« Une langue à réinventer ! » par l’efFRONTée Manon Courtaud

« Le masculin l’emporte » : une langue à réinventer

ManonLa langue est ce qui permet à l’humain d’exprimer de manière intelligible ses besoins, ses désirs, ses pensées… au moyen de la parole ou d’un système de signes, tandis que le langage peut consister en d’autres systèmes de signes, une gestuelle, des symboles. Dès lors, on conçoit aisément que langue et langage sont aussi les témoins d’un système culturel, d’un mode de pensée et par conséquent, du sexisme ordinaire qui peut caractériser nos sociétés.

« Androlecte : voir sexolecte, langage parlé par tous les corps parlants de la planète, quelle que soit la langue, vient du grec andros qui signifie homme. L’androlecte, qui passe pour neutre et émanant des humains en général, véhicule en fait la pensée, les visions et visées d’un sexe dit fort (mâle) au détriment d’un autre dit faible (femelle). »

Michèle Causse (Contre le sexage, le bréviaire des Gorgones,Balland, 2000)

 Ainsi, dans la langue française, nous pouvons trouver traces de ce sexisme et de cette scission entre les genres dans les mots couramment employés (noms de métiers, de fonctions…) mais également dans les règles grammaticales elles-mêmes.

En effet, dans une société patriarcale, le masculin est avantageusement mis en avant au  détriment du féminin, y compris dans le langage : le masculin l’emporte toujours1.

La phrase  « les femmes et les hommes sont égaux en droits » ne choquera en effet personne. En revanche, affirmer « les hommes et les femmes sont égales en droit » relèvera d’une faute linguistique. Celle-ci est surtout grave pour les conservateurs du verbe, et pour l’Académie française, qui jusqu’à présent a rejeté toutes les réformes proposées en faveur d’une « règle de proximité »2.

Cette règle permettrait pourtant, sinon de casser la domination d’un genre sur l’autre, au moins d’instaurer une saine indifférence sur l’emploi masculinisé ou féminisé des termes. Le langage et espérons-le, notre vision du monde, gagneraient en neutralité.

masculin l'emporteEn effet, si la langue façonne notre vision du monde, pourquoi ne pas imaginer qu’elle nous permettre d’ouvrir de nouvelles perspectives ? Et inversement, l’évolution des mentalités est une formidable opportunité de réinventer le langage. Par exemple, qui aurait pu imaginer il y a quelques siècles, qu’une sage-femme pourrait désormais être un homme ? Ainsi le mot a été remplacé progressivement par « maïeuticienne » et « maïeuticien », annulant ainsi la notion d’appartenance de ce métier à l’exclusivité du sexe féminin.

Cette révolution linguistique a déjà été amorcée grâce notamment à la féminisation des noms de métiers, démarche officialisée en 1986 par Yvette Roudy, alors ministre des Droits de la femme, via une « circulaire relative à la féminisation des noms de métier, fonction, grade ou titre »3. Si certains noms féminisés sont entrés dans les mœurs (électricienne, commerçante, mécanicienne…), d’autres sont encore controversés (écrivaine, jardinière, ingénieure…)

La meilleure preuve que le langage résulte d’un mode de pensée et en retour façonne celui-ci, se trouve peut-être dans l’étymologie même du mot femme : Latin femina, participe moyen substantivé du verbe feo qui signifie produire, enfanter (a également donné entre autres les mots fetus, fecundus).

N’est-ce pas ici un signe évident que le langage et les mots que nous employons sont lourds de sens, et sont à réinventer ? La remise en cause du patriarcat et la révolution féministe doit se faire aussi par le langage, car c’est aussi par les mots que nous nous faisons, nous réinventons, et imaginons le monde tel qu’il pourrait être.

Manon Courtaud

 

 

 

 

1 queleshommesetlesfemmessoientbelles.blogspot.fr (avec la pétition en ligne en faveur de la règle de proximité)

2 la-une-liberte.over-blog.com/article-devant-l-academie-fran-aise-la-grammaire-sexiste-prend-un-coup-101005775

3 culture.gouv.fr/culture/dglf/cogeter/feminisation/accueil-feminisation

    

Pour aller plus loin :

langagenonsexiste.ca/menu.htm

michele-causse.com/essais

 

 

 

7 réflexions sur “« Une langue à réinventer ! » par l’efFRONTée Manon Courtaud

  1. Bravo Bertrand pour ces arguments percutants… 1) « c’est comme ça et puis c’est tout tu vas pas refaire le monde », 2) « même ma mère qui est une femme, pense que ce n’est pas important », 3) « ça va être trop compliqué » et pour finir, 4) « c’est pas le plus important ».

    Avec le respect de l’argument n°1 nous serions encore une bande de serf croyant que la Terre est plate.
    Le n°2 me laisse sans voix ou me donne à penser que ceci explique cela.
    Le n°3 est une opinion qui résulte seulement du fait que vos habitudes seraient chamboulée (réflexe conservateur) car quand on réfléchit un peu, il est évident que la règle de proximité serait beaucoup plus simple à appliquer ( plus besoin de chercher si vous avez un sujet masculin parmi vos sujets parfois nombreux, connaitre le genre du dernier suffirait).
    pour finir le n°4 me fait dire que, contrairement à ce que vous semblez penser, une bataille peut (et je dirais doit) se mener sur plusieurs fronts simultanément.

    Très bon article.

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    1. le masculin l emporte sur le Féminin est la règle de grammaire et est tout , tu vas pas refaire toutes les règles de grammaire , déjà les règles de grammaire sont difficile mais si on rajoute de la difficultés cela vas devenir trop complique
      meme ma mère pense que c est un faux débat , le vrai débat c est l emploi , on rediscuteras de cela a la fin de la crise

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  2. La langue n’est pas une conséquence ici, elle est un vecteur. On peut aussi concevoir que l’un (« l’oppression ») alimente l’autre (la structure de la langue), et réciproquement.

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  3. En allemand, le terme sie désigne la troisième personne du féminin singulier, la troisième personne du pluriel, et la seconde personne du singulier en marque de respect ( Sie haben différede ihr habt).
    En arabe littéraire le verbe change en fonction du genre du sujet et il n’y a pas de règle de dominance du masculin.au pluriel.
    Pourtant il ya moins de.femmes qui travaillent en Allemagne qu’en France, sans parler des trois K (Kinder, Kirche, Küschen). Et dans le monde
    arabophone la situation n’est la meilleure possible.
    La raison.de l’oppression tient beaucoup moins à la langue qu’aux dogmes.

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  4. il plus important en ce moment c est le monde du travail, la règle de grammaire on la fera plus tard , ce n est qu un point de détail. on se trompe de combat en ce moment , le travail d abord et le reste ensuite

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