« La nature humaine est une culture » par l’efFRONTé Boubker Benomar

Mariage pour toutes et tous :

Où est le malentendu ?

baiser

Ces quelques lignes m’ont été inspirées par la pauvreté des arguments avancés par les opposantEs au mariage pour touTEs, mariage qui serait la négation d’une complémentarité évidente, naturelle, entre hommes et femmes.

Comme souvent, l’évidence première s’appuie sur l’occultation d’un tiers exclu.

Voyons cela de plus près.

Dans l’ordre de la nature, la complémentarité est un fait presque universel. Pour un grand nombre d’espèces, mâles et femelles sont dans un rapport de complémentarité dans la reproduction sexuée. De même, les hôtes et leurs parasites se complètent dans une coopération mutuellement profitable. L’exemple des fleurs et des insectes est le plus connu.

Telle est la complémentarité dans la nature ; elle est un fait, et il en va tout autrement quand il s’agit des humains. Car chez ces derniers, on passe de l’ordre de la nature où il n’y a que des faits, à celui de la culture, où les faits n’ont de sens que par rapport à des valeurs, un référenciel normatif.

Diriez-vous par exemple qu’une échelle et un arbre sont complémentaires ? bien sûr que non. Mais si je me sers de l’échelle pour me hisser sur une branche, j’aurais créé entre l’échelle et l’arbre une complémentarité qui n’a de sens que si je la rapporte à une fin que je poursuis : me hisser sur la branche.

Cette fin, c’est le tiers exclu.

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Ainsi va de la soi-disant complémentarité des sexes.

Toute la question est de savoir si on peut réduire l’humain à sa dimension biologique ? Bien sûr que non, et c’est toute la différence entre l’humain et l’animal. L’animal est un produit de la nature, l’humanité naît de ce qu’elle produit SA nature, et c’est en cela que consiste la culture. Seule la culture instaure une complémentarité entre les genres, autrement dit entre les rôles attribués aux sexes.

Mais alors, observez ceci : la complémentarité des sexes est une nécessité naturelle, dans le cadre du seul but de la procréation naturelle, alors que la complémentarité des rôles est un fait culturel, fruit d’une convention, une contingence que nous pouvons adopter, réprouver ou dépasser.

C’est pourquoi les sexes restent, dans la majorité des cas, contenus dans la dualité mâle femelle alors que les genres, issus de la dynamique culturelle, ne sont réductibles à aucune dualité. Si la nature a fait deux sexes, l’humain progresse par une invention continue des genres et des rôles.

Quand les opposantEs au mariage pour touTEs parlent de complémentarité des sexes, ils confondent tout simplement sexe et genre parce que, dans leur esprit, la nature est une référence, un modèle auquel l’humain a l’obligation morale de s’identifier. Ils veulent figer la condition humaine dans la nécessité biologique.

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Les partisanEs du mariage pour touTEs affirment ce que Bergson appelait « l’évolution créatrice », titre d’un livre, soit dit en passant, mis à l’index par l’église. Il y affirme « que nous sommes … ce que nous faisons et que nous nous créons continuellement nous-mêmes », et c’était en 1907 déjà.

Pour résumer, nous nous constituons comme humains quand la nature, cessant d’être un modèle et une fin, devient au contraire le point de départ d’un perpétuel devenir, le nôtre.

La nature a fait deux sexes, l’humain invente et diversifie les genres, la nature a fait la procréation, l’humain crée et multiplie les formes de la parentalité et de la filiation.

J’ai entendu dire : « pourquoi priver des enfants d’un père et d’une mère ? ». Changeons de référenciel et ça donne « pourquoi priver des enfants de parents de même sexe ? ». Je dirai : ne privons pas les enfants de l’affection des adultes qui accompagnent leur marche vers l’autonomie.

Comme on le voit, tous les arguments peuvent se renvoyer dos à dos. Sauf un : c’est dans la nature de l’humain de façonner l’humain, d’ajouter des libertés à la liberté, des expressions de l’amour à l’amour. L’humain n’est pas un cadeau de la nature, il est la somme des avenirs que nous nous donnons.

Laissons à Bergson le mot de la fin :

« exister consiste à changer, changer à se mûrir, à se créer indéfiniment soi-même ».

Par Boubker Benomar, professeur de philosophie, ici en action des efFRONTé-e-s « Chamboule-tout »

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