VENDREDI : criée du matin

Tract distribué lors de la criée. 

Au même titre que l’âge, la nationalité, la couleur de la peau, le niveau de formation ou l’origine sociale, le genre est aussi un déterminant de la pauvreté en France :

C’est la crise !

Les femmes sont les premières victimes de la crise et de l’austérité, et ce n’est même plus un secret de polichinelle !

Le Bureau International du Travail, la Confédération Syndicale Internationale, ou encore la commission du parlement européen le disent en toutes lettres :

« Les inégalités entre les femmes et les hommes sont connues de longue date, mais sont exacerbées par la crise. Les femmes subissent souvent ses conséquences négatives plus rapidement, et ne profitent de la reprise qu’avec retard ».

Un sort bien rigoureux

En Europe, la mode est aux politiques d’austérité avec, au menu, la baisse de plusieurs prestations qui concernent directement les femmes : l’allocation maternité, les aides aux familles, les montants et les durées d’indemnisation du chômage, mais aussi la fermeture des services publics, des maternités et des centres d’IVG (Interruption Volontaire de Grossesse).

En France, sous Sarkozy, on a eu droit à la réforme des retraites qui a été l’occasion d’un gros mouvement de protestation auquel ont participé les associations féministes (voir plus bas en quoi elle a aggravé les inégalités femmes/hommes), mais aussi à la RGPP, “Révision Générale des Politiques Publiques”, machine à faire des économies de bouts de chandelles qui a notamment servi à étrangler financièrement les services publics.

Sans oublier le manque de crèches dans un pays où seulement 10% des enfants y trouvent un accueil, et où ce sont très souvent les femmes qui renoncent à travailler ou qui se rabattent sur le temps partiel pour pouvoir garder les enfants.

Du travail au salariat

Les femmes ont toujours travaillé, mais leur travail n’a été reconnu que très récemment en France. Ce n’est qu’en 1965 qu’elles ont eu le droit d’ouvrir un compte en banque et de travailler sans l’autorisation de leurs maris !

Au début des années 60, il y avait 13,2 millions d’hommes actifs contre 6,6 millions de femmes. Aujourd’hui, on a 14,7 millions d’hommes et 13,4 millions de femmes. Mais cette parité est loin d’être synonyme d’égalité !

Les femmes ont beau représenter 59% des bacheliers et des étudiants à l’université, elles sont moins bien payées, ont des carrières professionnelles plus difficiles, sont victimes du sous-emploi et de la ségrégation des emplois : c’est-à-dire que les millions de femmes qui ont grossi les chiffres du salariat ont eu tendance à travailler dans un petit nombre de métiers traditionnellement féminins :

Métiers à robes et métiers à cravates

Les métiers réellement mixtes sont rares : Seuls huit métiers sur 86 peuvent être considérés comme paritaires, avec une proportion à peu près équivalente de femmes et d’hommes. Moins d’un actif sur dix travaille dans ces métiers.

Le saviez-vous ? 49,8% des femmes salariées sont cantonnées dans 11 des 86 familles professionnelles répertoriées par l’INSEE : agents d’entretien, vendeuses, caissières, employées administratives, secrétaires, hôtesses d’accueil, aides-soignantes, infirmières, sages-femmes, aides à domicile, métiers dans l’action sociale, éducatrices et assistantes sociales, enseignantes, assistantes maternelles, coiffeuses, femmes de ménage, femmes de chambre, agentes de restauration, et pour évoquer le monde ouvrier, l’électronique, le textile et l’agro-alimentaire.

Au secours, le temps partiel !

Partout en Europe, à quelque époque qu’il ait existé, le temps partiel a toujours été l’apanage des femmes : Il y a dix ans, il y a vingt ans, il y a trente ans, il y a cinquante ans, il était déjà largement féminin. Des secteurs entiers de l’économie multiplient aujourd’hui les offres d’emplois à temps partiels et les imposent aux postulants, et près de 83% des concernés sont des femmes !

Idée reçue ! Certains pensent que c’est une option pratique pour les travailleuses mères, mais le temps partiel ne concerne pas forcément les femmes en âge d’avoir et d’élever des enfants. Au contraire ! Dans l’Europe des 15, c’est parmi les femmes de plus de 50 ans que les pourcentages sont les plus élevés, et c’est dans la tranche des 25 et 49 que le taux est le plus bas en France.

Les postes sont concentrés dans quelques activités comme le commerce, le nettoyage, la grande distribution ou l’hôtellerie, avec des horaires de travail qui changent d’un jour ou d’une semaine sur l’autre. Ce système est tellement dérégulé que, très souvent, les travailleuses ne savent même pas combien d’heures elles vont travailler et ce qu’elles vont gagner à la fin du mois. Je ne vous dis pas l’angoisse !

Précariat, mot féminin !

Il n’y a pas que le temps partiel ! En 2009, parmi les femmes salariées, 12% occupaient des CDD contre 7% des hommes. Sans oublier le fameux “plafond de verre” : on compte 10 ans de décalage en moyenne entre les femmes et les hommes par rapport à l’ascension dans la hiérarchie de l’entreprise.

Côté chômage, le taux moyen d’emploi des femmes dans l’Europe des 27 est inférieur de 12 points à celui des hommes, 59% contre 71%. Il est vrai que celui des hommes a été le premier à augmenter en 2008, la crise ayant d’abord touché les secteurs de l’industrie de l’automobile, du bâtiment ou des transports, mais les femmes les ont rapidement rattrapés depuis les services liés à l’éducation, à la santé et aux services publics où elles sont majoritairement cantonnées.

Depuis, le chômage des femmes est redevenu supérieur à celui des hommes, puisqu’il est aujourd’hui de 9,9% contre 6%. Et ça ne va pas en s’arrangeant : en un an, le nombre de demandeurs d’emploi a augmenté de 5,5% pour les femmes et de 0,5% pour les hommes.

