Note de rentrée : Qu’est-ce qu’Être féministe ? – Plaidoyer pour l’autonomie

Elles donnent leur définition :

Cathy Lavigne

CathyJ’ai 35 ans. je suis peintre, poétesse et maman solo de deux petites filles.

J’ai perdue mon CDI suite à une relation avec l’un de mes cadres. J’ai connue les violences conjugales physiques et psychologiques, le placement en famille d’accueil de mes filles, l’HP.

J’ai été une femme active, passionnée par son métier, indépendante, avec une vie sociale trépidante. Aujourd’hui je vis en dessous du seuil de pauvreté, en foyer maternel avec mes filles, sans en avoir la garde officielle.

Je me suis découverte une conscience féministe il y a deux ans, en HP, en lisant Simone Veil, Benoîte Groult et une BD sur Olympe de Gouges.

« Prise de conscience et autonomie des femmes. »

Quand je constate le peu de fermeté de la justice contre le harcèlement sexiste, les agressions sexuelles, les violences conjugales, voire la pédophilie et l’inceste, je me dis qu’il faudrait en premier lieu que les victimes soient mieux entendues, reconnues et protégées, que la loi soit appliquée et que les peines soient suffisamment conséquentes pour être dissuasives.

Bien entendu, la prévention assainirait la société, les mœurs, structurerait l’inconscient collectif, donnerait de la force aux victimes et affaiblirait les bourreaux. Aujourd’hui, il n’en est rien.

Soyons empathiques et solidaires envers les victimes. Faisons entendre nos voix en militant et en partageant l’information. Crions haut et fort que les droits des femmes régressent en Europe. Ne restons pas seules dans ces mois tourmentés.

« Dépasser les représentations et les déterminismes hommes-femmes. »

Le patriarcat est le fruit de millénaires d’asservissement et d’avilissement des femmes, dans des sociétés où les courants religieux ont édifié des idéologies phallocrates et androcentrées. Un monde fait par les hommes et pour les hommes.

Le poids de ce paquetage transgénérationnel se transmet même génétiquement. Il est complexe de déconstruire nos schémas comportementaux alors mêmes qu’ils sont le plus souvent inconscients. Les médias, manipulant masses et consciences, sont dans leur grande majorité entre les mains d’hommes. Les idées, les images, les courants intellectuels, philosophiques ou spirituels qu’ils véhiculent servent la domination masculine sans que personne n’y trouve rien à redire, si ce n’est une poignée de féministes conscientisées et chevronnées, qui se font agresser quand elles défendent la cause. Là encore, profitons des réseaux sociaux et éveillons les consciences en débattant et en partageant les informations.

« Agir pour l’émancipation et la capacitation des femmes, pour être maitresses de nos vies »

Agir, cela commence par soi : Subvenir à ses besoins, se faire plaisir, se former, s’éduquer à être financièrement indépendantes, accepter les aides de l’État si besoin, aides qui sont par exemple très utiles dans le cadre d’une séparation. S’instruire afin d’être intellectuellement et spirituellement indépendantes, si la foi – au moins en l’humain – nous anime. Discerner le mythe de la mère sacrificielle et de la fille inachevée, car sans pénis. S’autoriser à ne pas porter toutes les casquettes. Envoyer valser le ménage pour aller au cinéma ou lire un bouquin. Savoir se faire son opinion sur tous les sujets. Dire son mécontentement. Bref, devenir indépendante et autonome en tous points, pour s’engager sur la voie qui nous est propre sans avoir de comptes à rendre.

Agir, c’est être solidaire, militer pour la cause, se nourrir d’une cohésion de groupe au nom de l’évolution de l’humanité qui passera par le féminisme, une valeur sûre.

Agir, c’est initier ses enfants au féminisme, ses amies, ses sœurs, son père, son frère, ses oncles, combattre les obscurantismes qui font régresser les droits des femmes, mettre en lumière les manœuvres des intégristes religieux et les droites extrêmes. Agir contre le fascisme, y faire barrage, se souvenir.

