Pourquoi la réforme des re-traitres sera plus particulièrement néfaste aux femmes ?

Cette synthèse est basée sur le travail de Christiane Marty, membre d’ATTAC et de la fondation Copernic, que vous pouvez télécharger ici.

Meilleures retraites des femmes = meilleure société pour toutes et tous !

Le gouvernement PS/EELV a décidé de réformer le système des retraites sous prétexte de rattraper le déficit de ses caisses. Pour ce faire, il veut appliquer les mêmes recettes que la droite au pouvoir, contre laquelle toute la gauche avait manifesté en 2010.

ps

La fameuse dette est évaluée à 20 milliards d’euros en 2020. Elle est due, non pas à des évolutions démographiques comme le prétendent les gouvernements successifs de droite et de gauche, mais surtout à la crise et aux politiques d’austérité, comme le reconnaissent le Conseil d’orientation des retraites (COR) et le rapport Moreau eux-mêmes. Ces politiques entrainent inlassablement la baisse d’activité, voire le chômage, et la baisse des recettes sociales et fiscales.

Moins de travailleuses et de travailleurs = moins de cotisations !

Comme la droite l’a fait avant lui, le gouvernement actuel invoque la justice sociale pour justifier la future réforme, alors même que les niveaux des pensions vont forcément baisser suite aux mesures qu’il préconise, et en particulier les pensions des femmes.

Encore une histoire de genre :

La question des retraites illustre de façon très claire les inégalités professionnelles entre les femmes et les hommes. En 2009, le salaire des femmes représentait 75% de celui des hommes, proportion qui n’a pas bougé depuis vingt ans. En 2011, les pensions de droits directs des femmes représentaient 58% de celles des hommes. Merci qui ? Merci aux inégalités de salaires, à leurs carrières plus courtes, à la prise en charge des enfants et au temps partiel qui est encore très majoritairement féminin.ps Merci surtout au manque sidérant de volonté politique pour lutter contre tous ces facteurs.

Il y a 70 ans, le modèle des retraites a été conçu en plaçant l’homme comme soutien de la famille, travaillant à temps plein. Il n’a pris en compte ni les carrières en dents de scie des femmes, ni la précarité qui s’étend de plus en plus aux hommes également, mais d’abord aux femmes. Certes, quelques dispositifs ont tenté d’améliorer les pensions des femmes, comme les droits liés aux enfants, l’assurance vieillesse des parents au foyer (AVPF) ou les pensions de réversion. Mais en 2008, les pensions des femmes ne représentaient encore que 72% de celles des hommes.

L’écart des pensions s’est réduit suite à la réduction des inégalités salariales et à l’entrée des femmes dans le marché du travail. En 2004, les femmes avaient 20 trimestres de moins que les hommes, c’est-à-dire 5 annuités de moins. En 2011, l’écart s’est réduit à 11 trimestres : sur l’ensemble des personnes en retraites, les carrières des femmes valaient 58% de celles des hommes. En revanche, quand on ne prend en compte que celles qui sont parties en retraite cette même année, l’écart monte à 68%. Car les réformes mises en place depuis 20 ans (1993, 2003 et 2010) ne cessent de contrarier cette pente vers l’égalité.

Cette décote qui dé-tri-cote :

Instaurée en 1993 pour le régime général, et étendue en 2003 au secteur public, la décote intervient si la durée de carrière validée est inférieure à la durée exigée pour la retraite. En gros, c’est un abattement de 5% par année manquante. Exemple : si la durée validée est de 38 ans, et que celle exigée est de 41 ans, il manque trois années qui entraineront une baisse de 15% du montant de la pension.

En 2008, la décote a frappé 9% des femmes et 6% des hommes qui sont partis cette année. Elle représente 12 trimestres (3 ans) pour les femmes et 9 trimestres (2,25 ans) pour les hommes.

L’allongement de la durée de cotisation, actée en 2003, a particulièrement pénalisé les femmes qui ont des carrières plus courtes. En 2008, les femmes parties en retraites ont validé 2,75 ans de moins que les hommes. 60% d’entre elles a validé une retraite complète, contre 77% des hommes. Pour ne pas subir de décote, beaucoup préfèrent attendre quelques années avant de partir à la retraite, sans forcément avoir accès à l’emploi.