Le rapport de la Confédération Syndicale Internationale de mars 2011 l’affirme lui-même : 

« L’impact de la crise sur l’emploi des femmes tend à être sous-évalué et ne fait jamais la Une des journaux. Pourtant les femmes sont les premières concernées par la crise et la précarité croissante de l’emploi. »

Le torchon brûle encore !

Concrètement, les femmes assument en moyenne 80% des tâches ménagères : 10 heures de plus que les hommes par semaine. Du côté des 30-40 ans, on monte à 20 heures ! L’arrivée du premier enfant a d’ailleurs tendance à radicaliser cette répartition du travail domestique, et c’est souvent à cette période que ça commence à chauffer niveau progression de carrière pour les femmes qui payent fort le prix de la double journée .

Cette grosse différenciation des rôles femmes/hommes dans la sphère privée fait peser sur les épaules des femmes une charge harassante et précarisante : En France, 46 % des familles monoparentales, dont l’essentiel sont composées de femmes avec enfants, disposent de revenus inférieurs au seuil de pauvreté.

Une sueur qui ne vaut pas le même pesant d’or !

Les femmes sont moins bien payées que les hommes !

Si on prend deux cas jumeaux, une femme et un homme qui ont exactement le même âge, ont fait les mêmes études, travaillent dans la même entreprise et sont sur le même poste de travail, il faut compter en moyenne un écart de salaire de 10%.

Mais si on calcule l’ensemble des écarts, en comparant le salaire moyen des femmes et le salaire moyen des hommes en France, cet écart s’élève à 27%.

Pour vous donner une image rigolote (même si elle fait rire jaune), c’est comme si à partir de 15h, une femme travaillait gratuitement dans une entreprise par rapport à son collègue masculin.

Les 10% permettent d’analyser les effets de la discrimination pure et dure, mais le second chiffre ne tombe évidemment pas du ciel et montre que femmes et hommes n’ont pas du tout la même place dans la façon dont est organisé le monde du travail aujourd’hui !

Les clichés coûtent cher !

Les clichés sur les femmes et les hommes attribuent aux femmes des capacités « naturelles » à assumer certains métiers, mais délégitiment aussi leur prétention à revaloriser leurs salaires. Car si leurs patrons pensent que les femmes savent naturellement s’occuper des enfants, faire le ménage, accompagner les personnes âgées ou faire la cuisine, ils vont partir du principe qu’elles ont une facilité particulière à assumer ces tâches et ne peuvent exiger qu’un salaire d’appoint.

Autre idée reçue, les salaires des métiers féminisés seraient plus bas car ces métiers sont moins pénibles. FAUX ! Les femmes sont majoritairement touchées par les troubles musculo-squelettiques, principale cause de maladies professionnelles, car ces métiers font souvent appel au travail permanent face à un écran, comme celles qui travaillent dans les plateformes téléphoniques ; au travail morcelé quand elles doivent abandonner une tâche pour en faire une autre plus urgente, comme les agents administratifs ou les métiers soignant ; aux postures pénibles dont souffrent les caissières, les vendeuses et les femmes de ménage ; ou au port des charges lourdes comme dans la manutention, quand elles s’occupent des personnes âgées, du remplissage des rayons ou des articles en caisse.

L’addition, s’il vous plait !

Les organisations féministes ont beaucoup bataillé pour faire entendre leur voix pendant le mouvement des retraites, et pour cause ! L’écart entre les pensions des femmes et des hommes est tellement caricatural (38% !) qu’il était hors de question qu’il passe inaperçu.

Quand on met bout à bout le taux de celles qui travaillent à temps partiel, dans des secteurs économiques moins rémunérateurs, qui sont moins bien payées ou qui galèrent pour grimper dans la hiérarchie des entreprises, le chiffre s’explique puisque les pensions sont calculées par rapport à la carrière des personnes qui en bénéficient.

Résultat des courses, en tous cas avant la réforme des retraites, plus de la moitié des retraitées touchent une pension inférieure à 900 euros ; une femme sur trois part à la retraite à 65 ans contre un homme sur vingt pour ne pas subir de décote ; et parmi les retraités actuels du régime général, 39% des femmes ont validé une carrière complète contre 85% des hommes.

Les précédentes réformes de 1993 et de 2003, qui ont allongé la durée de cotisation, avaient déjà aggravé les inégalités entre les femmes et les hommes puisqu’après chacune d’elles, les pensions des hommes ont été de 1,49 puis de 1,54 fois supérieures à celles des femmes.

Je l’ai dit plus haut : Une femme sur 3 part à la retraite à 65 ans, contre un homme sur 20. C’est-à-dire qu’il y a près de 7 fois plus de femmes que d’hommes qui attendent d’avoir atteint l’âge de 65 ans pour partir à la retraite. Je dis bien « attendent » puisque la majorité ne va même pas pouvoir travailler pendant ces 5 ans et va juste poireauter dans la précarité et le chômage afin de ne pas subir de décotes.

Le gouvernement de droite avait proposé de prendre en compte les semaines de congés maternité dans le calcul des pensions pour faire reculer ces inégalités… Savez-vous combien de semaines une femme est sensée travailler dans sa vie ? 2080 au total ! Et comme elles ont en moyenne deux enfants, à raison de 16 semaines par enfant, le gouvernement Fillon nous aura donc fait l’honneur de prendre en compte 32 malheureuses semaines sur plus de 2000 semaines d’activité, ce qui va en gros augmenter les pensions des femmes de 1,6%.

Voili voilou, continuez à suivre ce blog pour vous tenir au courant de l’état des droits des femmes et de nos actions🙂

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