne demande qu’à apprendre.

    Peter Bu
    avril 26, 2015 à 8:59
    Votre commentaire est en attente de modération
    J’ai lu l’article et tous les commentaires qui semblent convaincants.
    Je déteste la censure, ne serait-ce que parce que j’en ai trop soupé dans mon pays d’origine, la Tchécoslovaquie à l’époque du « communisme » stalinien.
    Je suis désolé quand des féministes s’y adonnent: Elles dénoncent la censure dont les femmes ont souffert pendant des siècles et qu’elles subissent encore trop souvent, donc je regrette d’autant plus quand elles y succombent, au lieu de discuter avec ceux qui ne pensent pas comme elles. Même un très bon site https://sandrine70.wordpress.com peut y glisser à l’occasion…
    Mais à la fin de la discussion ci-dessus il y a le lien que j’ai ouvert : https://effrontees.wordpress.com/2015/03/24/lincitation-au-viol-en-musique-pignon-sur-rue-a-paris/ On peut y lire le texte de la chanson incriminée.
    Excusez-moi mais en le lisant je n’arrivais plus à me rappeler les arguments de tout ce beau débat. Il se peut qu’entre les copains, en connaissant les attitudes et les arrières pensées de l’auteur et des interprètes qui seraient fort honorables, vous entendez autre chose que ce que je lis, mais pour moi ce texte est ordurier. Ce n’est que mon impression mais je ne dois pas être seul à ne pas connaitre le contexte que vous évoquez. Le groupe devrait l’interpréter uniquement devant ceux qui le connaissent…
    « Ordurier » ? Le mot serait-il trop fort?
    Normalement les hommes pensent au coït comme à une activité agréable. C’est peut-être cela qui les empêche d’imaginer que pour une femme le viol n’a rien de plaisant. Les violeurs ont tendance à se surestimer…
    Pourtant, ce n’est pas pour rien que cela s’appelle « viol », donc « violence ».
    Si on y réfléchit un peu et, surtout, si on lit les témoignages des victimes, la violence insupportable n’est pas seulement d’ordre physique, elle l’est plus encore sur le plan psychologique. Les hommes violés savent que le viol provoque à la fois une explosion d’angoisse et un sentiment d’humiliation extrême. Ce n’est pas rien. Pourtant, pour les femmes il y a quelque chose encore plus grave – ce que les hommes n’imaginent probablement jamais.
    Être violée signifie de se voir imposer la fécondation par un homme que la femme n’a pas choisi, ou au moins accepté. Les violeurs n’y pensent pas (sauf pendant certaines guerres, comme dans l’ex-Yougoslavie où les Serbes violant les femmes bosniaques cherchaient ce résultat). Les femmes n’en sont pas nécessairement conscientes non plus. La plupart des viols ne se terminent pas de cette façon. Cependant, la motivation profonde de l’acte sexuel est engendrer un enfant et, pour des raisons biologiques, la femme est bien plus impliquée que l’homme. Ne pas pouvoir choisir son partenaire doit être très difficile à supporter.

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  2. J’ai lu l’article et tous les commentaires qui semblent convaincants.

    Je déteste la censure, ne serait-ce que parce que j’en ai trop soupé dans mon pays d’origine, la Tchécoslovaquie à l’époque du « communisme » stalinien.

    Je suis désolé quand des féministes s’y adonnent: Elles dénoncent la censure dont les femmes ont souffert pendant des siècles et qu’elles subissent encore trop souvent, donc je regrette d’autant plus quand elles y succombent, au lieu de discuter avec ceux qui ne pensent pas comme elles. Même un très bon site https://sandrine70.wordpress.com peut y glisser à l’occasion…

    Mais à la fin de la discussion ci-dessus il y a le lien que j’ai ouvert : https://effrontees.wordpress.com/2015/03/24/lincitation-au-viol-en-musique-pignon-sur-rue-a-paris/ On peut y lire le texte de la chanson incriminée.

    Excusez-moi mais en le lisant je n’arrivais plus à me rappeller les arguments de tout ce beau débat. Il se peut qu’entre les copains, en connaissant les attitudes et les arrières pensées de l’auteur et des interprètes qui seraient fort honorables, vous entendez autre chose que ce que je lis, mais pour moi ce texte est ordurier. Ce n’est que mon impression mais je ne dois pas être seul à ne pas connaitre le contexte que vous évoquez. Le groupe devrait l’interpréter uniquement devant ceux qui le connaissent…

    « Ordurier » ? Le mot serait-il trop fort?

    Normalement les hommes pensent au coït comme à une activité agréable. C’est peut-être cela qui les empêche d’imaginer que pour une femme le viol n’a rien de plaisant. Les violeurs ont tendance à se surestimer…

    Pourtant, ce n’est pas pour rien que cela s’appelle « viol », donc « violence ».