Agir, c’est bâtir une société au nom de l’égalité, de la fraternité et de la Liberté. C’est ne pas se soumettre. C’est se battre parfois contre soi-même. C’est vouloir le meilleur et être meilleure. Pour nos filles, nos sœurs, nos mères.

Anaïs Haddad

Anaïs« Agir contre toutes les formes d’exploitation et de domination »

En réponse à l’agressivité de certain-es, je suis parfois amenée à dire que je ne me considère pas comme féministe. Mais il serait plus exact de dire que je ne me considère pas exclusivement comme féministe. Mon féminisme s’inscrit dans une lutte plus générale contre toutes les formes de domination et de discrimination. Je ne tolère aucune forme de violence, pas même symbolique, ni aucun préjugé qui nous empêche de vivre comme on l’entends !

Je me suis déjà entendu dire : « Une femme doit rester à sa place ». Je rétorque alors que je suis tout-à-fait d’accord. Qu’on se rassure, je m’attache tout particulièrement à être à la mienne. En revanche, personne n’a à juger d’où est ma place ! Chacun-e doit trouver la sienne sans que personne n’ai le droit de la lui imposer.

J’ai d’ailleurs consacré ma vie professionnelle à aider les gens à trouver la place où elles-ils sont heureux (à travers le coaching) ainsi qu’à leur permettre de travailler les représentations pour aller vers plus de tolérance et de respect inter-individuel (à travers la prévention).

« Remettre en cause la binarité et la construction sociale des deux sexes, complémentaires et inégalitaires »

Le sexisme est un système dans lequel femmes et hommes sont pris, qu’elles-ils le veuillent ou non. Je m’oppose farouchement à cette façon de prédéfinir les individus, qui engendre tant de souffrances. Des individus en souffrance vont d’ailleurs, le plus souvent, expulser leurs démons en faisant souffrir les autres. Je défend un monde de respect, celui dans lequel j’ai envie de vivre !

Je suis contre l’hétéro-normativité et la binarité des rôles genrés (féminins et masculins). Ces concepts sont le premier prétexte aux injonctions à la violence masculine : « tu es un homme ou quoi ? », « on n’est pas des gonzesses! », « femmelette! », « PD! », « tapette! », etc.

Ces injonctions dévalorisent ce qui est identifié comme féminin, forcent les garçons à subir et à reproduire un monde de bagarres et de sports de contact douloureux, et les « salopes », « putes », « garçon manqué » se chargent d’imposer aux filles à rester passives et sans défense. Au sein de ce système, une femme, ça va avec un homme. Surtout pas d’écart ! Seule exception : Les filles ensemble, ça peut éventuellement exciter un mâle, c’est la seule fonction du lesbianisme aux yeux du patriarcat. Cette vision limitée de l’intimité ne me convient pas !

S’il y a bien un lieu où il est important d’être libre, c’est celui de notre sexualité. Je pense que l’épanouissement passe, ou s’exprime essentiellement par là. Je pense que l’hétéro-normativité nous en empêche, tout comme l’injonction à l’abondance de sexualité pour les garçons, et à la restriction, voire à la virginité éternelle des filles. Ça suffit : Faisons ce que nous voulons ! Entre hommes et femmes, entre femmes, entre hommes, seule ou à plusieurs si ça nous chante, notre intimité ne regarde que nous. Elle ne doit plus être l’endroit où se cristallisent tous les problèmes sociaux.

Comme l’écrivait Amina Sboui dans sa chair : « Mon corps m’appartient, il n’est l’enjeu de l’honneur de personne » !

« Ouvrir le champ des possibles »

La domination masculine est l’une des formes de domination les plus rependues et les plus persistantes. Si nous arrivons à faire tomber ce bastion, j’aime à croire que nous entamerons une nouvelle ère, une ère de liberté et de respect. Une ère où la violence ne sera plus tolérée quelle que soit sa forme.

J’aime à croire qu’alors tout sera possible,que toutes les formes de bonheur pourront éclore. Et, s’il le faut, je me battrai toute ma vie pour le droit au bonheur de tou-te-s !

