Les déRives de l’Orne – par Alexandra DESTAIS

Rives de l’Orne ou dérives de l’homme ?

Coup de grisou d’une féministe non puritaine.

Par Alexandra DESTAIS, docteure en littérature/séminaire Femmes et Société, sur cette actualité caennaise relative aux Rives de l’Orne

 rives de l'Orne

Sans titre-1Je n’ai rien contre la nudité du corps des femmes. « Ce n’est pas être nue que de se cacher pour être nue » écrivait Emmanuelle Arsan. Je n’ai rien contre la beauté des corps excepté lorsque ceux-ci servent la vilaine soupe des clichés consuméristes les plus radotés. Je n’ai rien contre la nudité des corps des femmes mais je m’indigne ouvertement de leur mise à poil au nom d’intérêts purement commerciaux !

À l’heure où une forte volonté politique en faveur de l’égalité entre femmes et hommes est impulsée et se traduit au plan local par une dynamique de sensibilisation aux stéréotypes de genre, en un seul coup de bâton machiste, patatra, une équipe de publicitaires nous ramène au vieux temps des cavernes patriarcales. Old school…

Près d’une gare où n’arrive jamais le TGV, non loin d’une activité prostitutionnelle contrainte (réseaux), un nouveau quartier commercial flambant neuf a poussé comme un champignon hallucinogène et imposé à la face des habitantEs ses traits phalliques et sa bouche gloutonne. Ce lupanar toxique, qui se veut fleuron de l’aménagement urbain de la ville concernée, a été inauguré en grandes pompes en ce lundi du mois de mai. EluEs, chefs d’entreprise et toute personnalité susceptible de faire fructifier la grande Affaire et d’assurer une progression exponentielle à cette mise de départ étaient conviéEs.

Un clip de promotion accompagnait ledit « événement » et créait d’un coup de baguette médiatique le buzz sur le Net.

Dans ce clip : une jolie jeune femme brune, ayant des raisons d’être fière de son printemps, pose nue en pleine journée sur le chantier désaffecté, non loin sans doute des ouvriers poursuivant leurs travaux avant la sacro-sainte ruée des riverainEs vers une activité dite « féminine » : le shopping.

La femme dévêtue évolue dans cet espace comme une fleur du mâle. Au fur et à mesure de sa marche dans des boutiques encore virtuelles, elle s’habille comme dans un strip-tease inversé de cartons, de boîtes à chaussures bref de tout cet attirail indissociable des produits de consommation. Une anti-Femen tout juste bonne à consommer et à l’être par la même occasion, tel est le message subliminal véhiculé. Car non contents de mettre en scène une « demoiselle » au sourire extatique afin de créer l’envie chez ses consoeurs, les fanfarons pseudo-modernes manient le double sens sans complexe : 750 places disponibles, ouverture à telle date, disponibilité sur tels créneaux horaires, etc. Serait-ce là un clin d’œil aux prostituées de la part de publicitaires en panne de… clientèle ?

Encore et toujours le sexisme

sexisme

La mise à poil pour attirer les chalandEs vers des marques, qui ne surprennent plus personne tant elles sont répandues, à l’heure où la crise économique pèse lourdement sur les portes-monnaies, où l’égalité entre femmes et hommes est plus que jamais un humanisme à défendre, est un sujet digne de notre indignation. Celui-ci dénote de façon spectaculaire la goutte imaginative d’une agence en déficit d’inspiration, et que la Ville accompagne favorablement et, par conséquent, cautionne. Heureusement, le salon du livre sera un bel alibi intellectuel, occultant le temps d’un week-end le souvenir et la perspective d’autres événements bien accueillis : le salon de l’érotisme (ou vitrine pornographique. Car Eros, je m’y connais, c’est bien autre chose…) et ce spectacle qui soi-disant vise à réconcilier hommes et femmes alors qu’il ne fait que renforcer le clivage entre les sexes : Les Hommes viennent de Mars, Les Femmes de Vénus.

Cela a assez duré. Concernant la jeune femme brune, comédienne, je lui dirai que ce clip n’est pas à sa hauteur, qu’elle mérite d’autres perspectives de carrière. Je respecte néanmoins sa liberté et les temps sont durs pour les artistes comme pour le commun des mortelLEs. La Beauté n’a pas de prix et il est fort dommage de contredire cette maxime en acceptant ce marché plus bête que méchant, porté par des semeurs d’illusions.

Ne me soupçonnez pas de féminisme puritain. Je n’en suis pas (du puritanisme) ! Ma réaction est celle d’une citoyenne qui sait faire le distinguo entre érotisme abâtardi de masse et Éros, et qui préfère décidément le corps révolté des Femen comme instrument politique à toute cette propagande commerciale en rut.

À quand la version masculine de ce clip « promotionnel » ?

 Alexandra DESTAIS

>> SIGNEZ LA PÉTITION CONTRE LE SEXISME <<

2 réflexions sur “Les déRives de l’Orne – par Alexandra DESTAIS

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s