Depuis 1993, le passage des 10 aux 25 meilleures années de carrière (dans le privé) pour déterminer le salaire à prendre en compte pour calculer la pension, a également pénalisé les carrières courtes (donc celles des femmes), puisqu’on pioche dans un lot plus large qui inclue les années de galère, des petits boulots et des petits salaires.

L’indexation des salaires pris en compte pour le calcul de la pension, sur le prix et non plus sur les salaires, a également entrainé la baisse des pensions, car les salaires augmentent plus vite que l’inflation. L’évolution des pensions ne suivra donc pas celle des salaires, et l’écart se creusera entre le pouvoir d’achat des salariéEs et celui des retraitéEs, ainsi qu’entre les retraitéEs selon l’année de leur départ. Le taux de pauvreté des retraitéEs est ainsi passé de 8,5% en 2004 à 10% en 2010, surtout pour les plus âgéEs, avec une surreprésentation des femmes isolées.

La commission européenne a elle-même reconnue « que la paupérisation menace les retraités, et que les femmes âgées constituent un des groupes les plus exposés au risque de pauvreté ».

Les droits indirects :

En 2003, la majoration de durée d’assurance (MDA) accordée au titre des enfants pour le secteur public, a été réduite. Les mères fonctionnaires furent les premières victimes de cette mesure, vu qu’elles bénéficiaient d’une MDA d’un an par enfant. Depuis 2003, elles ont gardé la majoration pour les enfants nés avant 2004 alors qu’elles étaient déjà fonctionnaires. Pour les enfants nés après 2004, la MDA est remplacée par une validation des périodes d’interruption ou de réduction d’activité. Ainsi, les femmes qui n’ont pas interrompu leurs carrières n’ont eu droit qu’à 6 mois liés à l’accouchement, au lieu d’un an. Bref, elles sont perdantes quand elles choisissent de ne pas interrompre leur activité. Trois ans après la loi, le nombre moyen de trimestres validés au titre de la MDA est passé de 8,7 à 7,9 trimestres par femme.

En 2009, la MDA a été remise en cause pour les femmes du régime général, au nom de l’égalité. Avant, les mères avaient droit à une MDA de 2 ans par enfant, une mesure qui atténuait les inégalités, en particulier dans le privé où elles sont plus fortes. Des négociations syndicales ont limité les dégâts. Depuis 2010, les mères ne bénéficient que d’une année de majoration par enfant, la majoration maternelle. L’attribution de la seconde année, la majoration d’éducation, peut aller au père ou à la mère.

Les hommes peuvent dire… un petit merci :

Les dispositifs « positifs », négociés pour atténuer les effets négatifs des réformes, bénéficient surtout aux hommes.

« Départ anticipé pour carrière longue » : 625 000 personnes (entre 2004 et 2010) ont bénéficié de dispositifs permettant de partir en retraite avant l’âge légal. 79 % d’entre elles sont des hommes.

En 2012, les mesures adoptées par le gouvernement Ayrault ont instauré une possibilité de départ à 60 ans pour les carrières longues, avec des conditions très restrictives. Encore une fois, elles ont essentiellement concerné les hommes. De même que les possibilités de rachat des trimestres d’assurance au titre des études.

Le « dispositif de surcote », qui augmente les pensions quand la durée de cotisation dépasse celle exigée pour le taux plein, profite à 58 % aux hommes.

En faisant nos petits comptes…

Parmi les personnes ayant liquidé leur retraite en 2008 (en moyenne) :

  • Les femmes ont validé 149 trimestres, contre 160 pour les hommes,
  • 60 % des femmes ont validé une carrière complète, contre 77 % des hommes.
  • L’âge moyen de départ des femmes est supérieur de 1,4 an à celui des hommes (60,7 ans contre 59,4)
  • Leur pension de droit direct représente 65 % de celle des hommes (1022 € contre 1566 €),
  • Leur pension totale représente 69,4% de celle des hommes (1137 € contre 1637 €),
  • Du fait de la faiblesse de leur pension, 45 % des femmes les voient portées au minimum contributif (régime général) ou garanti (fonction publique) contre 15 % des hommes,
  • 9 % des femmes et 6 % des hommes ont été concernés par la décote. Les femmes subissent une décote plus importante avec 12 trimestres contre 9 pour les hommes.
  • 24 % des hommes et 7 % des femmes bénéficient du départ anticipé pour carrières longues. Dans les générations qui partent actuellement, les hommes représentent 75 % des départs en retraite anticipés pour carrière longue, et 58 % des bénéficiaires du dispositif de surcote, alors qu’ils représentent la moitié des départs en retraite.
  • 38 % des femmes et 15 % des hommes on attendu 65 ans pour liquider leur retraite (génération née en 1943).

