Avis aux 140 députés scrogneugneu, sur la féminisation

Avis aux 140 députés scrogneugneu, sur la féminisation

Le lundi 6 octobre, lors de l’examen du projet de loi sur la transition énergétique, le député UMP Julien Aubert s’est obstiné à appeler la présidente de séance Sandrine Mazetier « Madame le président », au lieu de « Madame la présidente ». Le député a écopé d’une sanction financière de 1378 euros, suite à l’inscription de la provocation machiste au procès verbal.

Depuis, 140 députés sont montés sur leurs grands poneys pour dénoncer un acte « totalitaire » et « idéologique ». Nous ne pouvons que moquer leur levée de bouclier contre la féminisation, qui s’est mise en œuvre depuis que les françaises sont devenues citoyennes à part entière, que certains métiers ne sont plus masculins, et qu’une femme peut exister autrement qu’en étant « femme de ».

On rétorque souvent qu’il ne s’agit là que de codes de langage anodins, qui n’affectent en rien la perception qu’on a de ce qu’ils désignent. Et pourtant…

Si vous ouvrez un journal, presque tous les personnages des dessins de presse sont des hommes : Celui qui représente le travailleur, l’ouvrier, le politique, le journaliste, etc.

Quand on raconte une histoire drôle, les personnages sont par défaut des hommes, sauf quand il y a besoin pour le ressort comique de personnages féminins.

Car malgré la farce hypocrite du masculin érigé en neutre, notre cerveau ne l’entend pas de cette oreille. Quand on dit communément « les hommes politiques », « les hommes d’État », « les travailleurs », notre système cognitif associe bien le mot homme à l’idée homme, et efface les femmes de son paysage. L’homme devient l’être humain par défaut, les femmes une catégorie secondaire.

La langue ne vient pas de nulle part. Elle reflète et perpétue les représentations. La règle du « masculin l’emporte » est une notion récente instaurée par le grammairien Vaugelas qui assumait que sa fonction était idéologique, d’entériner la supériorité de l’Homme :

« Le genre masculin étant le plus noble doit prédominer toutes les fois que le masculin et le féminin se trouvent ensemble. » affirma-t-il en toutes lettres.

Cette règle est donc un artefact de la société patriarcale. Avant Vaugelas, on prenait en compte le genre du dernier sujet pour conjuguer : « Un homme et une femme sont assises », ou « Le couteau et la fourchette sont posées ».

Le masculin l’emporte, est-ce si vrai ?

Tout le monde dit communément « les caissières », « les prostituées », « les infirmières ». Comme quoi, les catégories restent surtout marquées par les fonctions traditionnellement attribuées aux genres.

D’ailleurs, le masculin n’est pas forcément érigé en neutre, puisqu’on l’explicite dans plein d’expressions : « Les hommes politiques », « un homme d’état », « le troisième homme », « les hommes d’affaire » VS « Femmes de ménage », « femmes de chambre », « femme d’intérieur », « femme au foyer ».

Enfin, pour ce qui est de l’esthétisme, les mêmes qui admettent « Acteur – Actrice » ont brusquement l’oreille blessée par la féminisation similaire : « Auteur – Autrice ». Mauvaise foi, ou subjectivité ?

Les efFRONTé-e-s ne sous-estimeront pas la bataille des mots. Le langage est un fort constitutif dans toutes les cultures. Le sexisme s’y est incrusté, il faut le déconstruire partout au lieu de verser des larmes de crocodile sur la persistance hégémonique du sexisme, car ce sont bien ces normes culturelles qui maintiennent (aussi) les rapports de domination.

4 réflexions sur “Avis aux 140 députés scrogneugneu, sur la féminisation

  1. Vous avez raison d’insister sur l’importance de la langue.

    Cependant dans bien de pays le problème ne se pose pas de la même manière qu’en France. Par exemple les professions se disent aussi bien au masculin qu’au féminin (et il existe aussi des noms « neutres »). En Slovaquie, on trouverait incongru d’appeler une femme-philosophe, une doctoresse, une agricultrice, une auteure, une institutrice… par la variante masculine de ces mots. On distingue entre « l’homme », « la femme » et « l’humain », ce dernier englobant les deux termes précédents. Je cite la Slovaquie car c’est mon pays d’origine, mais cela s’applique en russe, en allemand et dans d’autres langues. (Pourquoi, au juste, en français on n’utilise que très rarement « l’humain » pour dire « les femmes et les hommes », « tous les êtres humains »?)

    Malgré cette différentiation linguistique ces pays connaissent aussi, à divers degrés, la domination masculine sur les femmes, le « machisme », l’inégalité salariale, l’inégale répartition des tâches domestiques, etc. Rien n’est simple.

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  2. Comme vous dites ; ne sous – estimons pas la bataille des MOTS car cette langue est la base de notre éducation ; de nos savoirs. Donc l’apprentissage des régles de vie revisitons la grammaire et le vocabulaire.

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  3. Ces 140 députés sont d’autant plus ridicules qu’en plus de leur machisme, ils ne sont même pas capables d’appréhender les règles de la langue qu’ils se targuent de défendre. Ils osent écrire sans ciller:
    «Faudra-t-il dire aussi demain dans nos débats, sous peine de sanctions: «procureure», «rapporteure», «défenseure», «professeure»? L’effroyable sonorité de ces mots n’exprime-t-elle pas assez le martyre que fait subir aux Français l’idéologie de la féminisation à outrance des fonctions, si étrangère à l’une des plus belles langues du monde, forgée par mille ans de civilisation et de culture?»

    Or, dans les mots en -eur(e), le -e final ne se prononce pas. Les mots qu’ils citent ont donc exactement la même «effroyable sonorité» aussi bien au masculin qu’au féminin!

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