    Si on y réflechit un peu et, surtout, si on lit les témoignages des victimes, la violence insupportable n’est pas seulement d’ordre physique, elle l’est plus encore sur le plan psychologique. Les hommes violés savent que le viol provoque à la fois une explosition d’angoisse et un sentiment d’humiliation extrême. Ce n’est pas rien. Pourtant, pour les femmes il y a quelque chose encore plus grave – ce que les hommes n’imaginent probablement jamais.

    Etre violée signifie de se voir imposer la fécondation par un homme que la femme n’a pas choisi, ou au moins accepté. Les violeurs n’y pensent pas (sauf pendant certaines guerres, comme dans l’ex-Yougslavie où les Serbes violant les femmes bosniaques cherchaient ce résultat). Les femmes n’en sont pas nessairement conscientes non plus. La plupart des viols ne se terminent pas de cette façon. Cependant, la motivation profonde de l’acte sexuel est engendrer un enfant et, pour des raisons biologiques, la femme est bien plus impliquée que l’homme. Ne pas pouvoir choisir son partenaire doit être très difficile à supporter.

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  3. À mon sens vous faites une erreur majeure. Viol ne fait en rien l’apologie du viol. Le groupe le dénonce, le caricature, le questionne, le combat… notamment en mettant en scène un personnage monstrueux, ridiculement monstrueux. Le groupe dans ses interviews ne laisse pas la moindre place à l’ambiguité sur le sujet (ce qui n’est pas le cas de Dieudonné, par exemple, qui ne se distancie des propos antisémites qu’il tient sur et hors de scène…).

    Contrairement à ce que vous dites, si vous écriviez un roman à la première personne faisant dire à votre personnage « Sale juif, je vais t’auschwitzer la gueule, je vais te gazer les poumons », non vous n’iriez pas en justice, pour la simple et bonne raison que vous donnez à voir un comportement humain par le truchement d’une intention créative, et que le commun des mortel est suffisamment habitué au concept de fiction pour comprendre que faire parler un narrateur n’est pas exprimer son point de vue en tant qu’auteur.

    N’oubliez pas au passage que Joy Division faisait référence à la réduction en esclavage sexuel de femme juives, au service des nazis, dans les camps de concentrations. Personne n’y voit une jubilation de Curtis et consors pour le concept.

    Bref, cette polémique a un intérêt, mais l’outrance dans laquelle vous l’enfermez est en train de se mouvoir en stupidité stérile, ce qui ne sert ni les féministes (femmes ou hommes), ni les artistes.

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  4. Bon, vous nous faites un rappel de la loi. Jusque là c’est intéressant, tout le monde est d’accord. Ensuite vous nous exposez vos arguments d’autorité : les avocats disent qu’on a raison, et les politiques aussi. Par contre où répondez vous aux arguments des défenseurs de la liberté d’expression et de création artistique ? Comme par exemple ceux développés dans l’article de Slate : http://www.slate.fr/story/99569/annulation-concert-viol

    Par ailleurs vous avez « très sérieusement étudié la façon dont une œuvre construit et situe son discours, de quelles options stylistiques elle dispose pour marquer une distance entre la pensée de l’auteur et l’expression de l’œuvre ». J’imagine que l’on va devoir vous croire sur parole …
    D’après vous : « la chanson « Viol » ne marque, ni dans sa réalisation, ni dans le contenu de ses paroles, ni dans rien de ce qui la structure, une notion de distance. » On peut très bien voir les choses autrement, le genre musical de la chanson (Punk Oï si je ne m’abuse) et son contexte, c’est à dire le groupe qui chante cette chanson, donnent des indications sur la distance qu’il faut prendre avec le texte. En l’occurence, ce texte chanté par un groupe antifa et antisexiste (il suffit d’aller voir l’interview du groupe sur Noisey pour s’en rendre compte), n’a pas la même signification que s’il était repris par un groupe notoirement sexiste.

    Mais j’imagine que vous avez raison parce que vous avez beaucoup réfléchi et que vous avez des amis hauts placés.

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  5. Ce qui est absurde dans votre démarche, c’est que vous mélangez plusieurs choses. Intenter une action en justice contre les paroles, c’est une chose, mais demander l’interdiction d’un concert, c’en est une autre : cela ne concerne pas les mêmes textes de loi. On n’interdit pas a priori, sauf exception (dont Dieudonné récemment, mais pour des raisons très visiblement liées à une pression du pouvoir, vu la rapidité de la décision prise, la décision de justice ayant été largement considérée comme abusive par les juristes). Vous auriez pu attaquer après le concert, si jamais le groupe avait chanté la chanson qui vous pose problème, et tenter de démontrer ce qui vous semble attaquable (en espérant pour vous que n’auriez pas cité des concepts aussi discutables que « la culture du viol » au procès !).

    Mais cela n’a pas tellement de sens de demander l’interdiction d’un concert en faisant appel à la loi sur la liberté de la presse. J’espère que vous ne trouverez pas de cibles futures pour vos attaques manquant singulièrement de discernement et de nuance.

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  6. Mais pourquoi vous voulez porter plainte, s’ils ne jouent plus ce morceau, et ne comptent pas le diffuser sur un quelconque support ? Annuler le concert ne suffisait pas ?

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