Vie privée, vie pas chic !

Les inégalités de pensions sont plus fortes dans le privé et dans les régimes complémentaires : la pension Agirc des femmes représente 40% de celle des hommes. Ce chiffre est de 57% pour la pension Arrco8. Ces régimes se caractérisent par une contributivité beaucoup plus forte que dans le régime de base, avec des dispositifs familiaux plus faibles, et sans équivalent du minimum contributif dans le régime Arrco.

Et c’est pas prêt de s’arranger…

Les mesures adoptées depuis 1993 entrainent la baisse inexorable des pensions et aggravent les inégalités. L’inversion « hypothétique » de cet écart ne concernerait que la génération qui partira à la retraite en 2042 !

Les inégalités de salaire, qui ont cessé de se réduire, seront la cause principale des inégalités des pensions de demain. Depuis les années 1980, les femmes travaillent de plus en plus en temps partiel (15 % à la fin des années 1990, 30 % depuis). Le taux d’emploi des femmes à temps complet a cessé de progresser. La montée du chômage et de la précarité réduit leurs pensions.

On se marie de moins en moins. Les retraitéEs de demain ne seront plus essentiellement des couples ou des veufs. Célibataires, divorcéEs ou séparéEs seront beaucoup plus nombreux. Or la pension de réversion représentait, en 2008, environ 25 % de l’ensemble des pensions des femmes de plus de 65 ans, contre 1 % pour les hommes. Nous devons améliorer les droits propres d’accès à une pension suffisante pour les femmes !

Un vieux modèle ringard :

Notre système de retraites repose sur l’idée de l’homme « gagne pain » qui bénéficie de droits directs, et de la femme au foyer qui bénéficie de droits dérivés. Il a évidemment évolué pour intégrer des dispositifs familiaux qui compensent (insuffisamment) les inégalités professionnelles, mais la division sexuelle des tâches perdure et reste très néfaste aux femmes. De leur côté, les droits dérivés les condamnent à la dépendance, comme par exemple l’impossibilité de quitter un conjoint violent.

Un plus grand investissement des hommes dans le travail domestique, moins de temps de travail et de meilleures pensions pour toutes et tous, voilà ce que nous voulons !

Les réformes de retraite menées depuis 30 ans, dictées par la troïka libérale (FMI, Banque mondiale, Commission européenne) ne cessent de s’en prendre au système par répartition, en favorisant le développement d’une protection sociale via le secteur privé et la privatisation des pensions. C’est d’ailleurs déjà le cas pour la Sécurité sociale, dont on voit baisser le remboursement des soins courants et monter la part des assurances complémentaires.

Résultat : la nouvelle génération mise sur des stratégies individuelles d’épargne en prenant une assurance individuelle, au lieu de se reposer sur notre système de solidarité.

On récapitule :

L’allongement de la durée de cotisation et le passage des 10 aux 25 meilleures années de salaires pour le calcul de la pension sont plus particulièrement néfastes aux carrières courtes, et donc aux femmes.

S’ajoute à cela la baisse des mécanismes de solidarité (majorations liées à la prise en charge des enfants, dispositifs familiaux, minimum de pension, réversion etc.) qui avaient l’avantage d’atténuer les effets des inégalités professionnelles.

Ces dispositifs accordés au titre des enfants posent évidemment un dilemme aux féministes, puisqu’elles enferment les femmes dans le rôle de mère. Certains de ces droits sont réservés au parent qui diminue ou cesse son activité professionnelle pendant les premières années des enfants (AVPF, MDA dans la fonction publique). Ce sont, dans l’écrasante majorité, les mères qui sont concernées, voire incitées à fragiliser leurs carrières pour toucher ces aides. Ces derniers ne compensent d’ailleurs que faiblement les inégalités.

