« Les insultes sexistes » par l’efFRONTée Séverine Hettinger

SéverineUne dominante patriarcale  dans notre société châtie par l’insulte sexiste la femme et/ou l’individu qui renverrait à l’autre un genre n’incombant pas à son sexe biologique, homosexualité, féminité trouble, genre indistinct : salope, femmelette, pétasse, virago (plutôt dans la littérature), gouine, pute…  Une police de genre sévit dès le plus jeune âge et beaucoup de  fillettes sont  invitées à observer un comportement corporel selon l’espace privé/public, souvent en opposition à ce qu’on permet à un petit garçon.

Salope

L’insulte réduit l’autre de sa complexité pour l’affubler d’un sobriquet ridicule, dégradant, dont la forme standard et courte permet à n’importe qui de répandre l’outrage verbal. D’où le souci de la réputation des filles dans certains milieux, comme si elles demeuraient des biens dans un système d’échange dont la renommée serait la seule valeur :

« Quand on a une réputation, c’est qu’on l’a cherchée  » dit Sophie, âgée de 19 ans, traitée d’« allumeuse » pendant des années et contrainte de rester enfermée chez elle pour que se taisent les voix de son quartier, parce qu’à 12 ans, l’été, on l’a vue porter un short moulant » (1).

L’insulte  amorce  une  prise  de  contrôle  sur  les corps des femmes, l’inflation des violences verbales précédant souvent de très près l’agression physique. Comme le décrivait Jalna Hanmer dans son texte Violence et contrôle social des femmes (1977) « Même si les femmes ont des notions différentes de la sécurité, chaque femme sait, de façon intuitive et émotionnelle, où se situe la frontière qui la mène à cette zone d’ombre, ce no woman’s land qui conduit à un affrontement où elle a toutes les chances de perdre ». (2).

Dans  une  société  où  nous  avons  grandi,  nous  femmes,  en  intériorisant un modèle d’organisation  sociale  où  les  détenteurs de pouvoir étaient plus que  majoritairement  des hommes, nous savons d’emblée où sont nos limites – elles sont genrées et ce à quoi nous nous exposons si nous tentons de les franchir : brimades, humiliation, agressions, etc.

Certaines  frontières  sont  permises  pour  certaines  femmes,  attendu que nous nous tenons toutes sur des territoires différents de classe, d’origines et de  milieu. Ainsi, pour avoir un parent ethnologue, l’une sera encouragée à voyager seule tandis qu’une autre issue d’un quartier difficile apprendra qu’une règle sociale prévaut, celle qui fait de la ville un territoire de garçons basée sur la loi virile. En revanche, une écrasante majorité de femmes découvrira l’âge adulte à travers le harcèlement sexuel et, ou les insultes sexistes dans l’espace public.

L’injure raciste est punie par la loi depuis 1972, mais il n’y a pas de qualification pénale pour l’injure sexiste : la première est un délit, la seconde relèverait de l’opinion personnelle et de la misogynie ordinaire. Or tout comme l’insulte raciste l’insulte sexiste essentialise l’autre, le catégorifie et le stigmatise via la catégorie donnée.

Séverine Hettinger

1.  CLAIR,  Isabelle.  -Jeunes  des  cités  au  féminin  :  réputation,  rapports  amoureux  et  sexualité.- Texte communiqué à partir du débat d’actualité 19 novembre 2009, organisé par le Centre de Ressources Politique de la Ville en Essonne.

2.  HANMER,  Jalna,  “  Violence  et  contrôle  social  des  femmes  ”  in  Questions  Féministes,  no.  1  (novembre 1977), pp. 68-88.

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