Angélique Debruyne (Sodimédical) : « Ils veulent que nos licenciements ne leur coûtent rien ! »

L’invitée : Angélique Debruyne

Porte-parole des salarié-e-s en lutte de Sodimédical

RÉCAPITULATIF : Les 52 salarié-e-s de Sodimédical se battent depuis plus de deux ans pour faire respecter la justice quant à l’obtention de leurs salaires et contre la délocalisation de leur production.

Le groupe allemand Lohmann & Rauscher, propriétaire du site de Plancy-l’Abbaye dans l’Aube, ne cesse d’ignorer les décisions de Justice, dont les versements de la mutuelle, des salaires et des astreintes.

La chambre sociale de la cour d’appel de Reims a récemment ordonné au groupe de verser les dix mois de salaires qu’il doit aux salarié-e-s… mais le calvaire dure encore !

L’Interview :

  • Avez-vous enfin reçu vos salaires après votre récente victoire ?

Cela fait maintenant 10 mois que nous sommes sans salaire. Malheureusement, notre victoire du 11 juillet n’a pas permis de débloquer ces salaires qui sont vitaux pour nous !

Le groupe Lohmann & Rauscher aurait pu payer spontanément mais, comme d’habitude, ils n’ont aucun humanisme. Ils se retranchent derrière les procédures et attendent que la décision du 11 juillet leur soit signifiée en Allemand. Comme on a pris en charge les frais de traduction (4000€) et d’huissier (160€/personne), la signification va leur être remise demain (4 juillet 2012).

Après cela, ils auront 8 jours pour s’exécuter spontanément, sinon il nous faudra encore débourser de l’argent pour exécuter de façon forcée cette décision et attendre 1 mois 1/2 avant de pouvoir espérer toucher nos salaires, situation impensable car financièrement, nous ne tenons plus !

La décision du 11 juillet les condamne à prendre en charge les frais de traduction et de signification mais, comme pour le reste, ils laissent pourrir la situation.

  • Le groupe a ignoré 32 décisions de justice, est-ce une façon de vous avoir à l’usure ?

Laisser les gens sans salaires et sans droits est inimaginable à notre époque, c’est une réelle régression dans le droit du travail ! Comment pouvons-nous laisser faire une chose pareille ? Ils veulent que nos licenciements ne leur coûtent rien, qu’ils soient pris en charge par les AGS alors que le groupe gagne de l’argent. Le non respect des 32 procédures judiciaires est une honte et un moyen de nous avoir à l’usure.

Aujourd’hui on se pose des questions : pourquoi est-ce encore à nous de nous battre pour faire respecter ces décisions alors qu’on a gagné en justice ?!

  • Quelles sont les conséquences sur votre vie ?

Elles sont terribles et nous allons le payer encore longtemps. Au delà des problèmes financiers qui, pour les personnes seules et/ou avec enfants, sont encore pire que pour les couples, cela devient psychologiquement difficile. La vie quotidienne et sociale sont un enfer, nous sommes sur les nerfs, désagréables… nos enfants, nos familles subissent nos sautes d’humeur et cette tension. Certain-e-s de mes collègues sont en surendettement, d’autres ont fait des crédits revolving pour survivre. C’est l’engrenage…

  • Comment les choses évoluent-elles aujourd’hui ?

Nous avons été reçu-e-s, fin juin, par le ministère du redressement productif. Ils ont nommé un médiateur mais, à mon grand étonnement, ils n’ont jamais évoqué le « maintient de l’emploi ». Nous les avons relancé sur notre situation, leur disant que nous ne leur demandions pas d’interférer dans les décisions de justice puisque nous avions gagné, mais de faire en sorte que cette décision soit APPLIQUÉE !!! A ce jour, nous n’avons pas de réponse.

Notre grande force vient de la solidarité qui s’est organisé autour de nous, de tous ces particulier-e-s et anonymes qui nous apportent au quotidien leur aide et nous les en remercions. Sans eux nous n’aurions pu tenir ni survivre.

  • Avez-vous pu bénéficier de soutiens plus influents ?

Dans notre département, où tou-te-s les élu-e-s sont de droite, nous n’avons obtenu aucun soutien. Le conseil régional a comme Président Monsieur Bachy (PS) qui nous a soutenu et aidé. Des candidat-e-s aux présidentielles se sont déplacé, alarmé, aidé et soutenu : Mme Arthaud, M. Poutou, M. Mélenchon. LO, le NPA et le Front de gauche sont à nos côtés et se sont mobilisé pour que l’on puisse obtenir des dons. Des syndicats ont organisé des collectes, des CE se sont mobilisés pour que l’on puisse subvenir au minimum vital. Et des particuliers nous ont envoyé des dons suite aux reportages TV, radio, presse écrite…

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