Pour ce qui est du salaire annuel pris en compte pour calculer la pension dans le régime général (aujourd’hui basé sur la moyenne des 25 meilleures années), il faut revenir aux 10 meilleures années, voire fixer un nombre, non pas absolu, mais relatif au nombre d’années de carrière concrètement réalisées.

Exemple : si on prend une durée de carrière exigée de 40 ans (chiffre rond pour faciliter le calcul), les 10 meilleures années représentent le quart de la carrière. Il serait donc équitable de retenir, comme règle, le salaire moyen sur la base d’un nombre d’années égal à 25 % du nombre d’années cotisées. Pour une carrière de 20 ans, le calcul se ferait sur les 5 meilleures années.

Le système de décote doit être supprimé. Il faut revenir à une durée de carrière réalisable par la plupart des salariéEs. Les femmes sont plus souvent en chômage non indemnisé, ou en inactivité (prise en charge d’enfant, petits enfants ou parents dépendants). Allonger la durée de cotisation, c’est préférer financer des minima sociaux ou des indemnités de chômage plutôt que des pensions !

Les jeunes générations arriveront de moins en moins à obtenir cette durée de carrière complète, surtout les femmes. La durée de cotisation doit logiquement diminuer pour converger avec la durée moyenne de vie active constatée.

« Il est normal de travailler plus longtemps, car on vit plus vieux »

ps

Ce discours n’a pas de sens. On remarque une entrée de plus en plus tardive des jeunes dans le marché du travail (allongement de la durée des études, difficultés d’insertion et chômage) qui raccourcissent de fait la longueur des carrières.

Le nombre moyen de trimestres validés à 30 ans a baissé en passant de 38 trimestres pour la génération de 1950, à 30 pour la génération de 1970. Pour autant, la durée exigée est aujourd’hui de 166 trimestres. Si on prend l’option la plus optimiste (un sujet qui travaille à partir de 30 ans, sans interruption), le besoin de 136 trimestres supplémentaires équivaut à 34 ans de travail. Notre sujet devra donc travailler jusqu’à 64 ans.

Et encore, ce scénario est trop optimiste. Seule une minorité de salariéEs travaille aujourd’hui à temps plein sans interruption (11,7 % des hommes et 6,3 % des femmes dans le privé). La moitié des personnes ne travaillent plus au moment de liquider leur retraite (chômage, surtout pour les femmes ; préretraite ; invalidité ou inactivité).

Améliorer la prise en compte du temps-partiel (en attendant de l’abattre) :

Les effets négatifs du temps partiel ont été réduits par la règle qui permet de valider un trimestre en contrepartie de 200 heures au SMIC (une mesure qu’on peut encore améliorer).

Néanmoins, le temps partiel reste très pénalisant puisque la pension est calculée sur la base des salaires perçus. Souvent imposé par les employeurs, le temps partiel leur permet d’ajuster la présence de la main d’œuvre aux fluctuations de l’activité (ex. la grande distribution ou le commerce) ou aux besoins des donneurs d’ordre (ex. secteur du nettoyage en entreprise). Il leur permet surtout de ne pas la payer le reste du temps. Instaurons une sur-cotisation sociale des patrons sur l’emploi à temps partiel (cotisation équivalente au temps plein) pour les dés-inciter.

Montant minimum de pension, pour vivre dignement :

Les pensions des femmes sont souvent rehaussées par le minimum contributif (régime général) ou minimum garanti (fonction publique).

La loi de 2003 a fixé l’objectif d’atteindre un montant de retraite égal à 85 % du SMIC net pour les nouveaux retraitéEs au minimum contributif. Pour nous, aucune retraite ne doit être inférieure au SMIC net pour une carrière complète ! Le minimum contributif doit être porté au niveau du SMIC. Enfin, il faut refuser toute mesure qui sous-indexeraitles pensions. (ex, si l’inflation est de 2 %, les pensions ne sont revalorisées que de 1%, ce qui baisse le pouvoir d’achat des retraitéEs).

Côté dispositifs familiaux, la bonification de pension de 10 %, accordée aux parents de trois enfants, est doublement injuste. Calculée au prorata de la pension, elle rapporte plus aux hommes qu’aux femmes, alors que ce sont essentiellement les femmes qui sont pénalisées par l’éducation des enfants. Avec un coût global de 5,7 milliards, ce dispositif rapporte deux fois plus aux pères qu’aux mères.