Céline Fernbach

Céline« Réclamer des droits et veiller à leur application »

Et oui ! Il ne faut pas oublier que les droits dont nous disposons aujourd’hui, en majorité dans certains pays occidentaux, ont été acquis grâce à des décennies de lutte, menées par des femmes et quelques hommes à qui nous devons beaucoup de sueur, de temps et d’engagement. Les femmes du monde entier continuent à se mobiliser, car tous les pays du monde n’en sont pas au même niveau. Il est important de soutenir mondialement ces luttes et d’éveiller les consciences par le dialogue et la lutte pacifique, afin de faire évoluer les mentalités, pour que chacun et chacune puisse vivre en harmonie.

« Lutter pour les droits des femmes, c’est lutter pour toutes et tous »

Nombreuses sont celles et ceux qui, mal informées, font un énorme amalgame entre lutte pour des droits pour tous, et lutte (insensée) pour la domination des femmes, au détriment des hommes. Le féminisme ne va pas à l’encontre des droits des hommes, au contraire, il vise à apaiser les tensions et les oppositions qui existent entre les deux sexes, en les mettant sur un pied d’égalité. Ce n’est pas un combat où les hommes et les femmes doivent être répartis en camps, avec un gagnant et un perdant. C’est un combat pour l’égalité et l’arrêt des discriminations.

« Se mettre en action et refuser la passivité »

Il y a des dizaines de façons d’agir. Grâce aux différents mouvements féministes français, la lutte gagne en visibilité depuis quelques temps. Depuis si peu de temps ! Il est important que chacun-e sache quoi faire en cas d’agression. Victime ou témoin, il ne faut pas se laisser faire. De même qu’au détour d’une discussion anodine, expliquer son point de vue à son interlocuteur sans passer pour un-e relou, c’est déjà faire avancer les choses. La lutte passe enfin par des mouvements d’information et de prévention. Plus les gens se mobiliseront, plus les actes quotidiens de sexisme ou de violence envers les femmes seront fustigés et combattus.

– – – – –

Qu’en dit Geneviève Fraisse (1992) ?

genevieve fraisse

Philosophe française, historienne de la pensée féministe

« Le féminisme comme mouvement collectif de luttes de femmes ne se manifeste comme tel que dans la deuxième moitié du XIX siècle. Ces luttes reposent sur la reconnaissance des femmes comme spécifiquement et systématiquement opprimées, l’affirmation que les relations entre hommes et femmes ne sont pas inscrites dans la nature mais que la possibilité de leur transformation existe. La revendication de droits naît entre l’affirmation de principes universels d’égalité et les réalités du partage inégalitaire des pouvoirs entre les hommes et les femmes. En ce sens la revendication politique du féminisme ne peut émerger qu’en relation avec une conceptualisation de droits humains universels: elle s’ancre dans les théories des droits de la personne dont les premières formulations juridiques sont issues des révolutions américaine puis française. »

Le mouvement des femmes ?

Notes inspirées ou reprises du « Dictionnaire critique du féminisme » coordonné par H. Hirata, F. Laborie, H. Le Doaré, D. Senotier – PUF 2000,

et de « In The Civic origins of progressive Policy Change : combating Violence against women in Global perspective, 1975-2005 ».

Mala Htun and S. Laurel Weldon in American Political Science Review volume 106 Issue 03, August 2012.

Les mouvements sociaux sont des actions collectives menées en vue d’un objectif, dont le résultat, en cas de succès comme d‘échec, transforme les valeurs et les institutions de la société.

Ce qu’on appelle communément LE mouvement des femmes dans chaque pays (women’s movement dans les instances internationales) fait référence au Mouvement de Libération des Femmes, et au delà, aux différentes luttes collectives menées par les femmes, voire quelques hommes se revendiquant féministes, depuis plusieurs siècles. C’est cette durée qui permet de caractériser le mouvement des femmes comme un mouvement social.

