Rana Plaza, deux ans plus tard !

Rana Plaza, deux ans plus tard

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Un matin du 24 avril 2013 …

L’effondrement du Rana Plaza, bâtiment qui abritait des ateliers de confection travaillant pour des grandes marques internationales à Dhaka, au Bangladesh, a entrainé la mort de 1135 personnes, majoritairement de très jeunes femmes, pour environ 2 500 rescapé-e-s.

L’immeuble de neuf étages, conçu pour n’en posséder que cinq, appartenait à Sohel Rana, dirigeant local de la Ligue Awami, et accueillait près de 5 000 salarié-e-s, des commerces et une banque. Les quatre étages supérieurs avaient été construits sans permis !

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La veille de ce drame affreux, des inspecteurs avaient découvert des fissures et avaient requis l’évacuation et la fermeture du bâtiment. Les commerces et la banque avaient immédiatement fermé, mais les salarié-e-s des ateliers s’étaient vu enjoindre par leurs patrons de revenir le lendemain, sous peine de ne pas recevoir leurs salaires.

Mahinu Akter, une ouvrière âgée de 18 ans rescapée de la catastrophe, dénonce “Les Superviseurs nous ont dit que les fissures étaient très petites et qu’il n’y avait pas de quoi s’inquiéter, et que si nous n’allions pas travailler, nous perdrions tout notre salaire du mois.”

hélas, les inspecteurs avaient vu juste. L’effondrement eut lieu vers 9 heures du matin, avec 3 122 salarié-e-s à l’intérieur, sans oublier les enfants placés en crèche dans l’immeuble.

Prise au piège pendant presque une journée, Shila sera finalement secourue, mais ses blessures nécessiteront une hystérectomie. « Personne ne voulait travailler ce jour-là (…) J’y suis allée quand même. A force d’être frappé, on finit par faire ce qu’on nous dit. Mais on pouvait tous lire la tension dans les yeux des ouvrières et des ouvriers ».

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Le lendemain, journée de deuil national, les autorités chargées du développement de l’agglomération de Dhaka ont engagé une action en justice contre les propriétaires de l’immeuble, et cinq des ateliers de confection. Trois jours plus tard, Sohel Rana était arrêté alors qu’il tentait de fuir vers l’Inde.

De nombreuses manifestations furent organisées dans ce pays où les ouvrier-es font régulièrement grève pour améliorer leurs conditions de travail. Nombre de députés, propriétaires d’usines, rechignaient à faire évoluer un environnement favorable aux investissements étrangers en augmentant les salaires ou en ralentissant les délais de production imposés par les grandes marques. Suite au scandale, les patrons des ateliers furent quand même emprisonnés malgré leur proximité avec les dirigeants, et le gouvernement bangladais dû augmenter le salaire minimal du secteur textile à 50 dollars mensuels (36 euros), contre 28 dollars auparavant, sachant que le salaire vital au Bangladesh est estimé à 260 euros.

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Noms d’enseignes en lettres de sang

Les entreprises présentes dans le Rana Plaza étaient au nombre de cinq : New Wave Style, Ether Tex, Canton Tech Apparel, Phantom Apparels et New Wave Bottoms.

Celles-ci produisent des vêtements pour :

  • Mango,
  • Benetton,
  • The Children’s Place,
  • Cato Corp,
  • Joe Fresh possédée par Loblaws, dont les articles sont vendus chez J.C. Penney,
  • Cerdarwood et Denim Co de la compagnie Primark,
  • La marque Papaya Denim de la société Matalan,
  • Free Style Baby vendue dans la chaine El Corte Inglés
  • La marque Velilla.

Des étiquettes de vêtements Carrefour, Auchan et Camaïeu ont également été retrouvées dans les décombres.

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Un fonds d’indemnisation des victimes destiné à couvrir leurs frais médicaux et les pertes de revenus, le Rana Plaza Donors Trust Fund, a été mis en place fin 2013 suite à des négociations entre le Bangladesh, l’industrie textile, les syndicats et les organisations non gouvernementales, supervisé par l’Organisation internationale du travail (OIT).

Parmi les clientes du Rana Plaza, Bonmarche, C&A Foundation, Loblaw, BRAC USA, The Children’s Place, Walmart, Asda and the Walmart Foundation, Camaieu, El Corte Ingles, Gueldenpfennig, H&M, Inditex, KiK, LPP SA, Mango, Mascot, Premier Clothing et Primark ont fait un don.

À noter que Children’s Place, Zara (Inditex), Mango, Matalan et Walmart ont donné moins que ce qui leur était réclamé, malgré leurs centaines de millions de bénéfices annuels.

N Brown Group, VF Corporation, Gap, H&M Conscious Foundation, Debenhams and Zebra Fashion y ont contribué alors qu’elles n’étaient pas clientes du Rana Plaza.

D’autres ont rechigné !

Le 21 août 2014, le fonds n’avait réuni que 17,9 millions de dollars, sur les 40 millions nécessaires pour indemniser les victimes.

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Une partie des entreprises concernées, Adler Modemärkte, Grabalok, Ascena Retail, Iconix (Lee Cooper), NKD, Auchan, JC Penney, PWT (Texman), Benetton, KANZ/Kids Fashion Group, Robe di Kappa, Carrefour, LC Waikiki, Yes Zee, Cato Fashions and Manifattura Corona n’avaient pas versé un centime !