Il faut réfléchir à un forfait égal attribué pour chaque enfant, sans se restreindre aux parents de trois enfants, et transformer le congé parental pour le soumettre progressivement à des conditions de partage des tâches entre les deux parents.

Ce sont les femmes qui suent le plus fort :

La prise en compte de la pénibilité pour les conditions d’accès à la retraite est un dossier brûlant, d’où la lenteur des négociations interprofessionnelles sur ce sujet.

Selon l’enquête SUMER (surveillance médicale des expositions aux risques professionnels) de 2003 et de 2010, les femmes sont « majoritairement affectées par les troubles musculo­squelettiques » et plus exposées aux risques psycho-sociaux au travail.

Selon l’étude du Conseil économique, social et environnemental « Femmes et précarité » de mars 2013: « les risques les plus souvent associés au travail dans les représentations sociales traditionnelles – efforts physiques intenses, expositions au bruit, aux intempéries, aux produits nocifs – concernent majoritairement les hommes. Les conditions de travail de nombreuses femmes sont autant marquées par la pénibilité physique ou mentale : postures contraignantes, gestes répétitifs, fond sonore permanent d’un niveau trop élevé, tâches morcelées, manque d’autonomie ou de latitude décisionnelle. Toutefois cette pénibilité reste largement occultée. »

Si l’espérance de vie augmente, l’espérance de vie sans incapacité se réduit, et même plus vite pour les femmes. Les années de travail les plus dures sont les 5 à 10 dernières années de la vie active. Aussi, les meilleures années de retraite sont les premières (entre 60 et 65 ans). Deux bonnes raisons de revenir à la retraite à 60 ans à taux plein !

De quoi vivent nos retraites ?

Le contenu des caisses de retraite provient des cotisations prélevées sur les salaires. Le nombre de personnes actives qui cotisent est donc un paramètre primordial pour la santé de nos caisses et de notre système. L’Insee, suivie du COR, ne prévoient que des hypothèses très conservatrices, voire régressives, vis-à-vis de l’emploi des femmes : aucune hausse de leur activité, sauf ponctuellement pour les plus de 50 ans, conséquence attendue des réformes passées.

Pourtant, l’activité des femmes ne cesse de progresser. Elle réduit partiellement les inégalités et améliore leur autonomie. Les projections prévoient une baisse du taux de femmes actives, alors qu’il était proche de la parité en 2010 (47,7%), et prévoit qu’il passera à 46,9 % en 2060 !

On a de la marge !

La France ne se classe qu’au 14ème rang européen du taux d’emploi des femmes, loin derrière la Norvège, l’Islande, la Finlande ou la Suède. Le taux d’activité des femmes est aujourd’hui de 84,2 % contre 94,8 % pour les hommes parmi les 25-49 ans en 2010. Il y a donc des marges de progrès non négligeables ! Pourquoi se priver de ce potentiel de cotisantes ?

Si on atteint la parité, l’effectif de population active serait supérieur d’environ 5 % à celui prévu par les scénarios actuels (4,8 % en 2020 et 4,9 % en 2030). L’impact sur les caisses de retraite se traduirait par un accroissement de même ampleurdu volume de cotisations. Si l’activité des femmes et des hommes avait été égale pour le seul régime général en 2012, l’accroissement des cotisations vieillesse aurait bénéficié d’un gain de 3,3 milliards d’euros ! Evaluation à élargir aux autres caisses de retraite, et à projeter aux échéances de 2020 et de 2030, le temps d’atteindre l’égalité.

Notre optimisme n’a rien d’utopique. De très nombreuses femmes souhaitent travailler mais y renoncent ou se contentent de travailler en temps partiel, par manque de crèches par exemple. Ce besoin est estimé à 500 000 places. Encourager le travail féminin, c’est participer non seulement à la relance économique, mais aussi à augmenter les recettes sociales et fiscales.

Les mesures adoptées en matière fiscale (mode d’imposition des couples), familiale (congé parental) et d’égalité professionnelle ou de qualité des emplois influencent forcément le comportement des femmes vis-à-vis de l’emploi. Exemple : en 1994, l’incitation au retour au foyer et la modification de l’allocation parentale d’éducation a provoqué une forte baisse du taux d’activité des mères. Au contraire, développer les crèches et améliorer le congé paternel les inciterait à entrer dans le marché du travail et à y rester.