• Le mouvement des femmes, parfois appelé mouvement féministe, rassemble des femmes d’horizons et d’appartenance variées, qui revendiquent leur identité d’êtres humains à part entière, et leur liberté.

• Qu’elles soient organisées en associations, en collectifs ou individuellement, leurs actions, leurs prises de position pour l’égalité des droits et pour l’émancipation des femmes, nourrissent la dynamique du mouvement et lui donnent toujours plus de poids pour devenir une force politique dans la société.

• Les organisations de femmes qui composent le mouvement sont caractérisées par des actions indépendantes, où les femmes s’organisent sur la base de leurs propres activités et apports théoriques, établissent leurs propres buts et décident de leur propres formes d’organisation et de lutte.

• L’autonomie implique l’indépendance, non seulement vis-à-vis de l’État, mais aussi de toutes les institutions ayant un objectif différent ou plus général, voire contradictoire en étant entre les mains d’hommes juges et parties.

• Il peut y avoir des hommes qui se sentent partie prenante du mouvement des femmes, mais ce sont les femmes qui lui donnent sa couleur à partir de leur expérience de catégorie opprimée en voie de libération.

À quoi sert le mouvement des femmes ?

MLF« In The Civic origins of progressive Policy Change : combating Violence against women in Global perspective, 1975-2005 ».

Mala Htun and S. Laurel Weldon in American Political Science Review volume 106 Issue 03, August 2012

« Quoiqu’il semble évident à présent que le viol, la traite, la violence domestique, les crimes d’honneur, les MGF et autres formes d’abus sur les femmes sont des violations des droits humains, c’est important de reconnaître qu’une telle violence n’a pas été un sujet central pour les militants des droits humains, et même des droits des femmes.

La violence contre les femmes est rarement soulevée comme une question, et encore moins prioritaire, sans la pression des féministes. En 2006, Dara Strolovitch remarquait que les organisations qui ne sont pas centrées sur les femmes (organisations de justice économique, contre le racisme..) ne s’intéressent pas à la Violence Contre les Femmes (VCF) même si les femmes sont clairement parties prenantes du groupe représenté.

Les femmes qui s’organisent pour faire avancer le statut des femmes ont défini le concept exact de VCF, l’ont conscientisé et posé la question dans les programmes des politiques globales et nationales.

Les mouvements féministes (en opposition à des mouvements de femmes organisés pour d’autres buts, comme dans le développement) ont été les acteurs cruciaux de cette avancée théorique, et pratique.

En étudiant 36 démocraties stables de 1974 à 1994, Weldon a trouvé que dans chacune, un mouvement fort autonome de femmes était le premier à poser la question de la violence contre les femmes, et était le catalyseur clé pour une action gouvernementale.

L’action du gouvernement sur les violences est généralement adoptée en réponse à l’exigence d’activistes à l’intérieur du pays, ou à l’extérieur. Même si les femmes individus, parfois législatrices, sont devenues des porte-parole, elles doivent généralement leur sensibilisation et leur motivation à leur participation au mouvement autonome de femmes ou à leur connexion avec.

Il y a trois raisons pour lesquelles l’organisation autonome des femmes a joué un rôle si crucial en ce qui concerne la question des violences faites aux femmes.

– Les femmes qui s’organisent pour analyser leur propre condition génèrent une connaissance sociale sur leur position en tant que groupe dans la société.

Chaque fois que des groupes sociaux s’organisent, ils développent en eux et produisent autour d’eux une conscience oppositionnelle ainsi qu’une série de priorités qui reflètent leur expérience distincte et leurs préoccupations en tant que groupe.

– Quand les femmes se mettent ensemble pour discuter de leurs priorités, la question de la Violence Contre les Femmes vient sur le devant.

Ce thème remet profondément en question les rapports sociaux entre les sexes. Il est particulièrement difficile pour les législateurs de l’intérieur de s’emparer de ces questions sans le soutien politique d’une mobilisation large.

– Le fait d’être autonomes permet aux mouvements des femmes de décider de leurs propres priorités, dont la VCF.

C’était notre pensée de rentrée :

Continuons le combat !

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