Pourtant, les manifestations de masse se poursuivaient encore un an après la catastrophe, et arrachèrent quelques avancées.

Un accord sur la sécurité des usines textiles au Bangladesh fut signé par plus de 150 marques, dont les entreprises françaises Auchan, Carrefour, Camaïeu, Casino et Leclerc. Mais à l’exception de Camaïeu, toutes refusaient de participer à l’indemnisation des victimes.

Cet accord entraina le lancement d’un programme d’inspection de 1 700 usines textiles, sur les 4 500 que compte le Bangladesh.

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Seulement dix entreprises s’étaient engagées dans le dispositif d’indemnisation, contre plus de 150, alors qu’il s’agissait pour elles d’une somme modique comparée à leurs bénéfices réalisés en 2013 :

  • 2,4 milliards d’euros pour Inditex (Zara),
  • 1,26 milliard pour Carrefour,
  • 767 millions pour Auchan.

Or ce sont bien ces grandes marques qui ont le plus profité de la sueur et du sang des ouvrières sacrifiées, et ce sont leurs pratiques qui, dans des logiques de concurrence, imposent des délais très courts pour des volumes excessifs à des coûts ultra compétitifs, d’où le problème de la sous-traitance sauvage et des conditions de travail et de sécurité en bout de chaîne.

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Carrefour niait tout lien avec le Rana Plaza, malgré le fait qu’on aie trouvé une étiquette de sa marque Tex dans les décombres de l’immeuble. L’enseigne est pourtant un donneur d’ordre majeur dans le pays, dont la main d’œuvre bon marché et les mauvaises conditions de travail sont de notoriété publique.

Auchan ne reconnaissait qu’une possible sous-traitance sauvage dont elle n’aurait pas été informée, affirmant qu’il n’y avait aucune preuve formelle de sa responsabilité, tout en admettant que des pantalons de sa marque In Extenso étaient fabriqués au Rana Plaza. Par ailleurs, d’après les dispositions du droit international, sa responsabilité s’étend à l’ensemble de ses relations commerciales, y compris ses sous-traitants. Un visuel fut publié sur les réseaux sociaux pour interpeller l’enseigne.

18 mois après l’effondrement du Rana Plaza, Peuples Solidaires et le collectif Éthique sur l’étiquette lancèrent un appel public à Auchan, Carrefour et Benetton, ainsi qu’une pétition, afin qu’elles contribuent au fond d’indemnisation au nom du devoir de vigilance des multinationales vis-à-vis des atteintes aux droits humains dans leurs filiales et chaîne d’approvisionnement à l’étranger.

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Seules 10 des 28 marques avaient alors confirmé publiquement leur participation au fonds d’indemnisation : C&A (Belgique), Camaïeu (France), Primark, Bonmarché, Premier Clothing (Royaume-Uni), El Corte Inglés, Inditex – Zara, Mango (Espagne), Mascot (Danemark), Loblaw (Canada).

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United basterds of Benetton !

Benetton eut, parmi toutes les enseignes, l’attitude la plus détestable. Elle a d’abord nié tout lien avec le drame, puis a été contrainte de reconnaître, après la diffusion de photos des décombres, avoir eu une production au Rana Plaza.

En septembre 2013, l’entreprise a accepté de rejoindre le Comité de pilotage du fonds d’indemnisation, puis, contre toute attente, s’en est retirée, et n’a toujours pas contribué au fond.

À l’approche du deuxième anniversaire de la catastrophe, n’hésitez pas à l’interpeller sur twitter en taggant @benetton, avec le hashtag #RanaPlaza, et sur Facebook, avec ces visuels :

Deux mois plus tard, une Proposition de loi était déposée par 4 groupes parlementaires, pour inscrire le devoir de vigilance en droit aux multinationales envers leurs filiales et sous-traitants, afin de prévenir de futurs drames et de permettre aux victimes d’obtenir réparation, malgré l’opposition de lobbies économiques et du gouvernement.

Enfin, une tournée européenne pour l’indemnisation des victimes fut portée par Shila Begum, ouvrière rescapée du Rana Plaza, et Safia Parvin, représentante du syndicat bangladais NGWF.

Et maintenant ?

Il reste toujours un trou de 9 millions de dollars. 5 000 victimes et ayants droit, proches ou personnes blessées, dont certaines resteront handicapées à vie, ont reçu 40% de l’argent qui leur est dû.

Aujourd’hui, les ONG montent clairement le ton contre Benetton, qui doit encore 5 millions de dollars et lancent une vidéo en décembre 2014 pour l’interpeller. La marque a enfin accepté, fin février, de faire une donation, mais veut évaluer elle-même la somme à débourser.

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Dernier rebondissement datant de janvier 2015, nos député-es ont hélas rejeté en commission une proposition de loi soutenue par de nombreuses ONG, et fortement critiquée par le patronat qui a réussi à se faire entendre du gouvernement. Pourtant, le groupe socialiste avait déposé un texte identique en novembre 2013. Mais le dossier n’est pas encore fermé !

Dernier regret. Les corps de près de 200 ouvrières portées disparues n’ont jamais été officiellement retrouvés dans les décombres. Leurs familles ne pourront donc pas avoir droit aux indemnités.

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