Le taux de fécondité de 2 enfants par femme en France est souvent vanté, en comparaison avec l’Allemagne (1,4) où les perspectives des retraites sont moins favorables, sans oublier leur pénurie de modes d’accueil des enfants. La disponibilité de places en crèche, l’activité professionnelle des femmes et le taux de fécondité sont donc liés. En ne répondant pas au besoin de places en crèche en France, la problématique risque de se poser et de s’accroitre en France aussi, malgré notre taux de fécondité.

Moins tu payes, plus tu payes !

Le gain sur le volume des cotisations risque d’être réduit, voire annulé, par les prestations de pension versées aux femmes. En vieillissant, les femmes privées de droit direct restent néanmoins bénéficiaires de prestations (pension de réversion pour les veuves, sous condition de ressources ; allocation de solidarité personnes âgées ; allocation aux mères de famille, etc.).

La hausse de l’activité des femmes génèrera aussi un supplément de cotisations à l’assurance-maladie, sans prestation supplémentaire en contrepartie puisque ces femmes bénéficient déjà de la couverture santé de leur mari. De plus, les gains en cotisations sont immédiats, les suppléments de prestations ne seront versés que dans 20, 30 ou 40 ans.

Pour illustrer la mauvaise foi de nos contradicteurs libéraux qui arguent qu’améliorer l’emploi et résorber le chômage permet de mieux financer les retraites, rappelons que résorber le chômage non indemnisé entraînera forcément l’accès à de meilleures pensions, qui auront un coût.

Bref, l’égalité salariale et le travail des femmes, améliore la retraites pour touTEs !

Les salaires des femmes représentent (en équivalent temps plein) 80 % de ceux des hommes, et 75 % sur l’ensemble des salariéEs. Si on atteignait l’égalité salariale, le gain potentiel du côté du  volume de cotisations pourrait aller jusqu’à 13,6%.

En 2010, à la demande de la CGT, la CNAV a évalué l’impact de l’égalisation par le haut des salaires entre les sexes. Le gain par an serait de 11 milliards d’euros (si l’égalité salariale se réalise en 2023) et diminuerait à 5,5 milliards en 2050, puisque l’augmentation des salaires des femmes augmenterait aussi leurs pensions.

Les réformes mises en œuvre depuis 20 ans font porter l’effort financier sur les salariéEs et les retraitéEs, en épargnant les employeurs.

Nous proposons, de notre côté :

ps

  • L’arrêt des politiques d’austérité, pour lutter contre le chômage, une relance d’activités, la satisfaction des besoins sociaux (comme les crèches) et la réduction du temps de travail pour toutes et tous.
  • La retraite à 60 ans à taux plein (suppression de la décote).
  • La revalorisation du SMIC (aucune retraite inférieure au SMIC net pour une carrière complète)
  • L’amélioration de la pension de droit direct des femmes (réduction de la durée de cotisation exigée, à adapter à la durée moyenne de vie active constatée ; calcul du salaire moyen sur la base d’un nombre d’années égal à 25 % du nombre d’années cotisées)
  • L’indexation de la pension et des salaires portés au compte sur le salaire moyen et non sur l’inflation
  • L’instauration d’une sur-cotisation patronale sur l’emploi à temps partiel équivalent à celle sur un temps plein
  • La possibilité de valider une période d’interruption de la vie professionnelle (durée à préciser) pour congé sabbatique, formation, éducation des enfants, etc.
  • Financement : Il doit être basé sur le rééquilibrage du partage de la valeur ajoutée entre salaires et profits distribués, ces derniers (notamment les dividendes) devant être soumis à contribution. Egalité salariale, égalisation des taux d’activité des femmes et des hommes.

ps

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une réflexion sur “Pourquoi la réforme des re-traitres sera plus particulièrement néfaste aux femmes ?

  1. Dans le même ordre d’idée, une femme qui n’aura pas suffisamment cotisé, pourra bénéficier de l’ASPA… Mais cette allocation est attribuée sous conditions de ressources du … couple, plaçant la femme indéfiniment sous la coupe de l’homme.

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