Christiane Marty (ATTAC) : « Revaloriser le SMIC réduit immédiatement l’écart de salaires femmes-hommes ! »

L’invitée : Christiane Marty

Animatrice de la commission « Genre et mondialisation » d’ATTAC

Christiane Marty est membre du Conseil scientifique d’Attac où elle a co-dirigé la rédaction de livres dont « Quand les femmes se heurtent à la mondialisation » (2003) ou « Mondialisation de la prostitution, atteinte globale à la dignité humaine » (2008).

Pendant le mouvement contre la réforme des retraites de 2010, elle a édité un nombre important de textes sur les inégalités femmes-hommes face à la réforme, dont le livre : « Retraites, l’heure de vérité » (Syllepse, 2010).

En quoi les politiques d’austérité sont-elles néfastes aux femmes ?

Les politiques d’austérité qui s’appliquent un peu partout en Europe se font toutes sur le même modèle, celui de coupes sombres dans les budgets publics et dans la protection sociale : réductions des effectifs des fonctionnaires et/ou de leurs salaires.

Les femmes sont concernées à double titre. D’abord en tant que principales employées par le secteur public : partout, la fonction publique est majoritairement féminine. Ensuite, en tant que principales bénéficiaires des services publics. Comme les femmes sont toujours considérées comme les responsables principales de la famille, elles assument l’essentiel des charges domestiques ou parentales et l’aide aux personnes dépendantes. Or les baisses de dépenses publiques concernent les services d’accueil d’enfants, les services aux personnes et les services de santé.

Il y a aussi les réductions de prestations : baisse des montants des prestations familiales, des prestations aux personnes dépendantes, des allocations logement, maternité, etc.

Les réductions dans les services publics et le montant des prestations pèsent fortement sur elles ! Elles ont plus de difficultés à veiller au bien-être des enfants ou à s’occuper de personnes dépendantes vu le désengagement de la collectivité. Elles se retrouvent obligées d’assurer les services qui ne sont plus pris en charge par l’État, et leur temps de travail dans la sphère privée s’allonge au détriment d’un travail rémunéré.

Pour ce qui est de la sphère professionnelle, l’Institut Européen pour Égalité de Genre lui-même (EIGE) constate que « les coupes budgétaires dans les services de soin, les prestations familiales, en rendant plus difficile la vie des femmes, entraine une charge accrue du travail non rémunéré qui renforce les inégalités de genre dans le marché du travail et dans l’usage du temps ».

Certains de leurs droits se retrouvent-ils menacés ?

Oui, bien sûr. Depuis 10 ans, plus de 180 centres d’IVG (Interruptions Volontaires de Grossesses) ont fermé ! On peut se demander ce que devient le droit à l’avortement dans ces conditions, acquis par les luttes des femmes. De nombreuses maternités ont fermé au nom de la rentabilité, ou encore des classes maternelles. Que devient le droit à l’emploi des femmes, quand on sait à quel point on manque de places de crèches, et que ce sont les femmes qui renoncent à avoir un emploi pour s’occuper des enfants, au détriment de leur autonomie financière ?

Comment obtenir une réelle égalité salariale maintenant, depuis le temps qu’on l’exige ?

C’est une bonne question. Les inégalités salariales femmes-hommes sont encore très fortes. Pourtant, il existe plusieurs lois en France pour l’égalité salariale ! Il existe aussi un accord national interprofessionnel signé en 2004 par toutes les confédérations syndicales et par le Medef, qui reconnaît qu’au moins 5 points de l’écart de salaires est imputable à de la pure discrimination ! Il contient un engagement formel pour une réduction significative de l’écart de rémunération !

Malgré tout cela, l’égalité salariale est en panne. Je pense qu’il faut a minima instaurer des sanctions financières dissuasives (à régler entre 2 à 10 % de la masse financière de l’entreprise) pour non-respect de la loi. Il faut aussi que la loi soit revue pour s’appliquer également aux entreprises de moins de 50 salarié-es.

Il faut aussi revaloriser les salaires des métiers féminisés (caissières, vendeuses, femmes de ménage, aides soignantes, etc.) qui sont dévalorisés et sous payés, en reconnaissant les compétences techniques, relationnelles et la pénibilité de ces métiers. Il est possible d’appliquer une méthodologie d’évaluation des emplois, exempte de biais sexistes, de manière  à garantir l’application de la règle « à travail de valeur égal, salaire égal ».

Plaidez-vous, au nom de l’égalité femmes-hommes, pour une plus forte hausse du SMIC ?

Bien sûr. C’est la première des mesures qu’un gouvernement de gauche devrait prendre. C’est une mesure de justice sociale ! Il est très difficile de vivre avec un niveau de salaire correspondant au SMIC. C’est aussi une mesure féministe, au sens où une revalorisation du SMIC réduit immédiatement l’écart de salaires femmes-hommes puisque ce sont les femmes qui constituent le gros des bataillons des smicards : elles sont deux fois plus souvent au SMIC que les hommes !

En période de crise, le sexisme a-t-il tendance à se renforcer ?

Il n’est pas possible de généraliser. Ce qui est sûr, c’est qu’en période crise, de chômage, l’emploi des femmes semble moins important que celui des hommes ! Quand on publie régulièrement les statistiques du chômage : ce qui est pointé, c’est toujours l’augmentation du chômage des jeunes ou celui des seniors. Jamais celui des femmes ! Or s’il est vrai que le chômage des moins de 25 ans est très supérieur à la moyenne, en France et plus généralement aussi en Europe, et celui des seniors également, quelle que soit la catégorie d’âge, le chômage de femmes dépasse celui des hommes. Mais ça ne semble pas être un problème.

De plus, les chiffres publiés concernent les chômeurs de catégorie A (les personnes sans emploi qui recherchent un emploi). Mais les personnes sous-employées (catégories B et C : en « activité réduite », qui souhaiteraient travailler plus) qui sont majoritairement des femmes, n’apparaissent pas dans les chiffres officiels du chômage.

Les politiques, les syndicats se retrouvent en phase pour discuter du chômage et plus particulièrement de celui des jeunes et des seniors. Mais ils ne semblent pas préoccupés de traiter de celui des femmes. C’est très dommage, car s’il est un domaine où les politiques peuvent jouer à fond, c’est bien celui de l’emploi des femmes !

Une réflexion sur “Christiane Marty (ATTAC) : « Revaloriser le SMIC réduit immédiatement l’écart de salaires femmes-hommes ! »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s